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CHAPITRE XXV

XAPfiTITB [évANG^USÏB.

« i;n ce même instant J^os tressaillit de joie en son esprit et dit; Je te loae, d Pbre, Seigneur an ciel et de la terre, de ce que ta as cache ces choses anx sages et aux intelligens, et que tu les as révélées aux enfbns! Oui, taon Pfere, cela est ainsi, parce que tn l^as trouvé hon. » ^

Luc, X. 21.

C'était un dimanche après midi. Saînt-Claîr, ét^idu sur tme chaise longue en bambou dans la verandah charmait ses loisirs en fumant un cigare. Près d'une fenêtre ouvrant sur la verandah, Marie, couchée sur un sofa, entièrement environnée d'une tente de gaze qui la protégeait contre les moustiques, tenait lansuissamment entre ses mains un ^é~

§ant livre de prières. Elle le tenait parce que c'était un îmanche, et elle s'imaginait l'avoir lu, — bien que, dans le fait, elle se fût livrée à uue succession de légers sommes, ie livre ouvert à la main.

Miss Ophélia, qui, après quelques recherches, avait fim par découvrir un petit meeting méthodiste à une distàà»» assez rapprochée, venait de s'y rendre en voîtare, accompagnée d'Evangeline, avec Tom pour cocher.

— Augustin, dit Marie après être restée assoupie im instant, il faut que j'envoie à la ville chercher mon vieux docv teur Posey ; je suis sûre d'être atteinte d'une maladie de cœur. •

— Et pourquoi l'enverriez vous chercher ? Le docteur quî soigne Eva me paraît habile.

— Je n'aurais pas confiance en lui dans un cas critîqite, dit Marie, et je crois pouvoir dire que tel est le mien. J'y *ii songé pendant les deux ou trois dernières nuits ; j'éproure de si poignantes douleurs, de si étranges sensations.

— O Marie, vous vous faites illusion. Je ne croîs pas ^pie ce soit une maladie de cœur.

— J'étais stlre que vous n'y croiriez pas. Je m^àttendaîs à ieela, dit Marie. Si Èva tousse où éprouve le moifidre malaise,

vont votu Alamez àVînstfmt, maÎB yowMMttgw }ateftiii à moi,

— S'il yoVLS est particulièrement agréable d^ayèir xme ma-, ladie de cœur, dit Saint-Clair, j'essaierai de eoutenii: que voua l'avez ; mais j'ignorais qu*il en fût ainsi.

< — Je sonhake que vous n'ajez pas à vous affliger ée vo*» tre insensibilité lorsqu'il sera trop tard, dit Marie ; mais, que vous le croyiez ou non, les inquiétudes que j'éprouve À propos d'Ëva, }es- fatigues que j'ai endurées en soignattt cette chère enfant ont développé cette maladie, dont je soupçonnais depuis longtemps l'existence.

De quelles fatigues parlait Marié Saint-Clair, il eût été fort difficile de le dire. C'est la réflexion que fit à part aoi Saint-Clair, qui continua de fumer comme un misérable endurci qu'il était, jusqu'au moment où la voiture parut devant la verandah. Eva etniiss Ophélia en defcendirent,

Mîss Ophélia marcha droit à sa chambre pour ôter son. chapeau et son. châle, ainsi qu'elle avait l'habitude de le faire, avant de dire un seul mot, tandis qu'Eva, appelée par Saint-Clair, venait s'asseoir sur son genou et hii renduit compte du service qu'elle venait d'entendre.

Bientôt de bruyantes exclamations retentirent dans la chambre de Miss Ophéliaj qui, ainsi que celle où ils étaient assis, donnait sur la verandah ; elle adressait de violons te^ proches à quelqu'un, , •

— Quel nouveau toorTopsy anra-t-elle inventé? demanda Saint-Clair. C'est elle, je le parie, qui est cause de tout ce vacarme.

Un moment après on vit paraître miss Ophélia, transpor*tée d'indignation et traînant derrière elle la coupable.

— Vensz ici, lui' disait-elle. Je vais le àite à votre maître. < — De quoi s*agit-il ? demanda Augustin.

— Je ne veux pas être tourmentée plus longtemps par cette peste d'enfant ! Ma patience est à bout ; c'est plus que la chair et le sang n'en peuvent endurer. Je l'avais enfermée là et lui avais donné un hymne à apprendre. Que fait-elle alors? Elle trouve mes clefs, ouvre ma commode, me p^end une garniture de bonnet en dentelle et la coupe en morceauk pour en faire des robes à sa poupée! Je n'ai de ma vie jamais rien vu de pareil !

— Je vous l'avais dit, cousine, que vous vous oonvaîncriez de rimpossibilité de rien faire de ces créatures sans la sévérité, dit Marie. Si je pouvais suivre en ce moment ma volonté-, ajoutart-elle en jetant sur Saint-Clair un regard de reproche, j'eaverrais cette enfant au dehors povr être fouettée ; je H

Ml i^flÉite "

f«ai« fc uti t g imai^'k 09 fïCeUe no pêt ylat lAoir «vr at»

jambes.

•^ Je n^ea doute pas, dit Saint^laîr. Pariez-moi de la douoe antorité de la femme ! Je ti'en ai guÀre rencontré dam ma vie plus d'une douzaine inoapableft de faire toev à moitié m olKeval ou un enclave, ai ou le leur eût permis, t

«^ Votre mollesse et votre indécision ne peuvent nener à risn , Sain1>Clair. Notre cousine est une personne de sens ; «Ue voit cela maintenant aussi clairement que moi.

Miss Ophélia avait juste la capacité dMndignatîon ' qui convient à une parfaite ménagère ; la ruse et les dégâts de l'énâuit avaiisnt passablement excité son courroux^ et nombre dt lectrices avoueront qu*en pareille circonstance elles eus- MBt partagé son indignation. Mais elle trouva que Marié aiUait beaucoup trop loin^ et sa colère s'apaisa.

— Je ne voudrais pas pour tout au monde que l'enfant -tobH ee traitement, dit-elle. Mais je vous assure, Augustin, qm je ne sais plus quel parti prendre. Je lui ai prodigué les instructions et les remontrances au point que j'en suis fatiguée ; je Tai fouettée, -îe 1*^ punie de toutes les façons imaginables, et la voilà juste ce qu'elle était au début.

— ^Allonsi V6Dez ici, petit singe, dit Saint-Clair à Venfant.

Topsy s'approcha. Ses yeux tonds, hardis et brillans ex-

^limaient un mélange d'appréhension et de malice bouffonne.

— Pourquoi vous conduisez-vous ainsi ? dit Sahit-Claic, M ne pouvait s'empêcher die s'mnuswr de l'expression de la ^yaionomié de l'enfant.

— Je crois ^ue c'est parce que j'aî un mauvais ooenr, dit- MU d'un ton piteux. Miss Phélia la dit.

— Ne voyez-vous pas combien miss Ophélia a fût peut: 3Foas? £lle dit avoir fait to^t ce qu'elle a pu imaginer.

— Seigneur ! c'est vrai. C'est ce que disait ^ussl ma vittlle nattresse. Elle me fouettait bien plus fort, elle m'aira^ait les cheveux et me cognait la tête contre la porte; mais cela ne servait à rien. On m'arracherait . tous les cheveux de la tête, je crois , que cela ne me rendrais pas meilleure. Je suis fi iqéchante 1 D'ailleurs, je ne suis qu'une négresse I

— Je serai forcée de l'abandonner, dit miss Ophélia ; il QV*eftt impossible de la supporter plus longtemps.

— J'aimerais à vous poser une question, dit Saint-Clair.

— Laquelle?

— Si votre Evangile n'a pas assez de puissance pour »fwver un enfant païen que vous avez ici sous la knûn, entièrement à votre discrétion, à quoi peut servir d'envoyer un Ml devx qiûiMoonwvw parai dea milUera d'âtseatontàfaît

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pareflfl ? Je suppose que oette anfa&t n'estqti'im épëdmen de ce que sont des milliers de païens.

Miss Ophélia ne répondit pas immédiatement. £ta« qui ji«que*làetaitdemeiirée spectatrice silencieuse de cette scène, fit sif^e à Topsif de la suivre. Il y avait au bout de la verandah une petite pièce vitrée dont Saint-Clair se servait comme d'une sorte de oabhiet de lecture; £va et Topsy r entrèrent.

— Que va faire Eva ? dit Saint-Clair. H faut que je 1» voie.

Et s'iivançant sur la pointe du pied, il souleva un rideau qui couvrait la porte vitrée et regarda à Tintérieur . Un mstanS après, plaçant son doigt sur ses lèvres , il fit signe à miss Ophélia de venir regarder* Les deux enCans vus de profil étaient assis sur le plancher en face l'un de l'autre ; Topsj avait son air habituel d'insouciance drolatique; la figure d'Ë va exprimait une profonde émotion, et des larmes roulaient dans ses grands yeux.

— Qu'est-ce qui vous fiait si méchante, Topsy ? Pourquoi ne vous efforcez-vous pas de devenir bonne ? Est-ce que vous n'aimez personne, Topsy ?

— Je ne 'sais pas ce' que c'est quHiimer ; j'aime le sucre candi et autres choses pareilles ; voilà tout^ dit Topsy.

— Mais vous aimez votre père et votre mère ?

— Je n'en ai jamais eu, vous le saveK... Je vous l'ai déjà dit, miss Eva. '

— Oh ! je le sais, dit tristement Eva ;. mais n'avez*voufl jamais eu de frère, de sœuF, de tante, ou de...

— Non, aucun — je n'ai jamais eu rien, ni personne.

— Mais, Topsy, si vous essayiez do devenir bonne, vous pourriez...

-—Je ne pourrais jamais être qu'une négresse, quelque boime que je fusse, dit Topsy. Si l'on pouvait m'écorcher« • me rendre blanche, alors j'essaierais.

— Mais on peut vous aimer quoique vous soyez noirs ^ Topsy. Miss Ophélia vous aimerait si vous étiez bonne.

Topsy fit entendre le petit ricanement sourd par lequel elle exprimait d'habitude son incrédulité.

— Est-ce que vous ne le croyez pas ? dit Eva.

— Non: elle ne peut me souiFrir. parce que je suis une négresse. Elle aimerait autant être touchée par un crapaud que par moi. Personne ne peut aimer les nègres, et les nègres ne peuvent être bons à rien; mais cela m'est égal, dit Tops^r en commençant à siffler.

O Topsy, j)auvre enfant, je vous aime, moi ! s'écria. Eva. avec mm smalne éméti^ le tendreita en plaftnk ta pe^te

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main blanche et amaigrie sat Téçatile de IVipsy . Je yous aime parce que vous n'avez connu m père, ni mère^, ni ami^, parce que vous avez été une pauvre enfant toujours maltraitée. Je "VOUS aime et voudrais vous voir devenir bonne. Je suis bien malade, Topsy, et je pense n'avoir plus longtemps à vivre; et cela m'afflige beaucoup que vous soyez si méchante. Je voudrais vous voir essayer d'être bonne par amour pour moi ; je n'ai plus guère de temps à rester avec vous.

Les yeux ronds et perçans de la petite négresse se voilèrent de pleurs, qui tombèrent un a un en gouttes larges et brillantes sur la petite main blanche d'Eva. Oui, en ce moment un rayon de vraie croyance, un rayon d'amour céleste venait de pénétrer les ténèbres de cette âme païenne. Elle appuya sa tête sur ses genoux , elle pleura et sanglota ; lïendant que la gracieuse Eva, penchée sur elle, ressemblait à un ange de lumière qui s'incline pour appeler à lui un pécheur.

— Pauvre Topsy ! dît Eva, ne songez-vous pas que Jésus nous aime tous du même amour ? Il a autant d'amour pour vous que pour moi. Il vous aime autant que je vous aime, plus que je ne vous ainfe, parce qu'il est meilleur que moi. Il vous aidera à être bonne , et vous pourrez enfin aller au ciel, où vous serez un ange pour l'éternité, aussi bien que si vous étiez blanche. Pensez à cela, Topsy, vous pouvez être un de ces briUans esprits dont il est question dans les chants de l'oncle Tom.

— Oh ! chère mjss Eva, chère mis» Eva ! dit l'en&nt. J'essaierai, j'essaierai. Je ne m'en suis jamais souciée jusqu'à pfrésent.

En ce moment Saint- Clair laissa retomber le rideau. Cela me rappelle ma mère , dit 'il à miss Ophélia. Ce qu'elle me disait est bien vrai : Si nous voulons rendre la vue aux aveugles, nous devons faire comme le Christ, les appeler à nous et leur imposer les mains.

— J'ai toujours eu de la répugnance pour les nègres, dit miss Ophélia, et je n'ai jamais pu souffrir qne cette enfant me touchât, mais je ne pensais pas qu'elle s'en fût aperçue.

Soyez sûre qu'un enfant découvrira toujours cela, dit Saint-Clair ; il n'est pas possible de leur rien cacher. Mais je crois que tous les soins que vous prendrez d'an enfant, tous les bienfaits dont vous pourrez le combler n!exciteront dans son cœur aucune émotion de gratitude, s'il sent que vous éprouvez pour lui de la répugnance. C'est singulier, peut- 4tre, mais c'est ainsi.

y^ J««» Hh yrwsMBt qm faii», d^i nm .OphéUn. Lct

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nègres me sont si désagréable», cette enfant surtout, Coo) • ment snrmonter cette antipathie ?

— Eva le fait bien, ce me semble.

— Oh î elle est si r/imante. Après tout, cependant, elle nVst que l'image du Christ, dît miss Ophélia. Je voudrûs lui ressembler. Elle pourrait me donner des leçons.

— S*îl en était ainsi, ce ne serait pas la première f(M* au^un petit enfant aurf it servi à instruue un liwf, disciple, dît Saint-Clair.

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