ANCIEN PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE
Messieurs,
Je regrette qu’aucune personne plus autorisée ne puisse, dans ces tristes circonstances, prendre la parole au nom des rédacteurs et des collaborateurs du Journal de Conchyliologie ^ pour rendre hommage à la mémoire de l’ami qui vient de nous être si brusquement enlevé.
L’honorable Président de la Société géologique de France vous a dit les services que M. Grosse a rendus à la Paléontologie; il me reste à retracer en quelques mots les progrès considérables qu’il a fait faire à la Conchyliologie, à laquelle il a consacré, de la manière la plus désintéressée, une grande partie de son existence si bien remplie.
Dès son enfance, M. Grosse s’était senti attiré vers l’étude de la nature, et, à l’âge de quinze ans, il reçut d’un de ses parents, neveu du célèbre Adanson, un certain nombre de coquilles qui formèrent le noyau de
sa collection devenue par la suite Tune des plus riches et des plus précieuses par les nombreux documents scientifiques qu’elle renferme.
C’est en 1861 que M. Crosse devint propriétaire du Journal de Conchyliologie^ fondé en 1850 par Petit de la Saussaye et continué par Fischer et Bernardi. Depuis cette époque il a su, avec la collaboration du regretté D*’ Paul Fischer, élever constamment le niveau scientifique de ce recueil qui est universellement reconnu comme le plus important de ceux qui traitent de l’Histoire naturelle des Mollusques.
Doué d’une rare faculté de travail et d’une persévérance au-dessus de tout éloge, M. Crosse parvint, tout en assurant l’existence matérielle de cette belle publication, à faire triompher ses idées.
La franchise avec laquelle il combattait les opinions qu’il ne pouvait admettre, se traduisait parfois d’une manière un peu rude ; mais ses adversaires eux-mêmes ne pouvaient s’empêcher de rendre justice à la loyauté absolue qui présidait à ses discussions.
Il a tenu à sauvegarder après lui la continuation de son Journal, et c’est au fils de son meilleur ami, à Henri Fischer, qu’il a confié la tâche d’exécuter cette volonté.
Les travaux de M. Crosse sont trop nombreux pour qu’il me soit permis de les citer, ni même d’en résumer la liste. Je dois me borner à rappeler que c’est lui qui a le plus contribué à faire connaître les faunes dé la Nouvelle-Calédonie, de Madagascar, de l’Indo-Chine, de Saint-Domingue, de Cuba, de Porto-Rico. C’est au moment où il mettait la dernière main à son remar-
quable ouvrage sur le Mexique, que la mort est venue le frapper.
Mes anciennes et si cordiales relations avec M. Crosse m’ont permis d’apprécier son extrême bienveillance : que de fois ne m’a-t-il pas aidé de ses conseils ! que de fois n’a-t-il pas mis à ma disposition ses collections et sa bibliothèque !
De telles preuves d’abnégation de la part d’un homme arrivé à une haute situation dans le monde savant ne prouvent-elles pas abondamment la générosité de son caractère ?
S’il est une chose qui puisse atténuer dans une certaine mesure les regrets que nous éprouvons en présence du vide que M. Crosse laisse parmi nous, c’est la certitude que son nom passera à la postérité, et que sa mémoire restera honorée, non seulement par tous ceux qui l’ont connu personnellement, mais aussi par les hommes de science de tous les pays, qui ont pour ses travaux le respect et l’admiration que produisent seules les œuvres solides, dans lesquelles l’auteur dépense sans compter toute son intelligence et toute sa bonne foi.
C’est avec un profond sentiment de tristesse que j’adresse à M. Crosse, au nom de tous les collaborateurs du Journal de Conchyliologie , un dernier salut et un suprême adieu.
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