LES SAINTS MARTYRS D ALEXANDRIE. 11 D
chus, qui depuis long-temps n'était pas fréquenté. Le patriarche Théophile l'ayant demandé à l'empereur Théodose pour en faire une église, ce prince le lui accorda. Les chrétiens se mirent aussitôt à nettoyer la place; mais, tandis qu'ils y travaillaient, ils découvrirent des caves souterraines remplies de figures également infâmes et ridicules. Le patriarche profita de l'occasion qui se présentait d'humilier le paganisme : il ordonna de promener publiquement ces figures par la ville, afin que tout le monde connût l'extravagance du culte auquel elles servaient.
Les païens, infiniment sensibles au coup qui venait d'être porté a leur religion, se Hvrèrent aux plus furieux accès de la vengeance; ils attaquèrent les chrétiens dans les rues et en massacrèrent plusieurs, après quoi ils se retirèrent dans le temple de Sérapis comme dans leur forl. De là ils faisaient de fréquentes sorties, où ilsprenaientun grand nombre de chrétiens; ils les emmenaient avec eux dans le temple, et les forçaient de sacrifier h leur dieu. Ceux qui ne voulaient pas trahir leur foi étaient mis à mort après avoir été appliqués aux tortures les plus cruelles. On crucifiait les uns, on coupait les jambes aux autres et on les jetait ensuite dans les cloaques du temple avec le sang impur des victimes.
L'empereur, informé de la sédition et de ses suites, applaudit au courage des chnHicns, qui avaient^ mieux aimé verser leur sang que de renoncer à Jésus-Christ. Il ne voulut pas même punir leurs meurtriers de peur de ternir la gloire de leur triomphe ; mais il envoya des ordres pour qu'on rasât tous les temples des idoles qui étaient h Alexandrie.
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Lorsque le rescrit fut arrivé les chrétiens et les païens s'assemblèrent pour en entendre la lecture, qui se fit dans la place du temple deSérapis. Les se»conds ne l'eurent pas plus tôt entendu qu'ils poussèrent des cris de désespoir. Saisis de frayeur, ils abandonnent le temple et sortent même delà ville. Pour les chrétiens, ils courent à l'idole, ils la mettent en pièces et en jettent les morceaux au feu. Le ciel et la terre n'éprouvèrent aucune secousse, quoique les païens eussent fait courir le bruit que si quelqu'un osait toucher à leur dieu les voûtes du ciel s'ébranleraient tout à coup, le monde entier rentrerait dans son premier chaos. Ce silence de la nature ne contribua pas peu h détromper plusieurs idolâtres de leurs superstitions.
C'était dans le temple de Sérapis qu'on gardait la mesure qui servait à marquer la hauteur du débordement du Nil. Les païens publièrent que leur prétendue divinité, en punition des outrages qu'on lui avait faits, ne fournirait plus dorénavant lamôme quantité d'eau. La prédiction fut fausse : les années suivantes furent même plus fertiles que celles qui les avaient précédées. C'est qu'il n'y a que Dieu qui opère et qui règle les crues périodiques du Nil. La plupart des idolâtres ouvrirent enfin les yeux; ils^ab jurèrent leurs superstitions et se firent chrétiens. On détruisit tous les bustes de Sérapis, qui étaient sur les murailles et les portes des maisons, et on leur substitua la croix du Sauveur. On bâtit deux églises sur les débris du temple de cette idole, et les métaux qui s'y trouvèrent furent consacrés au culte du vrai Dieu.
On démolit les autres temples de l'Egypte durant
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le cours des deux années suivantes. Tandis qu'on abattait ceux d'Alexandrie , le patriarche fit connaître les cruels mystères deMithra, en exposant à la vue de tout le monde des têtes d'enfants coupées avec les lèvres dorées que l'on avait découvertes dans des caves souterraine^. On découvrit aussi des statues creuses où les prêtres païens entraient sans être aperçus de personne afin de tromper le peuple par leurs prétendus oracles.