‹ Vies choisies des principaux saints (volume 4)Chapitre 15 sur 104 · PENDANT LA PESTE D'ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

PENDANT LA PESTE D'ALEXANDRIE

(28 février.)

L'histoire nous a laissé la description la plus effrayante de la peste qui dépeupla une grande partie de l'empire romain, depuis l'an 249 jusqu'à l'an 262. A Rome, elle emporta jusqu'à cinq mille personnes en un seul jour; mais ce fut surtout à Alexandrie qu'elle fit sentir ses horribles ravages. Écoulons parler S.Denys, évoque de cette ville. Il commence par le récit de la sédition qui arma les Alexandrins les uns contre les autres. La fureur de la guerre civile alla si loin qu'on ne voyait partout que trouble, que confusion, que carnage. Il eût été moins dangereux, dit S. Denys, de passer d'orient en occident que d'un quartier de la ville à l'autre. A ce premier fléau succéda la peste la plus violente. Il n'y avait pas une seule maison dans Alexandrie qui n'eût quelque mort à pleurer. On n'enlendait de toutes paris que cris etque gémissements ; l'image de la mort était peinte sur chaque visage; la puanteur qui s'exhalait des cadavres communiquait aux vivants le poison contagieux; les vents au lieu de purifier l'air ne faisait que le corrompre de plus en plus, en apportant les vapeurs infectes du Nil. La crainte de mourir éloignait les païens de leurs amis et de leurs proches. Us ne les voyaient pas plus tôt frappés de la maladie qu'ils les abandonnaient sans secours ; ils les jetaient même à demi morts dans les rues, et refusaient la sépulture à ceux qui

10C LES SS. MARTYRS d' ALEXANDRIE.

ne vivaient plus , tant ils craignaient d'être les victimes du redoutable fléau dont tous les soins ne pouvaient arrêter les progrès.

Mais cette maladie, que les idolâtres regardaient comme la plus grande des calamités, ne fut qu'une épreuve pour les chrétiens. Ils montrèrent en cette occasion de quoi la charité est capable. Ces hommes qui pendant les persécutions de Dccc, de Gallus et cle Valéricn avaient été obligés de se cacher et de tenir leurs assemblées dans les déserts, ou sur des vaisseaux exposés à la fureur des vagues, qui n'avaient pu offrir les saints mystères que dans des prisons ou des lieux souterrains; ces hommes, disje, accoururent au secours des pestiférés et se dévouèrent généreusement à leur service, malgréle danger évident où ils mettaient leur propre vie. Ils fermaient }a bouche et les yeux aux morts, et les emportaient ensuite sur leurs épaules pour leur rendre les derniers devoirs. Plusieurs de ces vrais disciples de Jésus-Christ furent les victimes de leur charité ; mais ils laissaient en mourant de fidèles imitateurs de leur zèle pour le service des malades, lesquels à leur tour étaient remplacés par d'autres. « C'est ainsi, ajoute S. Denys, que les plus pieux de nos frères, que les plus saints de nos prêtres, de nos diacres et même de nos laïques, ont terminé leur vie, et il est hors de doute que ce genre de mort ne diffère en rien du martyre. » Il est dit dans ie martyrologe romain que les chrétiens morts au service des pestiférés d'Alexandrie sont honorés comme martyrs par une coutume que la piété des liuèles a introduite.

Pourquoi ces saints portèrent-ils la charité envers

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