‹ Vies choisies des principaux saints (volume 4)Chapitre 72 sur 104 · PRÊTRE ET MARTYR · texte numérisé non relu

PRÊTRE ET MARTYR

(7 janvier.)

S. Lucien, dit d'Antioche, était de Samosatc en Syrie. La mort lui ayant enlevé son père et sa mère, il distribua tous ses biens aux pauvres afin de servir

Vt 72 S. LUCIEN, PRETRE ET MARTYR.

Dieu dans un plus parfait détachement des choses visibles. Il substitua l'éaide de l'Ecriture sainte à celle de la rhétorique et de la philosophie, dans laquelle il avait fait les progrès les plus rapides, et choisit pour maître un nommé Macaire, qui enseignait alors avec réputation à Edesse. Devenu prêtre, il ne s'occupa plus qu'à porteries autres à la vertu par ses discours et par ses exemples. Il ne s'en tint pas la : persuadé qu'un prêtre est redevable à l'Eglise de l'emploi de ses talents, il entreprit de donner une nouvelle édition des livres saints, en corrigeant toutes les fautes qui s'étaient glissées dans le texte de l'ancien et du nouveau Testament, soit par l'inexactitude des copistes, soit par la malice des hérétiques. Cette nouvelle édition mérita une estime universelle, et fut d'un grand usage à S. Jérôme. (1)

On a soupçonné la foi de notre saint à cause

(1) Nous apprenons de S. Jérôme qu'il y avait anciennement trois célèbres éditions de la Bible grecque : celle de S. Lucien, reçue dans les Eglises d'Orient, depuis Constantinople jusqu'à Antioche ; celle d'Hésycbius , adoptée par les Eglises d'Alexandrie et d'Egypte ; enfin celle que S. Pamphile et Eusèbe avaient donnée d'après les Hexaples d'Origène, et dont on se servait en Palestine. Le même père ajoute que l'édition de S. Lucien était la plus exacte , la mieux purgée des falsifications reprochées à Aquila, etc., et qu'en conséquence on l'appelait souvent, dans un sens absolu, la Bible des Septante ou la Version commune. Euthymius dit encore que l'édition corrigée par S. Lucien était conforme au texte dt s Septante, et qu'on n'y lisait aucun passage interpolé. Tout le monde convient aujourd'hui , comme l'observe le savant M. Kennicott, en parlant de l'édition de S. Lucien, qu'elle a plus de conformité qu'aucune autre avec le vrai texte des Septante ou la Version commune ; aussi les critiques mesurent-ils l'estime qu'on doit faire d'un manuscrit des Septante sur le plus ou le moins de conformité qu'il a avec l'édition de S. Lucien,

S. LUCIEN, PRÊTRE ET MARTYR. 2j3

du témoignage désavantageux que rend de lui S. Alexandre, évoque d'Alexandrie. Il dit en effet que Lucien vécut séparé de la communion de l'Eglise sous trois évoques d'Antioche consécutifs , savoir, Domnus, Timée et Cyrille. Le motif de cette séparation était l'attachement que le saint avait montré pour le parti de Paul de Samosale. Mais il y a toute apparence qu'il avait été trompé, faute de pénétrer assez les dogmes impies d'un hérésiarque aussi artificieux. Du moins est-il certain qu'il mourut dans le sein de l'Eglise catholique.

Lucien, quoique prêtre d'Antioche, était a Nicomédie en 5o5, lorsque l'empereur Dioclélien y publia ses premiers édits contre la religion chrétienne : il fut du nombre de ceux qu'on arrêta pour la foi. Du fond de sa prison il écrivit aux fidèles d'Antioche une lettre qui finissait ainsi : « Tous les martyrs vous saluent. Je vous apprends que le pape Anlhime a terminé sa course par le martyre. » C'était dans l'année 3o3 que le saint parlait ainsi. Il faut qu'il soit resté neuf ans en prison puisqu'au rapport d'Eusèbe il ne reçut la couronne du martyre qu'après la mort de S. Pierre d'Alexandrie, arrivée en 3i 1. Quoi qu'il en soit, on le conduisit enfin devant le tribunal du gouverneur ou même de l'empereur : il saisit celte occasion pour présenter au juge une savante apologie de la religion chrétienne.

Le juge, ayant entendu le saint confesser généreusement Jésus-Christ, le renvoya en prison, avec défense de lui donner aucune sorte de nourriture. Lorsqu'on l'eut l'ait jeûner long-temps on lui servit des mets délicats qui avaient été offerts aux idoles;

274 s« MELCHIADE, PAPE.

mais il les refusa constamment, fondé sur cette maxime qu'on ne peut manger ce qui a été offert aux idoles s'il doit en résulter du scandale pour les faibles, et si les païens l'exigent comme un acte d'idolâtrie. Le saint ayant été conduit une seconde fois devant le juge, il persista toujours dans la confession de Jésus-Christ. Ce fut en vain qu'on employa les tourments pour ébranler sa fermeté,* on ne put jamais tirer de lui que ces paroles : Je suis chrétien ; c'étaient là les seules armes dont il se servait pour vaincre, persuadé, dit S. Chrysostome, que dans un pareil combat ce n'est pas l'éloquence qui remporte la victoire, et que le moyen le plus sûr de triompher n'est pas de savoir bien parler mais de savoir bien aimer. Quelques-uns disent qu'il fut remis en prison et qu'il y mourut. S. Chrysostome, qui devait être mieux informé que personne, nous assure qu'on le décapita. Rufin dit qu'il fut égorgé secrètement dans la prison par l'ordre de Maximin, qui à cause du peuple n'osa le faire mourir publiquement. Nous lisons dans ses Actes qu'il fit plusieurs miracles, et qu'étant lié et couché sur le dos dans la prison il consacra les divins mystères sur sa poitrine, et donna la communion aux fidèles qui étaient présents.

S. MELCHIADE,-

PAPE

(10 décembre.)

S. Melchiade ou Miltiade succéda au saint pape Eusèbe, le 2 juillet 011, sous le règne de Maxence.

S. MELCHIADE, PAPE. 275

Constantin, ayant vaincu ce tyran le 28 octobre de l'année suivante, publia des édits par lesquels il permettait aux chrétiens le libre exercice de leur religion et leur accordait la liberté de bâtir des églises. Mais pour ne point effaroucher les païens mécontents de celle innovation, il donna au commencement de l'année 5i5 un nouvel édit par lequel il laissait liberté de conscience h ceux qui professaient d'autres religions ; il en excepta toutefois les hérétiques. Parmi les lois favorables au christianisme il y en avait une qui exemptait le clergé du fardeau des charges civiles. Constantin obligea tous ses soldats 11 réciter le dimanche une prière adressée au seul Dieu ; et aucun païen ne fit scrupule de suivre cette pratique. Il abolit les fêles païennes et la célébration des mystères profanes, qui donnaient lieu à la corruption des mœurs. Les idolâtres se livraient aux impuretés les plus abominables; la débauche était même portée a un point parmi eux que plusieurs fuyaient le lien du mariage afin de pouvoir s'abandonner plus librement à la brutalité de leurs passions. L'empereur crut que le moyen le plus efficace de remédier à ce désordre était d'encourager ses sujets h se marier, de les y obliger même par la force des lois et de menacer même de peines sévères ceux qui refuseraient d'obéir : mais les progrès que faisait journellement la religion chrétienne curent bien plus de pouvoir que toulesles lois du prince pour ramener la purelé des mœurs. Alors Constantin, en faveur du célibat, révoqua la loi papionne; il ordonna aussi la peine de mort contre l'adultère. Le saint pape voyait avec joie multiplier le

2^6 S' MELCHIADE, PAPE.

nombre des enfants de l'Eglise, et il travaillait avec zèle à étendre de toutes parts le royaume de Jésus- Christ. Mais sa joie fut troublée par les divisions intestines qu'excita le schisme des donatistes, qui avait pris naissance en Afrique. Mensurius, évêque de Carthage, avait été accusé d'avoir livré les saintes Ecritures aux païens, pour être brûlées durant la persécution de Dioelétien. Quoique ce fût une calomnie, Donat, évêque des Cases-JNoires en Numidie, s'était séparé delà communion de ce prélat. Il persévéra dans son schisme sous Cécilien, successeur de Mensurius sur le siège de Carthage. Plusieurs ennemis de cet évêque se joignirent à Douât; il attira encore dans son parti une dame puissante nommée Lucille , qui avait conçu une haine personnelle contre Cécilien , lorsqu'il n'était encore que diacre de l'Eglise de Carthage. Les schématiques. eurent recours a Constantin , qui se trouvait alors dans les Gaules, et le prièrent de commettre trois évêques gaulois qu'ils désignèrent pour juger leur cause contre Cécilien. L'empereur acquiesça à leur demande, mais il voulut que les trois évêques se rendissent a Rome. Il écrivit en même temps à Melchiade pour le prier d'examiner, conjointement avec les prélats gaulois, la question qui occasionnait le schisme, et de la décider conformément a la justice et à l'équité. Il laissa aux évêques la décision de cette affaire parcequ'elle regardait un évêque.

Melchiade assembla un concile dans le palais de Latran, et l'ouverture s'en fit le 2 octobre 5i3. Cécilien et Donat y assistèrent. Le premier fut déclaré innocent et déchargé des accusations formées

LES QUARAME MARTYRS DE SÉBASTE. 277

contre lui ; mais le second fut convaincu de schisme et condamné. Quant aux évoques de son parti, il fut décidé qu'on leur laisserait leurs sièges s'ils revenaient à l'unité de l'Eglise. S. Augustin , parlant de la modération que le pape fit paraître dans cette circonstance, l'appelle un homme excellent, un véritable enfant de paix, un vrai père des chrétiens. Après sa mort cependant les donatistes essayèrent de noircir sa réputation par la calomnie, ils prétendirent qu'il avait livré les saintes Ecritures aux persécuteurs. S. Augustin le justifia, et fit voir que l'accusation n'avait d'autre fondement que la méchanceté des ennemis du saint pape.

Melchiade mourut le 10 janvier 5i4, après avoir siégé deux ans six mois et huit jours. Il fut enterré sur la voie Appienn -, dans le cimetière de Calixte.

Page 1