‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 31 sur 284 · RETRAITE DE · texte numérisé non relu

RETRAITE DE

Vive -J- Jésus !

Voici ce que mon Souverain me fit entendre dans mel retraite de l'année 1678. Comme je me plaignais de ce qu'i j me donnait ses consolations avec trop d'abondance, ne m(|

sentant capable de les soutenir, il me dit que c'était pour

me fortifier par ce que j'avais a souffrir : « Bois et mange,

, « me dit-il, à la table de mes délices pour te rafraîchir!

I « afin que tu chemines courageusement à la force de ce

« pain ; car tu as encore un long, pénible et rigoureux che-

« min à faire, et dans lequel tu auras souvent besoin de

« prendre haleine et repos dans mon sacré Cœur, qui pour

|« cela te sera toujours ouvert tandis que tu marcheras

' « dans ses voies. Je veux que ton cœur me soit un asile,

i « où je me retirerai pour y prendre mon plaisir lorsque les

i « pécheurs me persécuteront et rejetteront des leurs.

« Lorsque je te ferai connaître que la divine justice est « irritée contre eux, tu me viendras recevoir par la sainte I « communion ; et, m'avant mis sur le trône de ton cœur, :« tu m'adoreras en te prosternant sous mes pieds. Tu |« m'offriras à mon Père éternel, comme je te l'enseignerai, « pour apaiser sa juste colère et fléchir sa miséricorde à « leur pardonner; et tu ne feras point de résistance à ma « volonté lorsque je te la ferai connaître, non plus qu'aux j« dispositions que je ferai de toi par l'obéissance, car je

< veux que tu me serves d'instrument pour attirer des « cœurs à mon amour.

« — Maisje ne peux comprendre, mon Dieu, comme cela l« se pourra faire? — Par ma toute-puissance, qui a tout

fait de rien, me fut-il répondu. Ne t'oublie jamais de ■ ton néant et que tu es la victime de mon Cœur, qui

< doit toujours être disposée d'être immolée pour la charité.

< C'est pour cela que mon amour ne sera point oisif en ' toi, te faisant toujours agir ou pâtir, sans que tu doives

< avoir aucune prétention qu'il t'en soit mis la moindre ,< chose en ligne de compte pour ton intérêt, non plus que ' l'ouvrage n'appartient pas à l'outil dont le maître s'est i' servi pour le faire.

Mais, comme je te l'ai promis, tu posséderas les tréi sors de mon Cœur en échange, et je te permets d'en dis-

« poser à ton gré en faveur des sujets disposés. N'en sois « pas chiche, car ils sont infinis. Tu ne me saurais plaire « davantage que par une constante fidélité à marcher sans « détour dans les voies de ta règle, dont les moindres défauts « sont grands devant moi. Et le religieux se déçoit soi- « même en s'éloignant de moi, qui pense me trouver par « un autre chemin que celui d'une exacte observance de « ses Règles.

« Conserve en pureté le temple du Seigneur, car partout « où elle sera, il y habitera d'une spéciale présence de pro- <( tection et d'amour. Je suis ton gouverneur, auquel tu « dois être tout abandonnée, sans soin ni souci de toi- « même, puisque tu ne manqueras de secours que lorsque « mon Cœur manquera de puissance. Et je prendrai soin, « de récompenser ou venger tout ce qui te sera fait. De « même je penserai à ceux qui auront confiance à tes prières, afin que tu t'occupes et t'emploies toute à mon

« amour.

(< J'ai encore une rude et pesante croix à mettre sur tes

« faibles épaules, mais je suis assez puissant pour la sou-

« tenir. Ne crains rien et me laisses faire tout ce que je

« voudrai de toi et en toi, sans que tu fasses rien pour te

« cacher dans le mépris ou pour te produire dans l'estime.

« Je ne permettrai point à Satan de te tenter que par les

. « trois sortes de tentations dont il a eu la hardiesse de,

« m'attaquer. Mais ne crains rien; confie-toi en moi; je

« suis ton protecteur et ta caution. J'ai établi mon règne

« de paix dans ton âme, personne ne la pourra troubler

« et celui de mon amour dans ton cœur, qui te donnera

« une joie que personne ne pourra t'ôter ». »

1 Ms 7 ajoute : (« Mon souverain Maître, si je ne me trompe, m'a fait entendre cette sainte leçon et promesses à diverses fois. »)

Page 1