LETTRE-PREFACE
DE
L’HONORABLE RODOLPHE LEMIEUX Président de la
Chambre des Communes du Canada.
A monsieur Georges Bouchard,
Professeur, homme de lettres, député.
Cher monsieur Bouchard,
J’ai lu et relu vos silhouettes et vos scènes de la campagne canadienne. Vous avez tracé et décrit les unes et les autres avec une délicatesse de touche, je devrais dire — avec une piété — qui vous fait honneur. Vous êtes l’exemple de ce que peut accomplir un fils du sol ancestral. Fidèle à vos origines, vous enseignez à vos élèves et vous proclamez au parlement que la terre, source de nos richesses, espoir de notre avenir, fait non seulement ger-
mer la moisson mais contribue à l’épanouissement des plus solides vertus de la race. Le titre même que vous avez choisi : “ Vieilles choses — Vieilles gens ”, est comme un hommage à ce paysan canadien-français qui continue paisiblement et sans relâche au XXe siècle l’âpre et immortel sillon commencé au XVIIe par les colons de Richelieu, de Colbert et de Talon.
Notre paysan, dont vous racontez la vie humble et sereine, n’est-il pas un témoin de désintéressement et de courage ? Et n’a-t-il pas fait de notre campagne un foyer rayonnant de charme et de beauté?
A travers ces pages où vous rappelez des visions d’enfance, j’ai, moi aussi, revu comme dans un rêve, le gracieux paysage qui borde la route de la Rivière-Ouelle, à Saint-Philippe. J’ai aperçu le vieux manoir, salué le vieux clocher, entendu tinter FAngelus . . . J’ai causé avec ces types que vous décrivez d’une plume alerte et qui donnent au -vieux Québec sa véritable physionomie.
Vos impressions, vos souvenirs que vous avez fixés avec tant d’âme dans ce livre, je les compare volontiers à des bijoux anciens. Leur éclat atténué par les ans nous jette sa note chaude et discrète. Ils étaient précieux : ils sont devenus inappréciables.