TOME IV
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enseignaient qu'on ne puvait rien faire de méritoire pour le salut sans un secours surnaturel; mais, sous prétexte de maintenir la liberté de l'homme , ils soutenaient que le commencement ou premier désir de la foi, ainsi que d'autres vertus et actions surnaturelles, qui étant fondées sur la foi deviennent méritoires pour le ciel , étaient uniquement l'ouvrage du libre arbitre. Ils se servaient pour appuyer leur sentiment de la comparaison suivante : Un malade, disaient-ils, désire d'abord sa guérison, puis en conséquence de ce désir il se détermine à faire venir un médecin. Cette erreur, connue sous le nom de sam-pélaglanisme, donnait à la créature la gloire de la vertu considérée dans son commencement ou dans ses désirs, et par là contredisait ouvertement la doctrine de Jésus- Christ et des apôtres. Le livre de la Correction et de la Grâce ne dissipa point les préjugés des semi-pélagiens; ils n'en devinrent que plus ardents à défendre leurs erreurs et h s'élever contre S. Augustin.
Un pieux laïque, nommé Hilaire, prit le parti du saint docteur et se chargea du soin de venger la foi de l'Eglise; il engagea S. Prosper dans la même cause. Il paraît que ce dernier était aussi laïque , mais ses vertus et ses talents le rendirent propre à s'opposer aux progrès de l'hérésie. Par l'avis d'Hilaire il écrivit h S. Augustin pour l'informer des erreurs des prêtres de Marseille, et ce saint docteur composa , tant pour les réfuter que pour les instruire, les livres de la Prédestination des Saints et du Don de la Persévérance. Hilaire lui avait aussi écrit sur le même sujet. Tout ceci arriva dans les années 4^8 et 429.
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Ces deux livres purent Lien convaincre les semipélagiens , mais ils ne les convertirent point : ils eurent donc recours à la calomnie ; ils accusèrent S. Augustin et ses partisans d'enseigner une grâce nécessitante qui anéantissait le libre arbitre. Rufîn, ami de S. Prosper, sachant que celui-ci était compris dans l'accusation, lui en écrivit pour s'assurer de la vérité. Le saint lui répondit par une lettre que nous avons encore , et où il lui explique quels étaient les bruits que répandaient les ennemis du saint évêque d'Hippone, quel motif ils avaient d'en agir de la sorte, dans quelles erreurs ils étaient euxmêmes, et quelle était la véritable doctrine de S. Augustin sur la grâce et sur le libre arbitre.
Comme les semi-pélagiens affectaient de dire qu'ils ne s'en tiendraient qu'aux décisions du saintsiége , Hilaire et Prosper firent le voyage de Piome pour informer le pape Célestin de tout ce qui s'était passé. Célestin, instruit du véritable état des choses, écrivit une lettre dogmatique adressée à l'évêquc de Marseille et aux évêques voisins : il y combattait les ennemis de la grâce et y donnait de grandes louanges h la doctrine de S. x\ugustin. Cette lettre fut écrite en 4Ô1 , après la mort du saint évcque d'Hippone.
Cependant les troubles continuaient toujours. S. Prosper prit lui-même la plume et publia son poème contre les Ingrats, qui paraît avoir été composé vers l'an 43 1. Parla dénomination d' tngrafi il entendait les semi-pélagiens^ qui étaient tels effectivement envers la grâce de Jésus- Christ, mais qui toutefois n'avaient point encore été retranches de la communion de l'Église. Ce poème est le chef-
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d' œuvre de S. Prosper, tant pour l'élégance (jue pour le fond des choses. La nécessité de la grâce , surtout par rapport à l'amour divin ^ y est solidement démontrée. Il y est dit que le siège de S. Pierre, fixé à Rome, préside sur tout l'univers, et qu'il possède par religion ce qu'il n'a point soumis par la force des armes.
S. Léon-Ie-Grand étant devenu pape en 44^ invita S. Prosper h venir à Rome. Il en fit son secrétaire et remploya avec succès dans les plus importantes affaires de l'Eglise. Prosper écrasa le pélagianisme, qui recommençait h. lever la tête dans la capitale de la chrétienté. Ce fut, dit Photius, à son zèle, à son savoir et à ses travaux infatigables que l'on dut fentière extirpation de cette hérésie.
On ne sait point l'année de la mort de S. Prosper. Il est parlé de lui dans la chronique de Marcelin comme d'une personne qui vivait encore en 465. On lit son nom dans le martyrologe romain sous le 25 juin.
On trouve dans les poésies de S. Prosper beaucoup de facilité, d'élégance, de douceur, d'onction et de feu. Le style de ses ouvrages en prose est naturel, concis et nerveux; partout il se montre moins occupé des ornements du discours que de l'utilité de ses lecteurs. Ses raisonnements sont liés et concluants, ses expressions nobles et ses pensées pleines d'élévation. Il joint h tous ces avantages un jugement sûr et une grande pénétration d'esprit.
M. Mangeant a donné une bonne édition des œuvres de S. Prosper, qui parut à Paris en 1711, in-fol. On y trouve la vie du saint traduite des Mémoires de Tillemont par le docte éditeur.
s. PATRICE. ()
Jean Salinas, chanoine régulier delà congrégation de Saint-Jean de Latran , fit réimprimer h Rome, en T752, in -S**, les œu\Tes de S. Prosper qui traitent des matières de la grâce^ avec celles de S. Honorât de Marseille.