‹ Vies choisies des principaux saints (volume 2)Chapitre 40 sur 131 · PÉNITENTE · texte numérisé non relu

PÉNITENTE

(8 octobre.)

Vers le milieu du quatrième siècle vivait en Egypte une fameuse courtisane nommée Thaïs; elle avait été élevée dans la religion chrétienne, mais les sentiments de la grâce avaient été étouffés en elle par l'amour de la volupté et par le désir d'un gain infâme. Abusant de sa beauté, de son esprit et de quelques autres qualités, elle ne rougit point de se prostituer, et elle tomba dans un tel abîme de corruption qu'il ne paraissait pas qu'elle pût se convertir par des voies ordinaires. Comme ses désordres étaient publics, le triste état de son ame faisait couler sans cesse les larmes de Paphnuce, anachorète de la Tliébaïde. Enfin, après avoir consulté Dieu dans la prière, il résolut d'avoir recours à un pieux stratagème pour retirer cette pèche-

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resse de ses désordres. Il quitta ses habits et se déguisa de manière à ne pouvoir être reconnu pour ce qu'il était. Il se mit en route, et vint à la maison de Thaïs. Quand il fut arrivé à la porte il demanda à lui parler et fut introduit dans sa chambre; là il lui dit qu'il serait bien aise d'avoir un entretien avec elle, mais qu'il désirait que ce (ùt dans un apparte ment plus retiré. « Que craignez-vous? répondit Thaïs; si ce senties hommes, il n'y a personne qui puisse nous voir ici; si c'est Dieu, il ne nousestpas possible d'échapper à ses regards, en quelque lieu que nous soyons. Quoi! reprit Paphnuce, vous savez qu'il y a un Dieu? Oui, répliqua Thaïs, je sais de plus qu'il y a un paradis pour les bons et un enfer pour les méchants. Comment donc, dit l'anachorète, osez-vous en croyant ces grandes vérités pécher en présence de celui qui vous voit et vous ju-

gera ? »

Thaïs connut à ce reproche que celui qui lui parlait était un serviteur de Dieu, et qu'il ne venait la trouver que pour la retirer de la voie de perdition. En même temps le Saint-Esprit, dont Paphnuce avait été l'organe, dissipa les ténèbres qui lui cachaient l'énormité de ses crimes, et amollit la dureté de son cœm' par l'onction delà grâce. Pénétrée de douleur et de confusion, elle fond en larmes , ^ déteste son horrible ingratitude envers Dieu, se jette aux pieds de Paphnuce et lui dit : « Mon père, imposez-moi la pénitence que vous jugerez convenable : priez pour moi afin que Dieu daigne me faire miséricorde. Je ne vous demande que trois heures pour mettre ordre à mes affaires, j'exécuterai ensui'c ce que vous me prescrirez. » Paphnuce

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lui indiqua le lieu de sa retraite et retourna à sa cellule.

Thaïs prend ses meubles, ses bijoux et tout ce qu'elle avait amassé par ses crimes ; elle en fait un monceau dans la rue, et y met le feu en invitant les complices de ses débauches ù l'imiter dans son sacrifice et dans sa pénitence. Par cette action elle se proposait de réparer le scandale qu'elle avait donné et de montrer qu'elle renonçait non seulement au péché mais encore à tout ce qui était capable d'allumer ses passions. Elle alla ensuite trouver Paphnucc, qui la conduisit dans un monastère de femmes. Le saint anachorète la renferma dans unecellulle, sur la porte de laquelle il mit un sceau do plomb, comme si ce lieu eût été destiné k lui servir de tombeau. Il recommanda aux sœurs de lui apporter tous les jours pour sa nourriture un peu de pain et d'eau, et il lui ordonna h elle d'implorer la miséricorde divine et de solliciter sans cesse le pardon de ses péchés. Thaïs lui ayant demandé quelle prière elle devait faire, il lui répondit: «Vous n'êtes point digne de prononcer le saint nom de Dieu parceque vos lèvres ont été souillées* par l'iniquité; vous ne l'êtes pas non plus de lever vos mains au ciel parcequ'elles sont remplies d'impureté. Ainsi contentez-vous de. vous tourner vers l'orient et de répéter ces paroles : 0 vous qui m'avez créée, ayez pitié de moi ! » Elle continua de faire cette prière, qu'elle accompagnait de beaucoup de larmes. Elle n'osait appeler Dieu son Pcrc parcequ'elle avait mérité par ses crimes de perdre la qualité de son enfant ; elle n'osait non plus lui

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donner les titres de Seigneur, de Juge et Je Dieu : de Seigneur, parceqii'elie avait renoncé à lui pour devenir l'esclave du démon; de Juge, parceque la pensée de ses redoutables jugements la glaçait d'effroi; de Dieu, parceque son nom est infiniment adorable, et qu'il emporte avec lui l'idée de toutes les perfections. Mais, quoiqu'elle Teùt renié par ses actions, elle était toujours l'ouvrage de ses mains; et à ce titre elle le conjurait d'abaisser sur elle les regards de sa miséricorde, de la tirer de l'abîme de ses misères, delà rétablir dans les droits précieux qu'elle a^-^iit perdus, et de l'embraser de son amour. Elle trouvaitdans sa prière des motifs de s'excitera la componction, à l'humilité et à toutes les autres vertus.

Au bout de trois ans S. Paphnuce alla trouver S. Antoine pour lui demander si Thaïs n'avait pas fait une pénitence suffisante pour être réconciliée et admise à la communion. Ils convinrent l'un et l'autre de consulter S. Paul le Simple, Dieu se plaisant à révéler ses volontés aux .humbles de cœur. Ils passèrent ensemble la nuit en prières.

Le matin, S. Paul dit que Dieu avait préparé une place dans le ciel à la pénitente. Paphnuce alla donc lui ouvrir sa cellule et lui annoncer que sa pénitence était finie. Thaïs, frappée des jugements de Dieu, et se jugeant indigne d'être associée à la compagnie des chastes épouses de Jésus-Christ, demandait à rester enfermée dans sa cellule jusqu'à la fin de sa vie ; mais Paphnuce ne voulut point le lui permettre. Elle dit que depuis son entrée dans le monastère elle avait toujours eu ses péchés de-

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vanl les yeux, et qu'elle n'avait jamais cessé de les pleurer. « C'est pour cela, lui répondit Paphnuce, que Dieu les a effacés. » Etant sortie de sa prison, elle vécut avec les autres sœurs; mais Dieu , satisfait de son sacrifice, la retira de ce monde quinze jours après. On l'honore à différents jours àâujs rOccident; sa fête est marquée au 8 octobre dans le ménologe des Grecs.

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