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Vie et œuvres de J.J. Rousseau

Flânement consdent que Rousseau a été l'objet d'attaques violentes pour sa vie ou pour ses doctrises, ou pour tout ensemble, dès le XVIII™ siècle et jusqu'au XX°°, nous estimons cependant que ces polémiques doivent être autajit que possible ignorées dans un livre destiné à présenter, à la jeunesse qui apprend encore, l'un des écrivains les plus inâuents de la France. Nous n'en parlerons dans nos Notes d'introductions aux Extraits que lorsqu'il nous paraîtra indispensable de le faire, et en tenues aussi coods que possible. Nous ne voubns pas cacher ce qui est vim; nous voulons encore moins, sous prétexte d'être ouverts à toutes les opinions, faire étalage de discussions peu édifiantes: — surtout alors que beaucoup des accusations les plus noires ne peuvent point être considérées comme prouvées.

Nous serons sympathiquement objectifs. C'est à dire que notre principale préoccupation sera de comprendre et non de juger; et, c'est à dire aussi que nous n'oublierons pas que, pour qu'un grand esprit puisse exercer le meilleur de son influence sur la postérité, il faut savoir mettre en lumière les beaux traits, et les généreuses idées — celles qui seules le rendent grand; et ne pas appuyer sur le reste. Critique signifie discernement, et non pas blâme; et le novice 'en littérature doit être exercé à discerner surtout du beau: sans cela, pourquoi ne pas faire étudier Pradon au lieu de Racine, Zoïle au lieu de Boileau, Marat au lieu de Rousseau?

Nous sonunes loin de prétendre que Rousseau ait échappé aux errements humons. Au contraire. C'est même une des choses qui ont fasciné la postérité dans ses livres. Mais, d'abord, est-il besoin de répéter encore que de tels errements n'aSecteraient en aucune manière la vérité, ou l'excellence de ses doctrines; ensuite, que les crimes qu'on lui a reprochés — particulièrement celui d'avoir refusé d'élever ses enfants — il les a commis, non pas après avoir écrit ses livres et en contradiction avec ses préceptes,

iv PRÉFACE

miùs avant qu'il y eût réfléchi et qu'il eût posé ses priudpes de réforme sodaie: ce qui enlève le caractère hypocrite que l'on a voulu donner à ses actes. Et si oa disait encore qu'un bonune qui avait tant péché ne devait pas se mêler, mSme après, d'écrite des livres de réforme morale et religieuse, nous demandons si l'on ne devrait pas appliquer la même mesure à Rousseau qu'à nombre de très grands génies — Saint-Paul, par exemple, ou Saint-Augustin, ou Saint-Françob d'Assise — et l'admirer d'autant plus qu'il est sorti d'un aUme de péché plus profond. £n£n nous dirons encore que d^uis un certain nombre d'années, toute une série de découvertes — quelques unes même fort sensationnelles — faites par des savants, ont montré que vraiment Rousseau avait été scandaleusement calomnié.

Nous renvoyons à ce sujet i notre article paru dans The Nation (New York) le 14 déc. 1918, pp. 725-727: < Jean-Jacques

C'est en tenant compte de ces différentes considérations que, par exemple, en parlant de Madame de Warens, nous ferons une large part à f maman » qui a eu une si indiscutable influence sur la formation des idées de Rousseau, et nous passerons sous ^lence l'amante. Que nous dirons peu de chose de la querelle avec les Encyclopédistes et Madame d'Ëpinay — querelle qui n'a pas changé un iota aux doctrines qui ont fait proclamer Rousseau le ptère de la Révolution et du Romantisme. Que nous ne ferons que mentionner en passant le pénible épisode de son amitié et de sa brouille avec David Mume, épisode où Rousseau ne fut peut-être pas l'ingrat que des envieux ont dit, m^s où il a surtout été la victime malheureuse d'un ébranlement nerveux résultant des persécutions cruelles et souvent mesquines que ses livres t dangereux > lui ont valu.

Dans la disposition de nos Extraits, nous n'avons pas adopté la division ordinaire. Vie et Œuvres. Chez un homme comme Rousseau, la vie et l'œuvre s'expliquent si souvent l'une par l'autre qu'on se priverait en les traitant à part, d'un des moyens les plus efficaces de comprendre. Nous avons pour cette raison encadré les extraits relatifs à la pensée de Rousseau dans ceux relatifs à sa vie. Et d'ailleurs, tour à tour les passages phi-

ra£PACB V

losophiques reposeront les lecteurs des passages biographiques, et vice-versâ les passages biographiques reposeront des passages philosophiques.

Nous avons adopté le même système d'édition que dans nos SdecUd Poems by Victor Hugo (D. C. Heath & Co.). C'est à <Hre que les passages en petits caractères servent d'introduction à chaque extrait ou groupe d'extraits. Ces « Notes d'introduction > ontcoDstituëlapartiela plus importante de notre travail d'éditeur. EUes ont pour but, avant tout, de situer chaque texte dans l'oeuvre de Rousseau; elles permettent de réduire le nombre des notes au bas des pages; elles permettront aussi au professeur qui les fera lire à l'étudiant, de faire omettre ë. volonté certains extraits sans que la continuité de la pensée de Rousseau soit sacrifiée.

Les ( Notes explicatives > ont pour but d'indiquer certains problèmes d'érudition, d'éclairer des allusions à des événements que l'étudiant a le droit d'ignorer. Quant aux termes plutAt rares, nous avons adopté comme règle d'annoter ceux-là seuls qui ne 9e trouvent pas dans le Diclùmnaire Encyclopédique, Petit Larousse lUustTi.

Une bonne partie du travail d'érudition de cette édition a été faite au Séminaire de Littérature française de Smith Collège, au cours de l'année académique rgiS-igig- Ont pris part à ce Séminaire: Dorothy M. Bernent, A. M., Marguerite Billard, A. M., Anna A. Chenot, A. M., Elizabeth A. Foster, Ph. D-, Patty Gurd, Ph. D., Adélaïde Libby, A. M., Clara Weinfield, A. M. M. Brady R. Jordan, aujourd'hui professeur à llJnivermté du Wisconsin, assistait aux séances et parfois collaborait aux travaux.

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