L'ÉTABLISSEMENT DE LA DÉVOTION DU SACRÉ CŒUR
Après la fête de sainte Marguerite, 1685.
Pour m'acquitter de ma promesse au sujet de notre petite entreprise pour honorer le sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est de vous dire simplement ma pensée. C'est qu'il me semble que, par ces petites pratiques, vous vous êtes gagné ses bonnes grâces ; et qu'en vous y rendant fidèles vous lui faites tant de plaisir, que vous vous rendez l'objet de ses amoureuses complaisances ; et que cela le contente plus que tout ce que vous pourriez faire au reste, parce qu'il désire que cet adorable Cœur soit connu, aimé et honoré. C'est pourquoi vous ne lui sauriez faire plus de plaisir que de vous y employer de tout votre pouvoir. Et il me semble qu'il veut que je vous assure de sa part que, tandis que vous vous y rendrez fidèles, il ne vous laissera pas tomber dans la disgrâce de son sacré Cœur, lequel prendra soin de vous autant que vous vous confierez et abandonnerez à lui. Il pensera en vous, lorsque vous vous oublierez de vous-même. Mais surtout il veut que vous
soyez humbles de cœur, comme lui, et toujours ardentes enchanté. Vous ferez étendre la pratique de ces deux vertus selon les vues que ce divin Cœur vous en donnera, à chacune en particulier.
Il est vrai, mes très chères sœurs, que vous êtes bien obligées, mais j'entends tout particulièrement à Notre-Seigneur Jésus-Christ, de ce que vos noms sont marqués dans son sacré Cœur, par l'excès de son amour. Mais vous êtesencore dans la liberté de les effacer. Prenez garde que ce malheur ne vous arrive, ce qui ne pourrait être que par le péché mortel, après vous être détournées et éloignées de ce divin Cœur, lequel ne vous rejettera pas que premièrement vous ne l'ayez méprisé et oublié.
Et pour le présent, je vous conjure de faire valoir les grâces qu'il est prêt de vous faire, dans les occasions, si vous êtes fidèles. Notre faiblesse est si grande, que quelques-unes, avec le temps, la pourraient tourner en mépris, ce qui serait un grand malheur pour vous, et plusgrand que je ne le puis exprimer. Mais j'espère qu'après en avoir été averties, vous lui serez toutes si fidèles, et vous tiendrez tellement sur vos gardes, que ce malheur n'arrivera pas ; mais, au contraire, vous vous insinuerez de plus en plus dans son amitié divine, afin qu'il vous consomme dans ses plus pures flammes, et nous reçoive à la mort. Mais ce ne sera qu'après avoir combattu toute notre vie.. Il faut être résolues à tout souffrir et à tout faire, sans se lasser, car les lâches et les tièdes sont rejetés.
Vive -J- Jésus !