Vies de Jean Calvin et de Théodore de Bèze
Jérôme-Hermès Bolsec naquit à Paris an commencement du xvi"'e siècle; il embrassa d'abord re'lat religieux, dans l'ordre des Carmes. Les opinions luthe'riennes s'étant répandues en France, par suite de l'imprudence que l'on avait commise, eu appelant des étrangers de diverses contrées de l'Allemagne, pour seconder le progrès des lettres , Bolsec adopta les doctrines nouvelles, et osa même les enseigner du baut de la cbaire. Cette bardiesse, qui fit de l'éclat, le força de quitter sa patrie, et de cberclier un asile auprès de la fille de Louis XII, Renée, ducbesse de Ferrare, protectrice déclarée des novateurs. Peu satisfait de son séjour dans cette ville, il vint à Genève, où il espéra jouir d'une existence plus libre et plus commode; il exerçait alors la médecine, et s'était marié en Italie. Ses opinions n'étaient pas en barmonie, sur plusieurs points essentiels, avec celles de Calvin; celui-ci enseignait « que Dieu « opère tout dans l'bomme, qui n'a nullement la faculté « de résister , ni aux bonnes ni aux mauvaises impressions, « et que, de toute éternité, Dieu a partagé le genre bu- « main en deux portions, lune d'élus, l'autre de répfoie-
VI INOTICE.
« l'ô; et qu'il les a prédestines dès-lors , sans appel et K inde'jjeudanimenl de la conduite de ceux-ci ou de « ceux-là, au ciel ou à l'enfer. » (1)
Ces maximes sapaient les fondemensmêmesdela morale naturelle, eu attribuant à Dieu, d'une part, une lire'destination aveugle et cruelle, une justice inexplicable et absurde; et, de l'autre, en soumettant les cboses bumaines à une ne'cessite' ou fatalité' qui justifie tous les crimes, et anéantit même la distinction du vice et de la vertu. (2)
Vainement Calvin croyait se soustraire à ces impies et odieuses conséquences, en alléguant, du côté de Dieu, que sa justice ne peut faillir, et que bien qu'elle parût ici aveugle et cruelle, il n'en était rien, par des raisons qui nous sont impénétrables : du côté de Ibomme , il avouait qu'il était, à la vérité, sous l'empire d'une irrésistible nécessité; mais que néanmoins, puisqu'il le voulait, il pécbait et devenait responsable de ses actions. Ces réponses étaient faibles et laissaient subsister toute la difficulté dans son entier; car dire que cette prétendue justice de Dieu, qui paraît à tout le inonde révoltante , a cependant ses raisons impénétrables, c'est dire équivalemment que Calvin est infaillible dans ce qu'il attribue à Dieu, et que, dès le moment oij le transfuge de Noyon a parlé, il faut se taire et adorer. Le bon sens universel , la conduite et le langage ordinaire à Genève, comme à Rome, prouvent que la moralité de l'Iiomme , et la distinction du vice et de la vertu, dépendent essentiellement de l'existence en nous d'une liberté réelle dans le cboix entre le bien et
(i) Calvin. Inslil. 1. Il, c. 4 ; 1. III, c. 22, 23, et alibi passiin. (2) Voir Spou et Picot, affaire de Bolscc, i55i.
Iti mal. Aussi l'hislorieu proleslant, Picol, en leudant compte du procès intente' à Bolsec, remarqiie-t-il qu'il est difficile de croire que Calvin se comprit bien luimême. (1)
Bolsec, qui ne partageait pas ces opinions, eut Vimpruflerice de combattre par cela même celles du nouveau Pontife de Genève; il ne larda pas à être emprisonne' (2), contre toute justice sans doute; mais ensuite de recommandations bienveillantes de la part du docteur et maître, avec lequel il eut une contestation un peu vive, à la suite d'un discours de congre'gation. A cette e'poque, chaque auditeur avait, après le sermon, le droit de dire ce qu'il en pensait; Bolsec en fit usage une seule fois, et en paya la façon en passant sous les verroux. Si c'était là une faute digne de la prison, on eût dû commencer par renfermer Calvin, qui, comme toutes les histoires l'attestent, profita souvent de cette liberté' (3). La suite du procès re'pondit au de'but.
Il est probable, dit M. Thourel (4) , que l'infortuné Bolsec aurait eu la tête tranchée si son pasteur eût été toul-à-fail le maître. Les Consistoires de Berne et de Bâle, consultés par les Conseils de Genève, ayant mis dans leurs réponses un langage plus humain, et ayant laissé entrevoir qu'ils penchaient eux-mêmes pour les doctrines de l'accusé, on se contenta de le bannir (5). Calvin le poursuivit dans l'exil par l'influence de son
fi) Picot, Hist. de Genève, t. II, p. i4-
(2) Spoii, 1. III, p. 291.
(3) Registres de la répiibliquc'de Genève, aux années i538, lij;, i 5^8 et .lillcurs. — Spon, loin. I, p. 29a. — Picot, toin. II. — Grotius, loin. IV, p. 655. -'Balduin, dans la défense de Calvin, par Drelincourl, p. 25i el suiv., p. 353 cl suiv.
("41 Hist. de Genève, loin II, y. zuj. (.'0 Picol, lom. Il, p. 17.
Vni NOTICE.
crédit; il se Iranspoiia même en personne sur les lieux, el il n'eut pas de repos que Bolsec ne fut rentré en France. (1)
De retour dans sa patrie, après un séjour de quelques anne'es, il rentra dans le sein de l'Eglise catlioliquc, où il e'tait né (2). Il paraît qu'il demeura quelque temps à Autun. De là il jiassa à Lyon, où il se fixa : il y mourut vers l'an 1584. C'est dans cette dernière ville qu'il publia, en 1577, la vie de Calvin, qui a fait tant de Lrnit, et qui fut suivie, peu de temps après, de celle de The'odore de Bèze, imprimée 'a Paris en 1582. Ces deux écrits sont remarquables par les faits qu'ils renferment, et par le ton de franchise avec lequel ils sont rapportés. L'auteur avoue avec simplicité, dans l'Epître dédicatoire, adressée à Mgr. Pierre d'Espinac, archevêque de Lyon, qu'il peut s'y être glissé des défauts ; mais il prend Dieu à témoin, que pour l'essentiel, sa conscience ne lui reprochera jamais d'avoir voulu en imposer. Au commencement de la vie de Bèze, il fait un appel aux archives de la république de Genève : cette interpellalion marque au moins la confiance où il est qu'il dit la vérité.
Ces deux pièces historiques sont tout-à-fait hors de la circulation , et n'existent que dans un petit nombre de bibliothèques. Il a paru utile, dans l'intérêt de l'histoire, de les reproduire. Il y a bien des choses intéressantes dans ces vies , dit un biographe (3). Il ajoute qu'elles ont été singulièrement sensibles à un grand nombre de Iléformés. On a droit d'en être étonné, parce que si l'au»
(i) Bayle, ait. Bolsec, remaK}. I.
(2) Baylc, art. Bolsec.
(^3) Dicticnnaire historique, |)ar Feller, art. Bolsic.
NOTICE. tX
leur s'est permis dalldgiier des faits coiilrouves, il ne méritait que le de'dain. Si, au contraire, il n'a fait que soulever des masques hypocrites, tout homme judicieux et impartial doit lui en savoir grc : tant pis pour ceux qui s'en sont couverts. Il importe à tout Protestant qui cherche la vérité' de bonne foi et avec droiture, de connaître les chefs de la révolution religieuse, opérée au xvi'"^ siècle , et s'ils se sont rendus dignes, par leur contluile morale, de la confiance des peuples. Comme ils n'ont j)résenté aucune lettre de créance pour établir les droits de la mission qu'ils se sont arrogée, qu'ils ne l'ont justifiée ni par des prophéties, ni par des miracles, il faut au moins s'assurer s'ils ont en leur faveur la pureté de la doctrine et la sainteté de la vie.
Les admirateurs de Calvin citent en faveur de la pureté de ses mœurs, les règlemens et ordonnances qui curent lieu par son influence et sous son administration, pour réprimer les abus et les désordres qui éclataient de toutes parts dans la nouvelle Eglise; ce Réformateur ne pouvait faire moins, pour accréditer son œuvre et sauver les apparences ; mais il s'est chargé lui-même d'apprendre à ses contemporains et aux générations futures, ce qu'on doit penser des mœurs de la prétendue Réforme, même dès son début. Dans unTi'aité contre les Scandales, il s'exprime ainsi : « Il est encore une plaie «plus déplorable : les pasteurs, oui les pasteurs (1) « eux-mêmes qui montent en chaire, sont aujourd'hui cf les jilus honteux exemples de la perversité et des « autres vices. De là vient que leurs sermons n'obtien- « nent ni plus de crédit, ni plus d'autorité que les fables « débitées sur la scène par un histrion, »
(i) 11 parle de ses iiiiiiistics.
Dans la préface placée à la tête de son calécliisnie , il scorie: « Je suis si inquiet sur l'avenir, que j'ose à peine « y arrêter ma pensée ; car si Dieu , par un prodige de « sa mise'ricorde, ne vient à notre secours du haut du « ciel , il me semble voir tous les excès de la barbarie « prêts à fondre sur le monde ! Et plût à Dieu que nos u enfans ne sentent pas bientôt que ce que j'annonce « aujourd'hui est bien moins une conjecture qu'une « véritable prophe'tie. »
D'ailleurs c'est dans les lois et dans les règlemens de police que l'on trouve, à chaque e'poque, la ve'ritable couleur des mœurs d'une nation. Si l'on veut se servir de cette pierre de touche pour apprécier l'état des mœurs dans Genève , depuis que l'esprit de (Calvin y a été naturalisé , l'on n'a qu'à consulter un recueil publié en 1815, au profit de l'Hôpital de Genève, sous le titre de : Fragmens biogi^aphiques et historiques, extraita des registres du Conseil d'Etat de la République de Genève, dès 1535 à 1792. (1)
Les partisans de Calvin ont attaqué Bolsec avec une violence qui annonce l'esprit de parti. Ils l'ont appelé moine défroqué: comme si un grand nombre des principaux prédicans du pur Evangile n'avaient pas été des prêtres et des moines, violateurs de leurs sermens et de leurs vœux ! et comme si les censeurs de Bolsec n'avaient pas accablé de louanges leurs bous amis qui en avaient fait autant ! Ses trois principaux détracteurs sont Bèze, Bayle, et le ministre Drelincourt. Bèze n'est pas un témoin recevable; ses rapports intimes et sa complicité avec Calvin ne lui permettent pas de
(i ) I/aulcur est M. le l)iiron ih- Grenus, ancien bourgeois de Genève, homiuc iliàtniguc par son rang social, ses connaissances cl sa charité.
prendre place parmi les membres du jury. Lare'pulation de Bayle , du côle' de la l'éracile, est plus qu'à la haïsse. La mesure de confiance qui peut êlre accordée à ses documens et à ses assertions est détermine'e par l'auteur des Remarques critiques sur son Dictionnaire (1) . Tout lecteur honnête classera le témoignage de Drelincourl à la place qu'il mérite, après avoir entendu la de'clamation virulente à laquelle il se livre sur Bolsec : h Le puits de l'abîme s'est ouvert, et il en est sorti, au « milieu de la fume'e de soufre, tin sce'le'ral vendu à « l'iniquité', visiblement posse'de' par un esprit de men- « songe; et même on peut dire que jamais l'enfer n'a <c produit un monstre plus horrible ni plus digne de u l'exe'cration publique. » (2)
Les archives des tribunaux de Genève sont de'positaires des pièces du procès intenté à Bolsec : qu'on en médite l'ensemble et tous les détails, et l'on jugera si Bolsec fut aussi coupable qu'on a voulu le faire croire, et si, dans cette scène tragique, son accusateur figure aussi honorablement que lui ! a Gau- K lier (3), dit M. Picot, ainsi que la plupart des au- « teurs impartiaux qui ont écrit sur le procès de «Bolsec, reprochent à Calvin le défaut de support « dont il fit preuve dans cette occasion ; d'autant K plus , qu'ils paraissent eux-mêmes adopter les opi-
« nions que Calvin frondait avec tant d'ardeur
« Bolsec trouva dans Genève un grand nombre de par- (( tisans. »
M. Picot avait dit précédemment : « Le caractère
(ij M. Joly, auteur de cet ouvrage, le lit iniiiiiincr à Taris eu 17^2 , un vol. m-folio <lc plus de Son pages, dirisé en deux parties.
(■t) Drelincourt, dans la Défense de Calvin, p. 1 00 et ailleurs. < ^) Dans ses nolP> sur l'bistoire de Genève, par Spnn.
« trop absolu, il faut I avouer, de Calvin, se fait remar-
« (juer dans celle querelle sous lui jour frappanl
« Cependant ce malheureux me'decin, qui fut retenu en « prison pendant plus de deux mois , n'était coupable V que cT avoir soutenu quelques opinions particulières « sur un point de doctrine fort conteste' parmi les the'o-
« logiens Calvin repondit à ses observations
« et à ses questions d'une manière générale et assez
K obscure Il est difficile de croire qu'il com-
K prît bien lui - même les arguniens dont il se serte vait. » (1)
Bayle, dont la plume court rapidement chaque fois qu'il veut prodiguer des insultes, charge la mémoire de Bolsec de deux faits odieux : Le premier est que sa seconde femme se comporta mal; l'autre, qu'il mourut désespéré. Il ne cite d'anlre garant de cette double assertion que le témoignage de Bèze, qu'il comble alterualivement d'éloges, tout en corrigeant lui-même si souvent ses me'prises et ses inexactitudes. Par e'gard pour les lecteurs sense's, il aurait dû expliquer le mot de désespéré; et probablement verrions-nous que ce terme, sous sa plume, signifie que Bolsec mourut catholique. ■ Un seul fait suffira pour mettre en e'vidence le peu d'exactitude de ses ennemis dans leurs assertions. Bayle rapporte, dans son Dictionnaire {2) ^ le témoignage de Pierre de La Vallade, où il est dit que Bolsec pleura et gémit grandement, dans le synode d'Orléans, en 1562, d'avoir chargé si méchamment de calomnies et d'opprobres la mémoire d'un si grand personnage et fidèle serviteur de Dieu (Calvin); et par malheur, il se
(i) Histoire de Genève, toni. II, p. g à 18, (2J An. BotsF.c.
NOTinir. xiri
Irouve, 1» que la mémoire du fidèle serviteur de Dieu, u'ëtait pas encore une mémoire, puisque Calvin ne mourut qu'en 1564 ; 2° que Bolsec n'e'crivit que 15 ans plus tard la vie de Calvin, cest-'a-dire en 1577. Voilà des accusations bien prouvées! il est assez vraisemblable que le professeur de Rollerdani a ri lui-même de cet effronté' mensonge.
J'invite avec confiance tout liomme sensé et impartial à lire, sans passion, les vies de Calvin et de Bèze, écrites par Bolsec, et je ne doute point qu'il ne lui en reste l'impression que j'ai éprouvée moi-même. L'auteur ne manque ni d'ordre ni de style, pour son époque ; sa négligence est quelquefois relevée par la simplicité vive et la naïveté de nos bons anciens chroniqueurs, llest, en général, assez rapide; et ses réflexions offrent presque toujours des aperçus pleins de naturel et de bon sens. Avec ces qualités, il a bien aussi ses défauts. Ses préambules sont trop longs et trop hérissés d'une éi'udition à peu près inutile : c'était là un travers littéraire, commun dans son siècle. Il faut convenir cependant, à sa décharge, qu'il Ta porté moins loin que beaucoup d'autres, et que lorsqu'une fois son sujet principal est entamé, il le suit sans s'en écarter. On «lésirerail que sa diction fût plus nette et plus soutemie. Il eut pu abréger certains détails, et accompagner son travail de ces recherches et de ces pièces précieuses, que l'on a mis tant de soin à soustraire; alors il eût rendu un bien phis grand service à l'histoire. Mais il faut tout dire : nous verrons bientôt que Bolsec fut encore trop heureux de conserver à lu. postérité son petit manuscrit, au mdieu des vicissitudes et des traverses multipliées de sa vie.
On l'accuse d'avoir ocril par un esprit de dt^pit et de
vengeanre, parce qu'il avait été maltraité. Dieu seul est scrutateur des cœurs ; mais sera-t-il donc défendu aux opprimés de révéler les iniqiiilés de leurs oppresseurs 1 et n'accordera-t-on une créance exclusive qu'aux fauteurs, aux complices, et aux créatures vendues. Cette logique a été commode pour Bèze, pour Bayle et pour Dreliucourt, mais elle n'est ni celle de la raison ni celle de la justice.
Sans doute, dès-lors que quelqu'un a des sujets de plainte grave contre celui qu'il charge, il est sage d'avoir l'œil ouvert sur ce qu'il dit. Mais, s'il est prudent de ne ])oint admettre son témoignage avec précipitation , il serait de même également insensé et cruel de ne vouloir pas l'écouler. Au surplus, il faut bien distinguer ici l'injure même, personnelle au plaignant, sur laquelle il se porte comme accusateur , du reste des faits qui lui sont étrangers, et qu'il raconte long-temps après comme historien.
, En tout cela, point d'excès , point de préjugés aveugles, point d'injustice. Les principes du droit naturel et d'une conscience calme et équitable ; voilà la véritable règle à suivre : c'est d'après elle qu'il faut examiner et juger. Or, en se plaçant à ce point de vue , pom' apprécier Bolsec et ses deux ouvrages, les choses changent bien de face. Il écrit dans uu pays rempli de Calvinistes et peu éloigné de Genève. Ses démêlés avec Calvin étaient passés depuis longtemps, et il se garde de les rappeler dans la vie de celui qui fut son persécuteur. Son ton, d'ailleurs, nest point chargé d'exclamations, ni de ces termes de cA/en, de pourceau, de coquin, si familiers aux écrivains de son siècle, et surtout au Réformateur de Genève. Loin de là, excepté peut-être deux ou trois endroits, Bolsec
NO tu: F. . XV
pourrait êlre mis en parallèle avec noire délicatesse moderne, pour le calme et l'observation des Liense'ances littéraires , dans le clioix des tours et des expressions.
Que l'on confronte d'abord ce que Drelincourt dit du ton de Bolsec avec le livre même. Qu'ensuite l'on ouvre les œuvres de Calvin, l'idole du même Drelincourt; qu'on lise, par exemple, les pages bonteuses adresse'es à Gabriel de Sacconay, ou la dernière re'plique à Westpliale, et que l'on compare! Mais non : le cynisme le plus révoltant, sous la plume de Calvin, les injures prodiguées, ne seront qu'un peu de vivacité et de la gaîté, que l'on croira même pouvoir louer; et quand le pauvre Bolsec voudra ouvrir la bouche pour éclairer la France et la Suisse sur le compte d'un homme qu'il est si important de bien connaître ; ce sera , à en croire le dévot personnage Charles Drelincourt, un monstre des plus horribles que V enfer ait vomis, et dont les fureurs infectent Vunivers.
Afin que les lecteurs puissent juger avec connaissance de cause si les observations qui viennent d'être faites sont justes, nous allons placer sous ses yeux , à côté des violentes déclamations des censeurs de Bolsec, une page de son Epître dédicatoire, où l'auteur se peindra mieux que nous ne le ferions nous-mêmes : <f J'appelle « Dieu en témoin que je n'ai été induit à écrire con- « tre ledit de Bèze les très-énormes vices et vie d'i- « celui Calvin, pour haine, ou malévolence particulière « que je leur porte; mais pour le zèle de vérité, et de tt l'honneur de Dieu; aussi pour la compassion que j'ai « de la ruine et perdition de tant de pauvres idiots abu- « ses. Semblablement, que je n'écris chose aucune, en ce « Traité,, qui soit contre ma conscience, mais selon vérité;
>^vi notict;.
« approuvée par Icmoîguage d'ecrils de la main même << criceliii Calvin, par relation de personnages dignes de " loi, et selon f[ue j'ai vu de mes yeux, et tonche' de ma « n)ain. .là de long-iemps j'ai vonlu mettre ce mien « opuscule en lumière, mais tous les moyens m'ont ëld « ôle's. Car il semble que l'ancien ennemi de Dieu et de « vérité' a fait tout effort à m'empêcher, me suscitant si « grand nombre d'adversaires, qu'il m'a été force de !e « supprimer jusqu'à pre'sent; joint que les dévols et dé- « diés à la secte calvinienne, outre les embûches et en- « treprises de me mettre à mort, m'ont fait et fout in- V cessamment la guerre; lâchant de me rendre odieux •fà toutes sortes de gens, non-seulement par écrits « pleins d'invectives, morsures et impostures, desquels «ils font manifeste profession, et ont la possession; « mais encore sourdement par-dessous terre, écrivant à «leurs confédérés les lettres lesquelles m'ont souvent « été communiquées. De manière que si la main de Dieu « ne m'eût tenu ferme , et sa Providence ne m'eût pré- « paré des personnages insignes en foi et charité, pour « ni'assister et secourir, je ne doyte point que je ne fusse « englouti en un gouffre de désespoir en mes cala- <f mités. »
' Nous demandons maintenant : Est-ce là le ton d'un faussaire? Examinez chapitre par chapitre, vous y trouverezlesmêmescaractèresdefidélité historique. Les circonstances douteuses, il les donne sérieusement comme telles. Après l'avenlure du jeune Provençal, il ajoute : Mais je laisse cela au jugement de Dieu, qui ixh'èlera les' choses cachées. Il commence le chap, X V"'<' par ces mois : Sur le point de sa chasteté et continence, \\tiçm% son arrivée à Genève, /e n'en puis affirmer ni aussi nier. Certes! il y a loin de cette réserve à riuipiidt-uce de Calvin
contre tout le Clergé calholiqiie encore : conduite toujours injuste envers une classe entière d'hommes! et ces hommes enfin étaient des prêtres de TEghse xmiverselle! Xavier portait le flambeau de la foi aux Indes; Charles Borromée édifiait l'Italie et rétablissait la discipline ecclésiastique; Ilosius et Canisius répandaient en Allemagne, en Pologne, eu Suisse, la bonne odeur de Jésus-Christ par leurs vertus et leurs lumières : François de Sales, un jieu plus tard évêque de Genève, rappellera dans le monde chrétien, par ses écrits et ses exemples, l'esprit de la vraie piété; Vincent de Paule
deviendra le bienfaiteur et le père de la France
Combien le reste de l'Europe ne renfermait-il pas alors, et n'offrait-il pas peu d'années ajîrès, de pontifes et de solitaires, illustrés par des mœurs saintes , et respectés des Protestans eux-mêmes!
Drelincourt est venu à Genève : rien ne lui a manqué pour réfuter Bolsec, ni le temps, ni les matériaux. Hors un seul fait, celui de la fleur-dc-lis, qu'il a discuté avec étendue (1), que répond-il au médecin français? Il suffira de présenter ici une courte analyse de l'endroit de sa Défense de Cah'in, qui nous occupe.
Drelincourt prétend que Bolsec a inventé tout ce qu'il dit de Calvin (2). Ce n'est pas ainsi que l'on invente, surtout lorsqu'il s'agit de faits presque contemporains, qui se sont passés à peu de distance du lieu d'où l'on écrit, sur lesquels il est facile d'être démenti par la partie calomniée, qui a un si grand intérêt à le faire. L'auteur d'un libelle garde l'anonyme, et Bolsec a signé la vie de Calvin, il y a mis les dates du jour, du mois, de
(i) H en sera question lont-à-l'heurr.
(a) Tag. loi.
i'S NOTrCE.
]annee : il a dédie son ouvrage à l'aulorile' supérieure eccle'siastique, à inouseigneur l'Archevêque de Lyon. A. quelle humiliante confusion ne se serait-il pas exposé, s'il n'eût fait qu'un roman d'infâmes de'traclions? Nous en avons déjà trop dit pour réfuter la misérable supposition du défenseur oflicieux de Calvin.
Sur le jeune Provençal , que Bolsec accuse d'avoir dérobé à Calvin 4,000 livres, et Lingey 2,000 livres, Drelincourt ne répond que par nne exclamation (Il : « Vraiment oui, s"écrie-t-il , le pain're monsieur Cahùii! « avoir de pareilles sommes ! » Bolsec réfute lui-même cette objection, lorsqu'il remarque que celle valeur de 4,000 livres était partie en flacons , tasses et cuillers d'argent, et partie en argent monnayé^, qui était en une bourse. Lingey a pu ne parler que de ce dernier article. L'exclamation sur la pauvreté de M. Calvin est une faible réplique, puisque, outre son traitement, il avait à sa disposition l'argent des pauvres, sans parler encore des dons particuliers, offerts par cette noblesse française réfugiée à Genève, qu'il poussait à la bourgeoisie.
Bolsec raconte que Calvin s'est dit prophète , et sur ce point il n'est pas le seul à attester cette vanlerie apostolique. Drelincourt justifie encore son héros par nue pieuse exclamation : Lui, se dire prophète ! un hornvie si modeste ! (2)
Bolsec dit que l'on faisait bonne chère à Genève, et que Calvin y était souvent invité. Drelincourt, scandalisé d'une pareille imputation, s'écrie : Bonne chère à Genève! des confesseurs de la foi ^ qui avaient tout quitté pour suivre J.-C. .'Horace reprendrait : Risum icneatis, amicif
(i) Pag. io3.
e») Pag- io4.
NOTICK. 19
Les autres rccriminatious de l'avocat de Calvin sont de celle force ; mais il s'indigne surtout que Bolsec ait osé taxer de fausseté la vie de sou bien-aimé maître, écrite par Théodore de Bèze. Cette vie, si simple, si naïve, si justement approuvée , ce Bèze, innocente colombe, qui a vu son héros ëvangélique couler à Genève des jours si beaux et si purs, et mourir de la mort des justes !
Le louchant défenseur ajoute : Si l'on a un reproche à adresser à Bèze , c'est de 71' avoir pas assez loué V homme de Dieu. Il faut que îv[. Drelincourt soit bien difficile; car enfin , pour un Réjormateur de l'Eglise chrétienne, qui a porté la charité jusqu'à brûler Servet! et qui eu a persécuté tant d'autres (1); uu Réformateur dont la doctrine, de l'aveu même de Prolestans distingués, n'est qu'un amas de contradictions, n'est-ce pas assez de dire « qii'ïl a surpassé en ceriaiiis points tous les hom- « mes apostoliques qui furent j amai s . . . . Que lui seul n'a K point J'ailli,e\. qu'en comparaison, tous les autres n'ont «fait que voltiger et s'égarer comme des ombres, m (2)
L'on peut juger jiar ce qui vient d'être dit, de VexaC' titude , de la solidité, de la modération , en un mot , du mérite de Drehncourt, comme historien et comme critique. Le seul point qu'il a traité moins dédaigneuse-
(i) Calvin , dans une lettre au marquis du Pcct , son ami , qu'il qualifie de général de la religion en Dauphiné, lui donne, au sujet des Catholiques restés fidèles à la religion de leurs ancêtres , des conseils presque dignes du secrétaire de Néron : « Ne faites faute , lui dit-il , de défaire le pays de ces zélés « faquins, qui exhortent les peuples, par leurs discours, à se raidir contre nous, «noircissent notre conduite, et veulent faire passer pour rêverie notre cro- « yance. Pareils monstres doivent être étouffés, comme je fis en l'exécution de « Michel Servet , espagnol. A l'avenir , ne pense pas que personne s'avise de «faire chose semblable.» L'original de cette lettre a été conservé dans les archives du marquis du Toct, à Monlélimart.
(t) Vie de Calvin, par Bèze. —Rescius, p. 284» 3<>C.
menl dans la vie rie Calvin est celui des stigmates imprimes à Noyon sur les e'paules de son client. Mais, après tout, à quoi se réduisent ses preuves? à des assertions négatives, à des recherches faites seulement dans les registres du chapitre, et non dans ceux de la ville, à la vérification desquels le ce'lèbre Stapleton , auteur anglais, faisait avec confiance un appel en 1587 : « Que « l'on consulte encore aujourd'hui les registres publics « de la ville de Noyon en Picardie, on y lira que Jean «Calvin, convaincu d'un crime abominable (je m'abs- « tiens de le nommer), fut marqué sur le dos, par grâce « singulière de l'Évêque et des magistrats (car le bûcher « e'tait la peine ordinaire de ce crime) ; et qu'après il « s'e'chappa de la ville ; et dhonnêtes membres de sa « famille, qui vivent encore maintenant, n'ontpn obte- « nir; jusquà ce jour, qu'on fît effacer de ces registres « publics le souvenir de cette honteuse histoire, qui im- « prime une certaine tacite sur toute celle famille, m (1) Les registres mêmes de la ville eussent-ils e'te' compulsés, leur silence ne prouverait rien, parce que les recherches dont il est question sont beaucoup plus récentes que la falsification de ces actes que Lessius affirme avoir eu lieu. (2) Les informations particulières dont Drelincourt a voulu se prévaloir, ne re-
(i) « Inspiciantur etiam acUiùc liodiè civitatis Noviodiinensis in PicardiA « scrinia et rcruin gestarum monumenta ; in illis adhiic hodii"; legitur Joan- « nem Uunc Calvinum sodoinix convictuin, ex Episcopi et Magistratùs indiil- •I gentià solo stigmate lu ieigo notaluni, uibe excessisse. Nec ejus familiœ ho- M nestissimi viri adhùc supersiites, iinpetraie hacteniis potuerunt, ut liiijus « facti memoi'ia, qua? toti fainilia; notam alicjuam inurit, è civicis illis inonn- M mentis ac sciiniis cradeieliir. »
(z) Celte falsification était d'autant plus facile, que les registres imporlans consistaient en quelques cahiers de simple papier , non reliés. D'après Ijessius , la falsification aurait en lieu déjà avant 1610 , puisque c'est l'époque à laquelle il écrivail.
NOTICE. ai
posant que sur les susdits registres, ne peuvent être invoque'es contre la cerlilutle d'un fait qui est d'ailleurs atteste' par plusieurs auteurs respectables qui ont e'crit long-temps avant Bolsec. Nous apprenons que cette question historique est traite'e d'une manière solide dans un opuscule qui vient de paraître sous le titre de L'Ombre de Rousseau, en réponse à l'Ombre de Calvin. Nous nous dispensons ainsi d'entrer dans de plus longs détails. Nous ajouterons seulement une observation sur un fait qui rend la bonne foi de Drelincourt ou son exactitude comme historien assez suspecte. Edmond Campian ayaut, dans lui de ses écrits, fait allusion, en passant, aux stigmates de Calvin, Wilaker, the'ologieu protestant, entreprit de justifier le transfuge de Noyon. Campian alors n'e'tait plus. Dure'us , autre Catholique, re'pliqua pour lui. 11 appuya plus fortement sur là circonstance de la fleur-de-lis, et mit Wilaker dans la ne'cessité ou d'apporter de bonnes preuves ne'gatives , ou de s'avouer vaincu. Mais quoique ce Protestant ait pris la plume contre Duréus, il n'a plus eu la témérité de toucher le point des stigmates. De là Lessius conclut, avec raison, qu'il n'avait rien à re'pondre.
Que fait Drelincourt pour atténuer la force de celle conséquence ? Il commence par remarquer (p. 69) que Wilaker était d'une exactitude incomparable à répondre à tout. (Notez bien ceci, lecteur.) Ensuite il nie que Duréus soit jamais revenu sur l'aventure de Noyon. « J'ai /m et /W« , dit-il, plusieurs J'ois Duréus sur ccl <c article, tel qu'il est imprimé avec Witaker, clyV n'y >< ai point trouvé ces paroles , etc. »
Voilà une assurance donnée très-jiositivemcnl. Vm malheur, l'auteur des Remarques sur Baj le a voulu s'assurer à son toin m Dreliutourl niait avec exaclitudc
ISZ NOTICE.
l'existence du texte de Duréus. Il s'est procure' l'ouvrage eu question de cet e'crivain, et, non-seulement il y a trouve', à la page 73, verso, le passage dont il s'agissait ; mais encore il en a lu un autre , qui parle aussi de la fleur-de-lis, à la page 65, recto. (1)
Que l'on juge à ce trait si Drelincourt avait bonnç. vue. Que l'on convienne en même temps avec Lessius et Richelieu, que le silence du cher Wilaker, qui e'iait d'ailleurs incomparable pour ce qui est de répondre à iouty devient par là une preuve d'une très-grande force.
Drelincourt se prévaut aussi du silence de quelques écrivains catholiques, pour contester le fait de la fleurde-lis, rapporte' par Bolsec ; comme s'il e'tait difficile de rencontrer, dans des rapports de socie'te' et dans la carrière des lettres, quelques hommes qui, par me'nagement pour le parti protestant et par une timide condescendance, se soient ahstenus de parler d'un fait trop honteux pour les partisans de la nouvelle re'forme, ou n'en aient fait mention que comme d'une anecdote incertaine et douteuse. De'cide' à n'admettre que ce qui convient à ses vues et à ses préjuges, il rejette ensuite hardiment les assertions les plus positives de ceux qui chargent la mémoire de Calvin, quelque respectahle que soit d'ailleurs leur autorité : Ceux qui allèguent de tels témoignages, dit-il (2), devraient rougir de honte. La seule raison qu'il aîlègue pour récuser leur déposition.
(i) Remarques sur Bayle, addilion, p. 18, deuxième colonne.
L'édition de Duréus , que Joly a consultée, est un in-8, iiuprimé à Paris en i582, et intitulée : «Confulatio Guliclmi Witakerl.... ad rationes decem, Cl quibus fretus Edmundus Campianus.... certamen anglicaua; Ecclesiac lui- « nistris obtulit in causa tidei. »
Jl existe une seconde cdit. de ce livre, d'Ingolstad, en i585, et encore in-8.
(2) Défense de Calvin, pag. 60.
c'est qu'ils sout iVune autre religion (1). Plaisante manière de raisonner! Il n'y a de croyable en tout, contre nous, que ïhe'odore de Bèze, qui est pourtant d'une religion un peu dilFe'renle de la nôtre. Selon le cher trésor (2) de Calvin, ce serait un crime de douter de l'innocente candeur et de l'incorruptible fidélité du mari de Candide ! Il faut que ces Messieurs aient une singulière idée de la postérité, pour supposer que cette logique, folle et révoltante, pourrait toujours prévaloir! Etrange impartialité, qui ne permet pas aux Catholiques d'ouvrir la bouche, et qui concède aux Protestans le droit d'en imposer à la raison !
Les détracteurs de Bolsec, au sujet de la vie de Calvin, ont prétendu isoler son témoignage, comme s'il e'tait le seul écrivain qui eût rapporté les faits qu'il convient à ces Messieurs de nier. En recourant à ce subterfuge, ils ne font pas preuve de bonne foi ou d'érudition. La grave inculpation de la fleur-de-lis est constatée par un grand nombre d'auteurs , tant antérieurs que postérieurs à Bolsec, dont quelques-uns mêmes étaient Prolestans. Que Calvin se soit donné pour prophète, voilà ce qu'affirment Florimond et Cayer, De Rouvray, ancien ministre réformé, auquel le gouvernement de Berne délivra un certificat si honorable (3), afiirme avoir lu les paroles suivantes, sorties de la bouche de Calvin , du haut de la chaire, ù diverses reprises, et souvent imprimées, ajoute De Rouvray, dans quelques anciens recueils de ses sermons : Je suis prophète ^ j'ai l'esprit de Dieu; si Jean Calvin est un trompeur,
( I ) Dcfensc (le Calvin, pag . 1 2S cl suivouUs. ( 7. ) Qualiricalion que prriiall Drolincourl.
(3) Voyez l'ouvrago inlitiilc ; « L'Abominalioii du Calvinisme.» Pari-. , l'jSo, p. 83.
c'est toi , ô Dieu , r/ui l'a trompé le premier. Cependant Drelincourt nie avec une futilité incroyable ce trait de l'orgueil de son maître qu'il dit avoir été si modeste. Rescius, auteur si grave et si exact dans ses assertions, fait mention de l'enlèvement de lettres confidentielles, écrites par Calvin à Viret, exe'cute' par ordre de Messeigneurs de Berne, et dans lesquelles il assure, ainsi que Bolsec, que l'on trouva la preuve d'une horrible conspiration contre le royaume de France. Drelincourt montre une partialité' de fantaisie en rejetant , sans raison , le récit de certains auteurs, qu'il exalte et qu'il fait valoir, lorsqu'ils sont favorables à la cause dont il s'est fait le champion. Ces écrivains parlent-ils comme Bolsec des remords et des regrets de Calvin, de sa mort, de son esprit de vengeance, de son irritation dans les controverses, il fait la sourde oreille, et s'inscrit en faux contre les affirmations les plus positives. La défense de Calvin, sortie de sa plume, est donc d'une bien faible autorité pour tout homme qui cherche des preuves et non des phrases.
En faisant réinipi'imer un document historique, qui n'existe plus que dans un bien petit nombre de bibliothèques, nous ne saurions nous empêcher d'exprimer ici toute notre pensée. D'où vient que sur un point aussi sérieux que celui de la religion, on tiendrait à Calvin plus qu'à la vérité? Que sert-il de se tromper soi-même aux dépens de son avenir éternel? En produisant des témoignages, revêtus de circonstances, certainement dignes de considération, nous ne disons pas aux lecteurs : Croyez sur parole, mais nous les invitons à examiner. Pourquoi voudrait-on se décider, les yeux fermés, pour les mensonges de Bavle, les distractions et les flatteries Uc Hcze, les fiivoios négations de Drelincourt, dont
nous n'avons pas même relevé les propres cri'eurs? On conçoit qu'au xvi™« siècle, où le tourbillon des opinions nouvelles et l'ardeur des passions donnaient tant de force à l'esprit de parti, Genève protestante ait e'te' si facile à se prêter à l'apothe'ose du transfuge de Noyon; on conçoit encore qu'elle ait perse'vt're' dans ces dispositions de docile ou plutôt d'aveugle croyance, pendant que le système politique de l'Europe semblait lui montrer le gage de sa liberté' et de son inde'pendance dans son attachement au Protestantisme ; mais aujourd'hui où les destine'es des nations reposent sur des bases si diffe'rentes, et où Genève est le chef-lieu d'un canton suisse ; aujourd'hui où la Re'forme n'offre plus un corps de doctrine, où le professeur de the'ologie, nommé par la Vénérable Compagnie et approuvé par le Conseil d'Etal, enseigne et imprime publiquement que le Calvinisme n'est pas le Christianisme ; pourquoi Genève resterait-elle servilement subjuguée par une réputation si peu solide, et consentirait-elle encore à porter les armoiries d'un étranger, banni de son pays, et dont le caractère n'offre rien de noble et daimable. Nous avons cru remplir un devoir envers les hommes consciencieux et envers la jeunesse, en mettant sous leurs yeux le tableau moral du prétendu Réformateur, et en leur disant : Regardez, et jugez s'il mérite voire conflance et votre vénération !
i^ous terminerons cette Notice par une réflexion, qui, sans se lier directement au sujet que nous venons de traiter, ne lui est cej)endant pas étrangère, et nous est suggérée par une phrase importante que
l'on trouve dans la Notice publie'e par la Ve'uerable Compagnie sur les fêtes et ce're'monies du Jubile de 1835. On annonce des confe'rences ecclésiastiques, dans lesquelles les pasteurs de Genève s'entretiendront avec les de'pute's envoye's par les Consistoires étrangers, des grands intérêts de la religion et du Protestantisme. Il nous semble qu'à l'e'poque où nous sommes arrive's, il serait digne des hommes sages des diverses communions chrétiennes, séparées depuis le xvi™<= siècle de l'Eglise mère, dans le sein de laquelle tous leurs ancêtres étaient nés; il serait digne, disons-nous, de l'amour qu'ils ont pour la prospérité de la religion et de la société, d'examiner avec une sérieuse impartialité les questions suivantes :