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pelez le vrai Dieu n'a pu ni vous défendre ni vous tirer de leurs mains. — Le Dieu que nous adorons est toujours avec nous, en quelque lieu que nous soyons, et il peut toujours nous défendre. Il était avec moi lorsque j'ai été arrêté, et il y est encore présentement. C'est lui qui me fortifie et qui vous répond maintenant par ma bouche. — Vous parlez beaucoup, et parla vous différez d'exécuter les ordres de nos souverains, ce qui vous rend coupable de désobéissance envers eux. Lisez leurs édits sacrés, et faites ce qu'ils vous enjoignent. — Je ne fais nul cas de tels édits, pareequ'ils sont impies et contraires aux commandements de Dieu, en exigeant que nous, qui sommes ses serviteurs, sacrifiions a des divinités imaginaires. Le Dieu que je sers est partout; il est au ciel, sur la terre, dans la mer; il est au dessus de toutes choses, les renfermant toutes en lui-même; c'est par lui seul que chaque être subsiste. ■ — L'âge a affaibli en vous la raison, et vous vous laissez séduire par des contes. Choisissez, voici de l'encens, offrez-le à nos dieux ou attendez-vous à souffrir toutes sortes d'affronts et la mort la plus cruelle. — Ces affronts feront ma gloire, et cette mort me procurera une vie éternelle. Je ne respecte que l'autel de mon Dieu, sur lequel je lui ai souvent offert un sacrifice d'agréable odeur. — Vous avez perdu la raison, et votre folie va être cause de votre mort. Sacrifiez aux dieux. — Je ne sacrifierai point aux démons. »
Maxime ordonna alors qu'on le frappât avec des bâtons, ce qui fut exécuté avec la dernière barbarie, il lui disait pendant celte torture : « Reconnaissez à présent le pouvoir des dieux que l'empire romain
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adore. Obéissez, et je vous ferai prêtre de Jupiter. — C'est dans cet instant que je fais la véritable fonction de prêtre, en m'offrant moi-même en sacrifice au Dieu vivant. Je ne sens point les coups que mon corps a reçus ; ils ne me causent avicun mal. Je suis prêt à souffrir les tortures les plus cruelles afin d'encourager ceux dont la conduite m'a été confiée à se procurer avec moi la vie éternelle. » Maxime le fit mener en prison avec ordre de l'y laisser charge de chaînes pesantes jusqu'il ce qu'il fût devenu plus sage. Le martyr adressa cette prière à Dieu : « Je vous rends grâces, Seigneur, de ce que vous m'avez jugé digne de souffrir des* opprobres pour votre nom. Faites que tous ceux qui sont dans cette prison sachent que j'adore le vrai Dieu et qu'il n'y en a point d'autre que vous. » Cette prière fut exaucée. A minuit une grande lumière se répandit dans la prison. Le geôlier, nommé Marcellus, l'ayant aperçue, vint se jeter aux pieds du saint, et lui dit: « Priez le Seigneur pour moi, car je crois qu'il n'y a point d'autre Dieu que celui que vous adorez. » Quirin après un longue exhortation le marqua du sceau, sacré au nom de Jésus-Christ. Ces paroles semblent donner à entendre qu'il lui administra les sacrements de baptême et de confirmation.
Le magistrat, qui n'avait pas le pouvoir de condamner à mort le saint martyr, l'envoya après trois jours d'emprisonnement à Amantius, gouverneur de la province qu'on appelait la première Pannonie. Quirin, chargé de fers, fut conduit à travers toutes les villes situées sur les bords du Danube. Ayant été présenté à Amantius lorsqu'il revenait de Scarabance, celui-ci le fit mener àSabarie, où il allait lui-
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même. En même temps quelques femmes chrétiennes lui apportèrent des rafraîchissements. Tandis qu'il les bénissait les chaînes lui tombèrent des pieds et des mains.
A son arrivée h Sabarie, Amantius le fit comparaître devant lui au théâtre public. Après la lecture de la relation envoyée par Maxime il lui demanda s'il convenait de ce qui y était contenu, et s'il persistait dans sa première confession. « J'ai confessé le vrai Dieu à Siscia, répondit Quirin, et je n'en ai jamais adoré d'autre. Je le porte dans mon cœur, et personne au monde ne pourra me séparer de lui.» Amantius mit tout en œuvre pour ébranler sa constance; il lui dit de considérer son grand âge, et lui fit de magnifiques promesses; mais le trouvant toujours inflexible, il le condamna a être jetédansla rivière avec une meule de moulin au cou, et la sentence fut exécutée sur-le-champ.
Il arriva une chose qui saisit tous les spectateurs d'étonnement. Le saint au lieu d'aller au fond resta long-temps sur l'eau, d'où il exhortait les chrétiens à demeurer fermes dans la foi et à ne craindre ni les tourments, ni la mort même. Comme il surnageait toujours, il craignit h la fin de perdre la couronne du martyre. Il adressa donc cette prière à Jésus- Christ : t II n'est point surprenant, Seigneur Jésus, que vous arrêtiez le cours des fleuves, comme vous le fîtes au Jourdain, ou que vous donniez auxhommeslepouvoir de marcher sur les eaux, comme vous le donnâtes à S. Pierre. Ce peuple vient de voir en moi une preuve assez frappante de ce que vous pouvez faire; accordez-moi, ô mon Dieu ! ce qui me reste à désirer, ce qui estpréférable h toutes choses, le bonheur
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de mourir pour vous. » Sa prière finie, il ne tarda point à enfoncer dans l'eau, sur quoi l'auteur de ses Actes observe qu'il n'obtint que difficilement d'être noyé.
MARTYR
(22 janvier.)
S. Vincent, l'un des plus illustres martyrs de Jésus-Christ, naquit h Saragosse en Espagne. Va- 1ère, évêque de cette ville, après l'avoir fait élever dans la connaissance des saintes lettres et dans les maximes de la plus sublime piété, l'ordonna diacre, et le chargea, sans avoir égard à sa grande jeunesse, du soin de distribuer aux fidèles le pain de la parole divine. L'Espagne avait alors pour gouverneur Dacien, l'un des plus cruels persécuteurs qu'ait jamais eu l'Eglise.
L'an 5o3 de Jésus-Christ, les empereurs Dioclétien et Maximien publièrent un second , puis un troisième édit, lesquels ne regardaient proprement que les ecclésiastiques, mais qui, l'année suivante, furent exécutés contre tous les fidèles indistincte ment. Il paraît que ce fut avant ces édits que le gouverneur fit arrêter Valère et Vincent : on les tourmenta d'abord a Saragosse ; on les transféra ensuite h Valence, où ils furent renfermés dans une horrible prison. Us y restèrent long-temps exposés à tout ce que les chaînes et la faim ont de plus rigoureux. Le proconsul, qui se flattait que ecttetorture lente aurait ébranlé leur constance, se les fit
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amener. Il fut tout surpris de leur voir un corps vigoureux, et de trouver toujours en eux une intrépidité supérieure à toutes les épreuves. Après avoir réprimandé les gardes sous prétexte qu'ils n'avaient pas traité les prisonniers conformément a ses ordres, il se tourna vers les deux confesseurs, qu'il essaya de gagner h force de promesses et de menaces. Comme Valère, qui avait de la difficulté à parler, ne répondait point, Vincent lui dit : « Je parlerai, mon père, si vous me l'ordonnez. Mon fils, reprit Valère, je vous ai déjà confié le soin d'annoncer la parole de Dieu ; ainsi je vous charge présentement de répondre pour faire l'apologie de lafoi que nous défendons ici. » Le saint diacre ayant donc pris la parole déclara qu'ils étaient tous deux chrétiens; qu'ils n'adoraient qu'un seul et vrai Dieu avec Jésus- Christ, notre Seigneur, son fils unique, qui n'est qu'un Dieu "avec le Père et le Saint-Esprit, et qu'ils étaient prêts à souffrir pour son nom. Valère fut condamné h l'exil. Quant à Vincent, il passa par tous les genres de tortures que put imaginer la cruauté la plus raffinée. Ces tortures lurent telles, selon S. Augustin, que sans une force surnaturelle la nature humaine n'aurait pas été capahle de les supporter. Le même père ajoute que le saint conserva toujours une paix profonde et une tranquillitéiualt érable, qui éclataient sur son visage dans tous ses mouvements, paix et tranquillité qui étonnèrent les persécuteurs et qui annonçaient visiblement quelque chose de divin. D'un autre côté Dacien manifestait sa rage et les déchirements de son ame par les agitations violentes de son corps, par des yeux étincelants, par une voix entrecoupée.
Le gouverneur fit lier d'abord le martyr sur le chevalet et commanda aux bourreaux de lui tirer les pieds et les mains avec des cordes ; ce qu'ils exécutèrent avec tant de violence que ses os en furent disloqués. A cette torture on ajouta encore celle des ongles de fer. Pendant ce temps-là Vincent raillait les bourreaux et leur reprochait de manquer de force et de cœur; il eut quelques moments de relâche tandis qu'on les battit par l'ordre de Dacien, qui les soupçonnait de l'épargner; mais ceux-ci revinrent bientôt, dans la résolution de satisfaire pleinement la barbarie de leur maître, qui les excitait par tous les moyens imaginables. Deux fois ils interrompirent les tortures afin de se reposer et de rendre plus vives les douleurs du martyr en laissant refroidir ses plaies; ensuite, animés d'une nouvelle fureur, ils le reprirent, déchirèrent toutes les parties de son corps avec tant d'inhumanité qu'en plusieurs endroits on lui voyait les os et *les entrailles ; mais la grâce agissait dans son ame à proportion de ce que souffrait son corps. Les consolations intérieures dont il jouissait se manifestaient par la joie peinte sur son visage. Le juge voyant le sang couler de toutes parts et l'état affreux oùl'on avait réduit le saint martyr, sans qu'il eût été possible de l'ébranler, ne pouvait revenir de sa surprise. Il s'avoua vaincu, et sa rage parut un peu ralentie. Il fit cesser les tourments dans l'espérance que les voies de douceur réussiraient peut-être à la fin. « Ayez pitié de vous-même, dit-il à Vincent, sacrifiez aux dieux, ou au moins livrez-moi les écritures des chrétiens, conformément aux derniers édits qui ordonnent de les brûler. » Toute la
réponse du saint fut qu'il craignait beaucoup moins les tourments qu'une fausse compassion.
Dacien, plus furieux que jamais, le condamna à la question du feu, la plus cruelle de toutes. Vincent, insatiable de souffrances, monta sans effroi sur l'instrument préparé pour cette question ; c'était un lit de fer, dont les barres faites en forme de scie et garnies de pointes très aiguës, étaient posées sur un brasier ardent. On étendit et on lia le saint sur celte horrible machine. Toutes les parties de son corps qui n'étaient pas tournées du côté du feu furent déchirées a coups de fouet et bridées avec des lames toutes ronges. On jetait du sel sur ses plaies, et les pointes de ce sel aidées par l'activité du feu, entraient fort avant dans sa chair. On tourmenta successivement de la sorte les différentes parties de son corps, et cela à diverses reprises. Sa graisse, qui fondait de tous côtés, servait d'aliment aux flammes et en augmentait la violence. Ce supplice, dont la seule pensée saisit d'horreur, semblait ranimer sans cesse le courage du serviteur de Jésus-Christ; car plus il souffrait plus il paraissait gai et content. Cependant le juge, couvert de confusion et outré de rage, n'était plus maître de luimême ; il demandait continuellement anx minisires de sa cruauté ce que faisait, ce que disait Vincent. Il est toujours le même, répondaient-i!s, il persiste toujours dans sa première résolution ; on dirait que les tourments ne font qu'accroître et affermir saconstance. Effectivement le martyr invincible ne perdait rien de sa tranquillité, il se contentait de lever les yeux au ciel et de s'entretenir intérieurement avec Dieu par une prière continuelle.
Le gouverneur au désespoir le renvoya en prison avec ordre de le coucher sur des morceaux de pots cassés et de lui mettre les pieds dans des ceps de bois qui lui tinssent les jambes fort écartées, et de ne laisser entrer personne, soit pour le voir, soit pour lui parler, ce qui fut ponctuellement exécuté. Mais Dieu n'abandonna pas son serviteur; des anges descendus du ciel vinrent le consoler et chanter avec lui les louanges de son protecteur. Le geôlier, ayant regardé par les fentes delà porte, vit le cachot éclairé d'une vive lumière et le saint qui se promenait en chantant des hymnes. Il fut si frappé de ce prodige qu'il se convertit sur-le-champ, et reçut ensuite le baptême. Cette nouvelle fut pour Dacicn comme un coup de poignard , il en pleura même de rage; il laissa pourtant le saint en repos. Les fidèles eurent aussi la permission d'aller le visiter; ils baisaient en pleurant les cicatrices de ses plaies et recueillaient son sang dans des linges, qu'ils emportaient respectueusement chez eux comme un préservatif assuré qui les garantirait de tous maux. On mit ensuite le saint sur un lit fort mou, mais à peine y fut-il couché qu'il expira. On croit que sa bienheureuse mort arriva le 22 janvier 5o/|.
Dacien fit jeter son corps dans un lieu marécageux, mais Dieu commit un corbeau pour le défendre contre la voracité des bêtes et des oiseaux de proie; il fut ensuite jeté dans la mer, cousu dans un sac auquel on avait attaché une grosse pierre. Le dessein du gouverneur échoua encore. Le sac fut poussé sur le rivage par une attention particulière delà Providence. Deux chrétiens, ayant connu par révélation le lieu où était le corps du saint
martyr, l'enlevèrent secrètement et l'enterrèrent dans une petite chapelle hors des murs de Valence, où il s'opéra plusieurs miracles par la vertu de ses reliques. On garda aussi précieusement le litdefer et les autres instruments qui avaient servi à son martyr.