‹ Vies choisies des principaux saints (volume 4)Chapitre 63 sur 104 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

S. QUIRIG OU S. C1R ET SAINTE JULITTE,

MARTYRS

(16 juin.)

Les édits de Dioclétien contre le christianisme étant arrivés dans la Lycaonie, Domitien, qui en était gouverneur , les exécuta avec la dernière cruauté. Une femme d'Icône, nommée Julitte , qui était du nombre des fidèles, résolut de prendre la fuite, conformément à ce qui est conseillé dans l'Evangile pour les temps de persécution ; elle se sauva donc à Séleucic avec Cyr son fils, qui n'avait encore que trois ans, et deux filles qui la servaient. Elle ne balança point à quitter tous les avantages dont elle eût pu jouir dans le monde, car elle était issue du sang des rois de l'Asie, et elle possédait des biens considérables. Au reste son cœur n'avait jamais été attaché aux richesses, et elle ne s'en était servie que pour satisfaire aux besoins indispensables de la nature.

En arrivant à Séleucie elle sut bientôt que le gouverneur , nommé Alexandre, ne haïssait pas moins les chrétiens que le préfet d'Icône; elle se mit donc en route pour aller à Tarse de Cilicie. Alexandre entra dans cette ville à peu près dans le même temps qu'elle. Ayant été reconnue, on l'arrêta avec son fils qu'elle tenait entre ses bras, et on la conduisit devant le tri'Lunal du gouverneur. Les deux filles de sa suite l'abandonnèrent, de peur que l'on ne se saisît aussi de leurs personnes, et se tinrent soigneusement cachées.

Alexandre demanda à Julitte quels étaient son nom, sa qualité et son pays ; elle ne répondit à ces diverses questions que par ces mots : «Je suis chrétienne. » Ce gouverneur, outré de colère, lui fitôter son enfant, puis ordonna qu'elle fût étendue et frappée avec des nerfs de bœuf. A l'égard du petit Cyr il voulut qu'on le lui donnât, Rien n'était plus aimable, que cet enfant; un certain air de dignité qui annonçait son illustre naissance , joint a la douceur et à l'innocence du premier âge, intéressait en sa faveur tous ceux qui étaient présents. On eut beaucoup de peine h l'arracher des bras de sa mère, il étendait continuellement les siens vers elle de la manière la plus touchante. Ses cris et ses pleurs marquaient toute la peine qu'il ressentait de la violence qu'on lui faisait. Le gouverneur le mit sur ses genoux, essayant de le baiser et de l'apaiser, mais l'enfant avait toujours les yeux sur sa mère, et s'élançait fortement de son côté. Ilégralignait le visage du gouverneur et lui donnait des coups de pied dans l'estomac ; et lorsque sa mère au milieu des tourments s'éeriaitye suis chrétienne, il redisait aussitôt je sais chrétien. Le juge, hors de lui-même, le prit par le pied et le jeta par terre. L'enfant tomba surles marches du tribunal, se cassa la tête et mourut baigné dans son sang.

Julitte ayant vu ce qui s'était passé remercia Dieu d'avoir accordé à son fds la couronne du martyre. La joie qu'elle témoignait augmenta encore la fureur du juge; il lui fit déchirer les côtés avec les ongles de fer, et commanda qu'on lui versât sur les pieds de la poix fondue. En même temps un crieur disait à Julitte : « Sacrifiez aux dieux, de peur que

vous n'ayez un sort semblable a celui de votre fils. Je ne peux, répondit la sainte, sacrifier aux dénions ou a des statues sourdes et muetles. J'adore Jésus- Christ, le fils unique de Dieu, par qui toutes choses ont été créées. » Après cette réponse le gouverneur la condamna à perdre la tête; il ordonna de plus que /e corps de Julitte et celui de son fils lussent portés au lieu où l'on mettait les malfaiteurs. Les remords et la confusion qu'il éprouvait h l'occasion du crime qu'il avait commis en faisant périr un enfant de trois ans l'avaient rendu comme une bête féroce qui ne suit que la fougue d'une aveugle impétuosité.

Julitte étant arrivée au lieu où devait se faire l'exécution prononça la prière suivante :« Je vous rends grâces, o mon Dieu ! de ce que mon fils a été placé le premier dans votre royaume; daignez aussi y recevoir votre servante, tout indigne qu'elle en est. Accordez-moi comme aux vierges sages l'en • trée de la chambre nuptiale, afin que mon ame bénisse Dieu votre père, le créateur et le conservateur de toutes choses, avec le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Amen. » Elle n'eut pas plus tôt dit ce dernier mot que l'exécuteur lui coupa la tête. Elle souffrit en 5o4, ou au plus tard l'année suivante.

Les deux filles de sa suite enlevèrent secrètement son corps avec celui de son fils, et les enterrèrent dans un champ près de la ville. Une d'entre elles découvrit l'endroit où ils étaient lorsque Constantin eut donné la paix h l'Église. On lit dans les Actes des deux martyrs qu'après cette découverte « les fidèles du pays s'empressèrent de se procurer quel-

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