‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 268 sur 284 · A L'ÉLÉVATION DU CALICE · texte numérisé non relu

A L'ÉLÉVATION DU CALICE

0 Sang- précieux, répandez-vous sur mon âme pour la sanctifier ; et que l'amour qui vous l'a fait répandre s'embrase dans mon cœur pour le purifier.

Mon doux Jésus, j'unis mon âme à la vôtre, mon cœur et mon esprit, ma vie, mes intentions aux vôtres; et ainsi unie je me présente à votre Père. Recevez-moi, ô Père éternel, par les mérites de votre divin Fils, que je vous offre avec le prêtre et toute l'Église. Ne me regardez plus que comme cachée dans ses plaies, couverte de son sang et chargée de ses mérites. C'est ainsi que je me présente à vous, afin que vous ne me rejetiez pas de devant votre face, mais que vous me receviez entre les bras de votre paternelle bonté, et que vous m'accordiez la grâce du salut. O mon Dieu, je vous rends grâces de tous vos bénéfices, de votre mort et passion, et de l'institution de vos saints sacrements, spécialement de celui de nos autels.

Je dis le Pater.

Père éternel, je vous offre mon entendement afin qu'il apprenne à ne rien connaître que vous. Mon doux Jésus, je vous offre ma mémoire afin qu'elle ne se souvienne que de vous. Très charitable Saint-Esprit, je vous offre ma volonté afin que vous l'échauffiez et l'embrasiez de votre divin amour. Ornez mon âme de vos "sept dons, et me rendez votre temple de pureté. Remplissez-moi de vos grâces, et préparez mon cœur à recevoir mon Dieu spirituellement. Mon Divin Jésus, puisque mes péchés me rendent indigne de vous recevoir dans mon cœur, recevez-moi dans le vôtre et m'unissez si parfaitement à vous, que rien ne soit capable de m'en retirer un seul moment. Abîmez ma misère et petitesse dans la grandeur de vos miséricordes, et me trans-

formez toute en vous, afin que je ne vive plus que de vous, en vous, et pour l'amour de vous. Venez donc, unique objet qui me contente, prendre possession de ce cœur qui est à vous et qui ne peut demeurer un seul moment sans vous.

Je vous rends grâces de [ce] qu'il vous a plu vous donner spirituellement à mon âme. Je me donne aussi toute à vous, sans réserve, afin qu'il vous plaise de faire en moi tout ce [que] vous désirez qui soit fait. Détruisez cet esprit d'amourpropre ; abaissez tout ce qui s'élève, et anéantissez tout ce qui vous résiste.

Je fais la rénovation des vœux.

Oraison à Notre-Seigneur sous la qualité de roi au saint Sacrement.

Je vous adore, ô Jésus, Roi puissant, sur votre trône d'amour et de miséricorde. Recevez-moi comme votre ■esclave et votre sujette, et me pardonnez, s'il vous plaît, mes résistances et rébellion à votre souverain domaine sur mon âme. Hélas ! Roi débonnaire, souvenez-vous que vous ne pourriez être miséricordieux si vous n'aviez des sujets misérables. Etendez donc, je vous en conjure, votre main libérale pour remplir mon extrême indigence du précieux trésor de votre saint amour, qui n'est autre que vous-même, après m' avoir vidée de tout ce misérable amour de moimême et de tous ces vains respects humains qui me tiennent comme liée et enchaînée. Venez, ô mon Roi souverain, rompre mes liens, et me délivrer de cette méchante servitude, pour établir votre empire dans mon cœur. Je veux régner dans le vôtre par une ardente charité envers mon prochain, n'en parlant qu'avec charité, en le supportant, l'excusant et ne lui faisant que ce que je voudrais m'être fait, ne souillant jamais mon cœur ni ma langue d'aucune médisance ni ressentiment ; ni je ne me troublerai de rien, afin que mon Roi trouve en moi un empire de paix. Amen.

XV * Autre oraison [à Notre-Seigneur victime].

C'est pour honorer votre état de victime en ce Sacrement d'amour que je me viens offrir à vous en cette qualité, vous' suppliant vouloir être mon sacrificateur, pour m'immoler sur l'autel de votre aimable Cœur. Comme cette victime est criminelle en toutes ses parties, je vous supplie, ô mon divin Sacrificateur, de la vouloir purifier et consommer dans les ardeurs de votre divin Cœur, comme un holocauste parfait d'amour et de grâce, pour me donner une nouvelle vie, et que je puisse dire avec vérité : Je n'ai plus de moi ni de mien, soit que je vive ou que [je] meure ; mon Jésus est mon moi ; mon mien c'est d'être sienne2. Amen.

Autre oraison.

Voici cette prodigue, ô Père pitoyable, quia péché contre vous en dissipant les biens dont vous l'avez enrichie. Je me jette à vos pieds pour vous crier merci. Ne me rejetez pas, et ne vous oubliez pas de vos miséricordes ; exercezles sur ma pauvre âme, quoique elle en soit indigne. Ne permettez pas qu'elle se perde à vos yeux, puisque votre sacré Cœur l'a enfantée avec tant de douleur. Ne me refu-

1. Cf. saint François de Sales, édit. compl. d'Annecy, t. III, Introd. à la Vie dévote, Ve p., ch. XVI, p. 362 : « Non, je ne suis plus mienne, ou que je vive ou que je meure, je suis à mon Sauveur, je n'ayplus de moy ni de mien : mon moy c'est Jésus, mon mien c'est d'estre sienne. »

2. Dilectus meus mihi, et ego Mi. Cant., i, 16. Sive vivimus, sivc morimur, Domini sumus. Rom., xiv, 8.

Marguerite-Marie Alacoqne. — II. 51

sez pas l'aimable qualité de fille de votre Cœur, dans lequel je désire mourir à moi-même et au péché, pour ne plus vivre que de sa vie de soumission à l'obéissance. C'est dans cet esprit que je veux faire toutes mes actions, unissant mon obéissance à celle que vous rendez au prêtre, bon ou mauvais, sans témoigner la peine que vous avez d'entrer dans les cœurs des pécheurs. De même, je réprimerai si bien mes répugnances, qu'elles n'auront point d'autre effet que de vous les sacrifier, en disant : Jésus autem lacebat1, Jésus a été obéissant jusqu'à la mort; je veux donc obéir jusqu'au dernier soupir de ma vie. Amen.

Oraison à Notre-Seigneur en qualité de médecin tout-puissant.1

0 Jésus, mon amour, en mémoire du sacrifice que vous fîtes de vous-même sur la Croix et que vous faites maintenant au très saint Sacrement, je vous supplie d'accepter celui que je vous fais de tout mon être, immolé et sacrifié à vos adorables desseins et volontés. Recevez-moi en esprit de pénitence et de sacrifice. 0 céleste Médecin de mon âme, souverain remède à mes maux, je me viens présenter à vous comme une malade désespérée à tout autre qu'à votre charitable Cœur, qui seul connaît mes maux et m'en peut guérir. C'est ce que j'espère de votre bonté, puisque vous vous êtes fait ma médecine et mon épithème d'amour dans cet aimable Sacrement. Ma lâcheté et ma froideur en votre amour ont fait toutes mes infirmités ; mais vous pouvez, si vous voulez, m'en guérir, car je suis prête à tout souffrir pour cela. Coupez, brûlez, tranchez; pourvu que je vous aime et que je sois sauvée, je me soumets à tout. Et

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