‹ Vie intime de Pie XChapitre 3 sur 49 · A PIE X · texte numérisé non relu

A PIE X

Ignis ardensf

Comme un soleil chargé de splendeur et de jour Le grand Pape Léon s'est couché dans sa gloire : Mais de sa rohe blanche éclairant la nuit noire, Un grand Pape se lève et remonte à la tour.

Le lion n'est jdus là : c'est l'heure du vautour. Dans l'ombre oîi Satan rit, le mal chante victoire. La mer gronde; Dieu dort; la nef tremble : qui croire? Mais un nouveau lion apparaît à son tour.

C'est celui de saint Marc : il nous vient de Venise,

Le feu de ses naseaux rassérène l'Eglise.

Il est calme, il est fort. De ses ongles puissants

Il tient le gouvernail et remet à la voile. L'Eglise, de nouveau, voit luire dans les vents Une ancre sur la mer, dans le ciel une étoile !

D'azur à lancre tridenf.ée d'urgent posant sur une mer au naturel, sommée d'une étoile d'or, au chef d'argent chargé du lion ailé de saint Marc tenant le livre ouvert de l'Évangile, avec ces mots : Pax tibi Marre evangelista meus !

Tel est le stemme nouveau qui, depuis le 4 août 1903, timbre de ses couleui-s adoucies l'en-tête des parchemins rugueux des actes officiels de l'Eglise Romaine, liés au bas par les tresses de soie enclavées dans le sceau d'argent de l'anneau du Pêcheur, au nom de « Pie X, serviteur des serviteurs de Dieu, l'année I'*" de son pontificat».

Ces armoiries sont un programme et une représentation. Comme l'ancien écu des chevaliers, le blason qu'arborent les princes de l'Église figure leur vie et symbolise leur conduite.

Dans les desseins de la divine Providence, il semble que le nouveau pape Pie X apparaisse, au seuil du xx^ siècle, en messager de la paix. Pax tibi, annonce-t-il au monde, de sa voix de lion souverain appuyé sur l'Evangile, et, pendant que l'ancre de l'espérance se pose sur la mer, l'étoile se montre rayonnante dans le ciel.

Il est l'envoyé de Dieu qui porte la bonne nouvelle, le lion vainqueur de la tribu de Juda, l'ancre assurée de la barque de Pierre, l'étoile lumineuse de l'Église, le feu embrasé, VIgnis ardens annoncé par les prophéties populaires. Ses armes mêmes et les circonstances de son élection semblent le désigner comme l'élu de l'oracle familier.

Il porte dans son blason, remarquent les héraldistes, Tétoiled'or. quiesldefeii ; lelion, qui est le symbole de l'ardeur : il a été élu en la fête de saint Dominique, figuré par la torche enflammée, et le Conclave s'était ouvert au jour de saint Ignace, dont le nom latin représente le feu.

Son programme d'action est lumineusement inscrit dans ce blason, que le jeune évêque choisit un jour, comme symbole nouveau de sa nouvelle charge. Devenu Pape, il n'aura pas à le changer. Ce qu'il fut comme prêtre, ce qu'il fut comme évêque, il le sera comme pape : un apôtre.

A travers les mystérieux événements de sa vie, Dieu semble l'avoir miraculeusement conduit par la main, de l'humble berceau d'une bourgade vénitienne au trône resplendissant de la première ville de Tuuivers.

Kt dans cette ascension, il apparaît au monde comme l'homme providentiellement

destiné à nos temps difficiles. Il fut toujours, — sa vie intime nous le dira, — une grande âme de prêtre, uniquement préoccupée de sa mission, un vigilant gardien de la discipline ecclésiastique, un pasteur bienveillant et accessible à tous, un ami des pauvres et des petits, qui s'est toujours dépouillé pour eux, un maître de la science sacrée, un esprit ouvert aux problèmes qui préoccupent son siècle, et, dans la question sociale, un initiateur prudent et cordialement dévoué au sort des classes ouvrières. 11 fut enfin, au milieu des vicissitudes les plus diverses, un évêque inébranlable dans la foi. un cardinal inépuisable dans la charité : Tavenir s'ouvre devant Thistoire, pour nous le montrer un Pontife inlassable dans Tespérance.

A tous ces talents, aux dons supérieurs de rintelligence, aux qualités profondes du cœur, il joint ce que la langue italienne appelle, dans son élégance latine, la precisione del criterio,

la sûreté du jugement. C'est peut-être la vertu la plus indispensable à ceux qui sont appelés à commander.

La physionomie elle-même du Pape semble traduire dans la puissance des traits et la douceur du regard cette vie intérieure faite de foi ardente et de bonté infinie. Pie X nous est apparu, au jour où nous le vîmes pour lapremière fois dans sa petite cellule, sous les vêtements blancs de pontife, comme une résurrection de l'immortel Pie IX.

Lelionissantde J. Mastaï, au rable agrandi, est devenu le lion passant de J. Sarto, aux ailes éployées, portant au monde l'Évangile de la bonne nouvelle.

Ce que nous avons tenté ici, c'est moins une biographie que l'histoire d'une àme : les faits extérieurs sont la manifestation de la vie intérieure, selon la parole antique : Inlcrna meliora. Aussi, avons-nous intitulé notre étude : Vie intime de Pie X.

L'histoire du passé ^est le garant de l'avenir. Le feu ardent, — VIgnis ardens, — de l'étoile sera, dans la nuit du monde, non point le brasier qui dévore, mais la flamme qui conduit!

G. Albin de Cigala.

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