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LA PREMIÈRE ET LA DERNIERE DEMEURE DE PIE X

Sommaire. — Le Christ et la Papauté. — Duc in ait uni. — Rome éternelle. — Pie IX et Pie X. — Le lion et l'étoile. — Je soutiendrai!

Au vaisseau de l'Église, il est toujours quelqu'un qui veille, et le jour et la nuit : c'est le Maître.

Que le pilote soit Pie X, qu'il soit Léon XIII ou Pie IX, qu'il soit Pierre lui-môme, le vrai Guhernator est toujours le Christ. Et c'est ici >urt()iit que se vérifie la mystérieuse devise de la barque symbolique : Fluctuât nec mergitur : elle est agitée par les flots, mais elle ne sombre point.

Combien de tempêtes n'a-t-elle pas essuyées? Combien d'ouragans n'a-t-elle pas affrontés? Combien de trahisons môme, hélas ! n'a-t-elle

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pas connues, sans jamais faire naufrage? Depuis le jour que le Maître, aux rivages de Tibériade, l'a confiée à Pierre, avec ce fier commandement : Duc in altum, conduis-la en la haute mer, — elle a vogué sans crainte, à travers le monde. Elle est ancrée, d'ailleurs, au roc inébranlable qui est la pierre angulaire, le Christ.

Elle demeure ferme, au port mystérieux de cette ville, où Pierre lui-même l'a conduite, à Rome. Elle y est plus ancrée aujourd'hui que jamais : Pie X ne porte-t-il point l'ancre symbolique dans ses armes? La voilà, la vraie Rome intangible, la Rome papale ! Elle seule survit aux changements.

Aucune terre n'a été tournée et retournée par l'inévitable révolution des choses humaines à l'égal de celle où s'élève Rome, dit IVP'' Touchet. La vieille République y a trouvé sa tombe. Ni les Césars, ni les chefs barbares qui allèrent un jour s'y afflubler risiblement et tragiquement de la pourpre, ni les révolutionnaires, ni les barons sauvages du moyen âge, ni Ronaparte, personne n'y a eu de successeurs. Par suite de ce va-etvient perpétuel d'institutions et d'hommes, qui se succèdent, se combattent, se détruisent, l'his-

toire de Rome présente à qui la voit de haut le spectacle d'un océan tempétueux où tout remue. Un seul point est fixe : c'est qu'il y a toujours unévèque à Rome, un Pape.

Pie X est le deux cent cinquante-troisième successeur de saint Pierre. Après Pie X un autre viendra encore et, lorsque l'ange des suprêmes jugements descendra, comme le porte l'Apocalypse, annoncer h la terre qu'elle va se briser, il trouvera encore ici-bas un Pape, et, prenant le langage séculaire, il pourra le saluer des mots tant répétés : Tu es Pet?us! ^e te reconnais Pierre : ton Eglise a traversé les siècles, souvent persécutée, tout au moins contredite; son heure suprême a sonnc', c'est celle de la victoire définitive : qu'elle dise adieu à la terre, et qu'elle remonte définitivement à sa vraie patrie, le ciel !

Les l^apes meurent, la Papauté ne meurt pas. Elle couronna Pierre de majesté et de puissance spirituelle; elle couronnera d'une puissance égale et d'une égale majesté le dernier de ses successeurs, au dernier jour du monde.

Quel sera ce Pape? Le nom importe peu : ce sera le Pape.

L'Histoire en a vu de grands, d'illustres, de

glorieux et de saints ; elle en a vu aussi d'humbles, de faibles même ; elle en a vu de malheureux : elle n'en a point vu de traîtres. Dieu semble envoyer, à son temps, ce qu'il faut à chaque époque, pour son Eglise.

Le rôle de l'historien est de savoir comprendre cette mission et de la faire ressortir.

Notre époque, plus qu'aucune autre, a connu de grandes figures de Papes. Elle a vu Léon XUl, la lumière de son temps ; elle a vu Pie IX, la gloire de son siècle. Elle voit aujourd'hui Pie X, sur qui reposent les espérances de Tavenir, et qui semble vouloir réunir dans sa vie, comme dans son blason, le lion des Mastaï et l'étoile des Pecci.

Cependant, s'il fallait lui trouver une ressemblance, nous dirions volontiers, avec l'éminent académicien M. Costa de Beau regard, que cette ressemblance est celle de Pie IX.

(( Il y a entre Pie X et le modèle qu'il a voulu de son pontificat, Pie IX, plus d'une analogie. Ni l'un ni l'autre n'avaient ambitionné le pouvoir. Ils avaient vécu tous deux loin de Rome. La politique, la diplomatie leur étaient étrangères. Ils enseignaient l'Évangile, priaient Dieu,

aimaient les pauvres, ignorant pour ainsi dire qu'il pût exister pour un prêtre une ambition plus haute que celle de consoler ceux qui pleurent, de nourrir ceux qui ont faim, de mettre une espérance immortelle au cœur de tout homme qui souffre.

« Ah! qu'il serait facile au Pape de se faire aimer! disait souvent le cardinal Mastaï... La thc'ologie ne s'oppose pas au progrès... Mais, d'ailleurs, je n'entends rien à la politique. » Ce sont les trois pensées qu'un ami de Pie IX et un adversaire de ses théories, le comte Pasolini, a laissées comme le résumé des idées du grand Pape, traduites en ses propres paroles, au moment du Conclave de 1846. »

Cette trinité de vertus, qui firent de Pie IX la grande figure d'un siècle sceptique, semble être aussi la devise de Pie X. Gomme son prédécesseur, il garde dans son âme la foi naïve qui opère des miracles, l'indulgence infinie qui attire le monde et la défiance de soi qui touche à la plus sublime humilité.

La première Encyclique de Pie X affermit, au cœur des fidèles, ce sentiment de fière et joyeuse sécurité qu'y avait fait naître son élec-

tion. Sans doute rindéfectibilité, promise à Pierre et à ses successeurs, attestée par une expérience de dix-neuf siècles, inscrite au Credo depuis le concile du Vatican, ne permettait à la foi du chrétien ni un doute ni une inquiétude. Mais Léon XIII avait porté si haut en sa personne le prestige de la Papauté ; il s'était si magnifiquement imposé à l'admiration des adversaires eux-mêmes, qu'on pouvait se demander si pareil héritage ne semblerait pas, du moiïis aux yeux du monde, écraser l'héritier.

Le cardinal Sarto a connu l'angoisse de celte pensée, et c'est par le cri déchirant de son humilité que s'ouvre son premier appel au monde : E supremi apostolatiis.

Dieu, qui exalte les humbles, a abaisse sur nous son regard, et celui qui, tout à l'heure, « pleinement conscient de sa faiblesse », « pâle de consternation et de douleur, était plus semblable à un cadavre qu'à un être vivant », se relève « soutenu par la force divine », « investi de la plénitude de la puissance », « établi pour arracher et pour détruire, pour édifier et pour planter ».

Ce rappel d'un texte invoqué par les Gré-

goire VII, les Innocent IIl et tous les grands papes du moyen âge lorsqu'ils devaient user de leur autorité suprême, promet à nos temps troublés le Pape énergique qu'ils réclament.

Léon XIII avait dégagé l'Eglise de toute attache avec les partis, de toute solidarité avec les gouvernements. D'un ferme coup de barre Pie X rejette, à son tour, vers la haute mer, en dehors des courants qui, durant l'interrègne, se l'étaient disputée, la barque mystique dont il est le pilote : « Il se rencontrera, dit-il, des hommes qui, appliquant aux choses divines la courte mesure des choses humaines, chercheront à scruter nos pensées intimes et à les tourner à leurs vues terrestres, à leurs intérêts de partis. Pour couper court à ces vaines tentatives, nous affirmons que nous ne voulons être, et, avec l'aide de Dieu, nous ne serons rien autre, au milieu des soci('tés linmainos, que le ministre du Dieu qui nous a revêtu de son autorité... et, si l'on nous demande une devise traduisant le fond même de notre âme, nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ. »

C'est bien le Pape qu'il fallait à notre époque

troublée et défiante. Une grande dame qui est en même temps un grand écrivain, M"^ de Montgomery, le disait avec beaucoup de charme :

« Grand, fort, puissant, rappelant comme carrure l'imposante personne du regretté Pie IX, un bienveillant sourire illuminant son clair visage qui se termine par une fossette au menton, le pape Pie X doit apparaître à notre pays, si divisé par les querelles religieuses et politiques, comme l'arbitre suprême, et nous devons avec confiance tourner nos regards vers lui. Il a été bon, juste, toute sa vie, simple à l'excès, n'allant nullement dans la société de Venise, vivant très à part, occupé de bonnes œuvres, recevant sans cesse les infortunés de toutes les classes de la société, donnant plus qu'il ne pouvait.

Le cardinal Sarto m'est apparu comme la grande figure du Pacificateur; et, lorsque à ma dernière visite, enjuin 1903, j'eusl'honneurd'être reçue par lui, je ne pensais pas être prophète en lui disant que, si S. S. le Pape Léon XÏII était rappelé à Dieu, la voix universelle de la cité des Doges était que le patriarche Sarto serait élu pour le remplacer.

Je le verrai toujours, passant dans sa gondole

noire, drapé d'écarlate, comme le coucher du soleil qui éclairait Venise, glissant sur l'onde des Lagunes, allant vers l'inconnu, vers cette destinée glorieuse dont il était digne et dont nous devons tous nous féliciter.

Lorsque j'étais à Venise,jefus témoin d'un fait qui prouve l'extrême bonté du cardinal Sarto. Une jeune femme de la colonie étrangère, ayant eu à se plaindre de la conduite d'un officier et ne voulant pas, selon ses idées de chrétienne, faire arriver une querelle qui eût pu devenir sanglante, alla trouver le Patriarche. Celui-ci la prit sous sa haute protection, fit venir Tofficier, et tout se termina par la paix et la conciliation.

Puisse-t-il, ce vénéré Pape, faire pour les querelles intestines de notre chère patrie ce qu'il a su faire pour cette jeune femme!

J'augure, pourmon humble part, les meilleures etlesplus douces espérancesà l'avènement d'une telle lumière, d'une âme si élevée, dont la devise a été la droiture et la bonté!

On ne le dit pas politique!... Je crois, moi, qu'il est de l'école des plus grands hommes d'Etat, car le cardinal Sarto, maintenant Pie X, ne fait que ce qu'il dit. »

Parlez donc, ô Père, parlez, car votre parole sera e^coutée !

Vous êtes le Docteur et vous êtes le Père !

Vous êtes le Maître et vous êtes le Pilote !

Vous êtes le Roi, vous êtes le Chef!

Nous serons vos enfants et vos serviteurs, vos disciples et vos soldats!

Nos bras sont à vous, et nos cœurs aussi : et, s'il le fallait, notre âme et notre sang!

Des temps meilleurs se lèveront et les peuples viendront encore à vous.

Gomme les barons qui, dans le rite ancien du couronnement, soutenaient d'une main la couronne au-dessus de la tête de leur chef, pendant qu'ils tiraient de l'autre leur épée, au cri vaillant de je soutiendrai^ — nous aussi, nous soutiendrons la couronne du Pape, en tenant l'épée qui est la croix, et nous dirons comme eux, avec la même foi et avec le même amour : Je soutiendrai !

APPENDICES

APPENDICES

A. — La convocation au Conclave.

B. — Les Cardinaux du Conclave.

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