S. BONIFACE
un autre était attaché à des pieux -extrêmement écartés; les bourreaux en sciaient un troisième; un quatrième avait les mains coupées; un cinquième avait un pieu fiché dans la gorge et était ainsi cloué à terre ; un sixième avait les pieds et les mains renversés et attachés par derrière, et les hourreauxle frappaient h coups de hâton. Les chrétiens que l'on tourmentait de cette cruelle manière étaient au nombre de vingt; mais tandis que leur supplice glaçait d'effroi les spectateurs , ils souffraient avec une tranquillité inaltérable.
Boniface s'approcha généreusement des martyrs, puis, les ayant embrassés, il s'écria: « Qu'il est grand le Dieu des chrétiens ! qu'il est grand le Dieu des saints martyrs ! Priez pour moi, serviteurs de Jésus-Christ, afin qu'étant réuni à vous je combatte aussi contre le démon. » Le gouverneur, qui se crut insullé par une action aussi hardie , fut transporté de rage et demanda à Boniface qui il était. Celui-ci répondit qu'il était chrétien et que les tourments ne pourraient lui faire renier Jésus-Christ, son divin maître. Simplicius ordonna qu'on aiguisât des roseaux, et qu'on les lui enfonçât sous les ongles des mains. Ceci ayant été exécuté, il lui fit verser du plomb fondu dans la bouche. Boniface,, après avoir imploré le secours de Jésus-Christ, s'adressa aux autres martyrs, qui étaient expirants, pour leur demander l'assistance de leurs prières. Tant de cruautés attendrirent le peuple et excitèrent son indignation. Il se mit à crier en tumulte : « Qu'il est grand le Dieu des chrétiens ! » Le gouverneur effrayé se retira.
Le lendemain il s'assit surs on tribunal et se fit
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amener Boniface. Le martyr continua de confesser sa foi sans qu'aucune menace pût l'ébranler. Ayant été jeté dans un vase rempli de poix bouillante , il en sortit sans être endommagé. Enfin il fut condamné à perdre la tête. Lorsque la sentence eut été prononcée il pria quelque temps pour la rémission de ses péchés et pour la conversion de ses persécuteurs. Sa prière finie, il présenta sa tête aux bourreaux et reçut le coup de la mort.
Cependant les compagnons de Boniface, voyant qu'il ne venait point à l'hôtellerie , le cherchaient par toute la ville. Dans le cours de leurs perquisitions ils apprirent du frère du geôlier que la veille un étranger avait été décapité pour la religion chrétienne. Lorsqu'ils eurent vu son tronc et sa tête ils assurèrent que c'était celui-là même qu'ils cherchaient. Ils achetèrent son corps cinq cents pièces d'or, l'embaumèrent et l'emportèrent avec eux, louant Dieu de l'heureuse fin du saint martyr. Le triomphe de Boniface arriva vers l'an 307.
Aglaé, instruite de tout ce qui s'était passé, rendit grâce à Dieu de la victoire qu'il avait accordée à son serviteur. Ayant pris avec elle de pieux ecclésiastiques, ils allèrent ensemble avec des flambeaux et des parfums au devant des saintes reliques, qui furent mises à cinquante stades de Rome, sur le bord de la Voie latine. Aglaé éleva en cet endroit un tombeau , et quelques années après un oratoire ou une chapelle.
En i6o3 on découvrit à Rome les reliques de S. Boniface et celles de S. Alexis dans l'église qui portait anciennement le nom du premier de ces saints, et qui porte présentement le nom du second;