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LE DRAPEAU DE PATAY-LOIGNY

Trop souvent, l'histoire du drapeau de Patay a été retracée d'une manière plus ou moins conforme à la vérité pour qu'il ne nous soit pas permis de transcrire ici la page de nos Annales rapportant l'origine de cet étendard. Ce sera rétablir les choses dans toute leur exactitude et, à ce titre, on nous saura peut-être gré d'insérer le passage suivant dans le présent volume : « On était aux plus sombres jours de la guerre Franco-Prussienne de 1870. Le fait est assez providentiel et important pour qu'on raconte ici comment un drapeau, portant l'image du sacré Cœur et sortant de notre humble Monastère, tomba entre les mains de M. le baron de Charette, et devint ainsi l'étendard glorieux de Loigny et de Patay.

« Profondément pénétré des malheurs de la Patrie, un cœur non moins français que chrétien s'était senti pressé du mouvement de faire broder une sorte de bannière du sacré Cœur qu^on enverrait au général Trochu, afin que cet étendard, flottant sur les murs de Paris, attirât la protection du ciel sur la capitale, et, de là^ sur la France entière. M^'^ Geneviève de Musy — car c'était au sein de cette noble et pieuse famille qu'avait germé l'inspiration bénie — M"'' Geneviève de Musy s'adressa directement à notre très honorée Mère pour la prier de faire exécuter ce drapeau dans le Monastère même. Impossible de refuser. Mais le

LA VISITATION DU PAllAY 231

temps pressait : on n'oul ([uc (juehjues heurivs pour achever ce travail qui tut immédiateuieut expédié à l'évêché d'Auluu, portant le cachet d'une «grande simplicité, que justiliait assez, la rapidité de sa confection. C^ette bannière est de tatVetas blanc, lon«^ue d'un mètre 35 centimètres, sur une largeur de 08 centimètres. Au centre, se détache un sacré Ccvur, avec la couronne d'épines, transversale. L'invocation Cœur (le Jcsiis, sauvez lu France ! est formée par des lettres en velours rouf»-(î, disposées sur quatre lignes, dont la première fait cintre autour du Cœur.

Cependant, Paris était déjà bloqué. L'envoi du fanion au général Trochu ne put s'effectuer. Monseigneur Houange, vicaire général d'Autun, le dirigea sur Tours, à 1 adresse du saint ^L Dupont, pour qu'il le remît soit à M. de Cathelineau, soit à un des chefs des forces de l'Ouest. Mais nous ne savions rien de tout cela, nous étant complètement déchargées de cette affaire sur Tévêché.

« Or, c'était précisément à cette époque que le baron de Charette venait d'être appelé à Tours et que le nom de Volontaires de l'Ouest venait d'être officiellement substitué à celui de Zouaves pontificaux, pour désigner l'héroïque petite armée du vaillant Vendéen. Celui-ci entra presque immédiatement en possession du drapeau sorti de Paray ^

u Le général garda précieusement cet étendard ; mais, usant d'abord de prudence, il le tint caché à son régiment, qui se reconstitua peu à peu et tît bientôt partie du 17'"^' corps, sous le commandement du général de Sonis.

« Le 1*^'" décembre 1870, le 1 7'"" corps se rendait de Coulmiers à Saint-Péravy-la-Golombe. Chemin faisant, le général de Sonis communiqua son regret à M. de Charette de ne point avoir sur son fanion quelque insigne religieux, plus

1. Ce fut alors que, après avoir fait toucher ce fanion aux reliques du glorieux saint Martin, M. de Charette fit inscrire au icvers l'invocation suivante: « Saint Martin, patron de la Francf, priez pour nous ! »

ostensible que celui qui s'y voyait déjà. Le moment était venu de révéler le secret. Le commandant des Volontaires de l'Ouest raconte au général de Sonis l'histoire du drapeau venu de Paray et demande en même temps la permission de le déployer devant l'ennemi à la première rencontre. L'autorisation fut accordée sans aucune peine, à une condition pourtant : v Vous avez trois aumôniers, dit le général^ faites-nous dire une messe demain, avant le départ, à

trois heures. » Ce lendemain devait être le fameux

deux décembre. C'était le premier vendredi du mois, jour consacré au sacré Cœur et le prêtre qui célébra cette messe était le R. Père Doussot, dominicain, auquel le rite de son Ordre faisait solenniser ce jour-là même la fête du sacré Cœur.

« La messe fut dite à trois heures du matin, dans l'église de Saint-Péravy-la-Golombe, pour le général de Sonis, M. de Gharette, commandant des zouaves, et quelques amis, en tout quinze personnes, dont six furent couchées peu d'heures plus tard sur le champ de bataille, car c'était le matin de Patay et de Loigny.

« Le combat s'engagea bientôt Il fallait être intrépides comme des lions pour tenter une telle lutte. Ils étaient

un contre cent L'heure était désespérée. Le drapeau du

sacré Cœur pouvait apparaître.

a Sur l'ordre du général de Sonis, la glorieuse mission de le déployer est confiée au comte Henry de Verthamon. Il s'élance à la tête du bataillon et fait flotter la bannière au cri de: ^c Vive Pie IX! Vive la France! » Le Cœur de

Jésus était donc là, présent à ce combat et parce que

c'est un Cœur blessé. Il voulut avoir dans les rangs de ces braves ses victimes comme ses héros.

« De ces nobles et pures victimes, trois succombèrent sous les plis du drapeau du sacré Cœur, qu'elles teignirent de leur sang. Le comte Henry de Verthamon d'abord, celui-là même qui avait, deux fois déjà, demandé à M. de

LA VISITA riON m: para y

Charetle de consaoïvr ic ivi];imenl au sacré Cœur,

puis le comte de Houille, père, ([ui en mourant, tendit le

fanion à son iîls, Jacques de Bouille Hélas ! lui non

plus, ne devait pas se relever !

« Nous ignorions totalement le rôle qu'avait joué notre pauvre bannière. Après le sang^lant combat seulement, la gloire qui venait de l'environner nous fut révélée. Que de larmes coulèrent alors de nos yeux, et tout ensemble, que d'actions de grâces montèrent vers le Cœur de Jésus, qui avait daigné nous choisir, bien qu'à notre insu, pour préparer de fait ce premier drapeau du sacré Cœur, en ce Monastère même où, deux siècles auparavant, le Sauveur avait révélé à notre Bienheureuse son désir formel de voir l'image de son divin Cœur rayonner sur les étendards de la France ^ »

il»

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