DESCENDANCE DU CONNÉTABLE
iTHIEU II DE MONTMORENCY.
[athieu II peut être comparé au chêne vigoureux dont )ranches nombreuses couvrent le sol autour de lui : es les branches de la maison de Montmorency tirent
origine de cet illustre connétable ; c*est à lui qu'elles 'ent rhonneur de porter dans leurs armoiries les seize ons, glorieux souvenir d*un immense service rendu à la ie dans les champs de Bouvines.
iathieu II eut deux femmes : la première fut Gertrude loissons, la seconde Emme, héritière de la maison de il de Bretagne. De ce dernier hymen sortit Guy IV , prit le titre de sire de Laval, du chef de sa mère : ce Guy at par conséquent la souche de la seconde maison de il , laquelle maison s'est perpétuée jusqu'à nos jours
le nom de Laval-Montmorency. Jeanne de Laval , une 3etites-filles de Mathieu II , épousa Louis de Bourbon, te de Vendôme , trisaïeul de notre bien*aimé Henri IV. e sa première femme, Gertrude de Soissons , Mathieu II
eutBoucliartVI, qui, après avoir contribué puissamment au gain delà bataille deTaillebourg, mourut en ia43. Son fils Mathieu III accompagna saint Louis dans son second voyage d'outre-mer, et mourut de la peste devant Tunis , en 1270,
Mathieu lY, décoré du titre de Grand par les chroniquein:s du moyen âge, comme son bisaïeul, fut nommé grand chambellan : on le voit mêlé à toutes les guerres d* Aragon et de Flandre sous Philippe III et Philippe le Bel. En 1 295 il dirigea , de concert avec Jean d'Harcourt , une descente en Angleterre : cette expédition eut pour principal résultat T incendie de la ville de Douvres. Le petit*fils de Mathieu IV , Charles , fut le premier des Montmorency qui exerça la charge de maréchal : Thistoire le cite comme un des leudes les plus braves ^ les plus humains et les plus judicieux de son temps. Il assista à la malheureuse journée de Crécy , y reçut une blessure au bras , et fut un des cinq barons qui accompagnèrent Philippe de Valois quand ce prince se retira du champ de bataille au milieu de la nuit. Le roi Jean ayant été fait prisonnier à Poitiers , Charles de Montmorency s'offrit pour être un des otages de ce prince, et de plus il paya 200,000 liv. dans le prix de sa rançon. Durant son séjour ou plutôt sa captivité à Londres, ses domaines furent ravagés par les bandes de brigands qui s'étaient organisées à la faveur des troubles civils; le château de Montmorency , un des plus somptueux du royaume, fut saccagé et détruit en cette occasion ; on ne songea plus à le rebâtir. A son retour en France , Charles fut un des négo-
dateurs du traité de Bretigny^ que la nécessité rendait si malheureux.
Le petit-fils de Charles, Jean II, se signala, comme son aïeul, par sa constante fidélité pour ses souverains : il refusa de suivre le parti de la maison de Lancastre , comme la plupart des grands tenanciers de File de France le faisaient. Le régent Bedfort , irrité, fit saisir tous ses domaines. Jean II servit également de son épée Charles VU dans sa noble lutte contre les Anglais; le monarque, reconnaissant, citait le dévouement de Montmorency comme un exemple que les autres barons auraient du suivre. Ce Jean II , si fidèle envers son roi, engendra deux fils dont la conduite fut bien diffierente : il avait épousé en premières noces Jeanne de Fosseux, dame de Nivelle, qui lui donna deux fils; l'un et l'autre embrassèrent le parti du duc de Bourgogne contre ^uis XI. Le père, justement indigné , employa vainement son autorité pour ramener surtout l'ainé, Jean, qui avait hérité, du chef de sa mère^ de la seigneurie de Nivelle; il le fît sommer à son de trompe de rentrer dans le devoir. lie partisan du Bourguignon refusa de comparaître : le père, transporté de colè/e, traita le rebelle de chien, et le déshérita. Telle est l'origine du proverbe « Il ressemble au chien de Jean de Nivelle ^ qui fuit quand on V appelle (i). »
Un dévouement aussi exemplaire ne mit pas Jean II de
(i) Ce fils rebelle, déshérité par son père, fonda dans les Pays-Bas la branche de Nivelle, aujourd'hui comte de Horne; Louis, sire de Fosseux , son frère utérin et entraîné par lui dans la voie de la désobéissance , fonda une autre branche, de laquelle sortirent celles de Luxembourg et de Robeque,
Montmorency à Tabri de la mauvaise humeur duroi Louis XI. Ce prince ) sachant combien 1* agriculture avait besoin de protection, à la suite de si longues guerres , défendit la chasse de la manière la plus sévère; Jean II ne tint compte de cette défense, et continua à chasser la grosse béte ; Louis XI, en ayant été instruit , vint demander i dîner inopinément au seigneur de Montmorency dans son château de Conflans. A Tissue du repas, Louis XI témoigna le désir de voir tous les équipages de chasse de son vassal , et se les fit apporter, puis il ordonna qu'on les brûlât en sa présence. Il fallut supporter cet affront sans se plaindre (i).
Jean II de Montmorency avait eu de sa seconde femme, Marguerite d*Orgemont, un troisième fils, Guillaume, qui acquit, des droits de sa mère, le superbe domaine de Gban* tilly et d'autres terres très-considérables. Ce Guillaume accompagna Charles VIII à la conquête du royaume de Naples : député aux états généraux tenus i Tours en i484i il est qualifié dans les actes officiels de cette époque de premier baron de France.
Après les revers de Pavie, le parlement invita Guillaume de Montmorency à venir résider à Paris ^ afin , disaient les lettres du président y de rassurer les habitants par sa pié« sence et maintenir la tranquillité au sein de la capitale.
Guillaume mourut octogénaire, en i53i, après avoir porté les armes soixante ans avec distinction sous quatre rois , Louis XI , Charles YIII , Louis XII et François I*'.
Le fils aîné de Guillaume de Montmorency fut tenu sur
(i) L'Art de vérifier les dates, tome II, page 543.
les fonts de baptême par la reine Anne de Bretagne , femme de Louis XII : ce qui lui valut le nom de Anne, quil sut rendre illustre durant une carrière longue , glorieuse et agitée ; ses exploits contre les impériaux , les signalés services rendus à son pays, lui firent donner Tépée de connétable. Brantôme fait observer qu'il serait trop long d'énumérer toutes les batailles où il se trouva , pendant cinquante-cinq ans, « et ils n'en est aucune , continue le même historien , où il n'ait été ou pris , ou blessé ^ ou mort. Le dernier théâtre de sa vaillance iîit la plaine de Saint-Denis (le 10 novembre 1667) : atteint mortellement , àlage de soixante-quatorze ans, il refusait de se laisser enlever du champ de bataille, en disant « Je n'eusse sçu mourir ni m' enterrer en plus beau * cimetierre que celui-ci. »
Anne de Montmorency est un des personnages historiques les plus imposants de nos annales : ce qui ajoutait à 1 éclat de sa vie , c'est qu'il était entouré de cinq fils, qui tous furent appelés à jouer un rôle politique.
Ce fut en faveur du connétable Anne que le roi Henri II érigea, en i55i , labaronnie Montmorency en duché-pairie.
Le fils aîné d'Anne de Montmorency dut le nom de Henri au roi Henri II , son parrain ; du vivant du connétable son père, on le nommait (VAmnlle; il se distingua par sa bra- Toure dans toutes les guerres , et fut nommé maréchal sous Charles IX. Il se trouvait gouverneur du Languedoc, lorsque le poignard de Jacques Clément frappa le dernier Valois. Henri de Navarre , héritier légitime de la couronne, rencontrait cependant une sérieuse opposition parmi les
grands de TEtat ; Tempressement que le gouTeroeur da Languedoc mit à reconnaître ce prince pour roi de France, bannit l'irrésolution chez la plupart d'entre eux : un des premiers actes de Henri IV fut de nommer connétable Henri de Montmorency, qu'il ne cessa d appeler son compère» Henri P' passait pour un négociateur habile et pour un des hommes les plus accomplis de son siècle : il mourut eil i6i49 dans la ville d'Agde, dont ce gouverneur fiûsait alors réparer le port.
C'est au moment où la maison de Montmorency semblait atteindre son apogée de gloire et de prospérité que le cid se plut à la frapper, pour mieux montrer l'instabilité des choses humaines*
Le duc Henri F"^ eut pour héritier de son nom et de sa puissance un fils dont Henri IV fut le parrain : ce fils ne tarda pas de surpasser son père en mérite ; on le cita bientàt à juste titre comme le seigneur le plus brillant de toute Ii noblesse fi^ançaise. Henri Use signala au début de sa carrière militaire en forçant le PasdeSuze (1629) : il sut, quelques mois après , au combat de Yeillanne , fixer la victoire par sa valeur impétueuse; à cette occasion, Louis XHI lui écrivit: « Je me sens obligé envers vous autant qu'un roi peut l'être. » Le bâton de maréchal accompagnait cette lettre; mais cette haute charge ne satisfaisait pas l'ambition de Henri II de Montmorency , car il ne la regardait que comme l'échange de la dignité d'amiral , dont il était en possessionet qu'un édit venait de supprimer (i). Lorsque Lesdiguière^
(i) Le roi donna aoo,ooo livres au duc de Montmorency pour L ^
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mourut , le duc de Montmorency prétendit lui succéder comme connétable, et succéder ainsi dans cette haute chaîne à son père et à son aïeul ; mais Louis XIII, ou plutôt Richelieu , jugea prudent de supprimer la charge de connétable. Des historiens contemporains assurent que leduc Henri de Montmorency ne put se consoler de cette sorte de di»- IprÉce. Gaston d'Orléans , frère du roi , profita de ces dispositions pour l'entraîner dans les voies de la félonie. Le doc de Montmorency résidait dans le Languedoc , dont le gouremement était devenu en quelque fieiçon héréditaire dans sa famille ; il s'y disait chérir des habitants autant par sa bien£aiisance que par son affabilité* Montmorency ne craignit pas de prendre les armes pour soutenir la révolte de Gaston ; mais il ne put entraîner la province dans ce mouvement de rébellion : quelques compagnies lui restèrent fidèles, et le duc d'Orléans, pour la cause duquel il se sacrifiait, l'abandonna au moment du danger. Une rencontre eut lieu le i®' septembre i63a; le maréchal de Schombei|^ tailla en pièces la cavalerie des révoltés , et Montmorency, atteint de sept blessures , tomba au pouvoir du vainqueur : on le conduisit prisonnier à Toulouse , et des ordres furent donnés pour le mettre en jugement. Le roi et son redoutable ministre arrivèrent dans le Languedoc afin de presser l'issue de ce grand procès. Une fois le danger de l'État passé, tout le monde ne craignit pas de manifester le plus vif intérêt tu sort de l'illustre coupable : le clergé, la noblesse, la
dédommager de la suppression de la charge d'amiral , dont il était en fH>ssession.
bourgeoisie , le peuple réunirent leurs efforts pour obtenir sa grâce. Louis XIII et Richelieu demeurèrent inflexibles ; la tête de Montmorency tomba sous le fer du bourreau le 3o octobre i633 : Texécution eut lieu dans la cour de Thôtel de ville de Toulouse j les portes fermées. Le gouverneur du Languedoc achevait alors sa trente-septième année 9 il ne laissait point d'enfants; ainsi s'éteignit dans une sanglante catastrophe la première branche ducale des Montmorency.
Le duc Henri II de Montmorency laissait une veuve^ Marie-Félicie Orsini j parente de la reine Marie de Médicia; suivant les uns , elle s'était toujours opposée à l'imprudente rébellion de son époux; suivant les autres, elle l'y excita en haine du cardinal. Quoi qu'il en soit, Marie Orsini, qui aimait tendrement son mari , ne se consola jamais de sa fia tragique; elle prit le voile en 1657, et mourut dix ans après, supérieure du couvent de la Visitation à Moulins : la du« chesse avait fait élever dans la chapelle de ce couvent un superbe mausolée à la mémoire de son époux ( x )•
Le duc Henri H de Montmorency avait une sœur, charlotte-Marguerite , mariée au prince Henri de Gondé : elle
Ci) Ce mau8ol<!C, objet aussi précieux pour Thistoire que pour les arts , existe encore dans cette chapelle, qui est devenue celle du collège : on faillit le détruire en|i793, et des furieux voulurent i*anéantir à coups de hache. Un des magistrats, accouru sur les lieux, eut la pré-sence d'esprit de leur dire que Montmorency avait été dans son temps un bon républicain, qu*i1 s*était même révolté contre son roi, et que le tyrnn l'avait fait décapiter : cette observation suffit pour arrêter le bras de ces hommes, et le monument fut conservé; il a conservé néanmoins l'empreinte du premier et seul coup de hache qu'on lui porta.
fut la mère du grand Gondé, du prince de Conti et de la duchesse deLongueville. Louis XIII, qui avait confisqué tous les biens du rebelle gouverneur du Languedoc j les rendit en partie à sa sœur, mais il se réserva le magnifique domaine de Chantilly; en 1661 , Louis XIV le céda en toute propriété au grand Condé, qui en fit son séjour habituel, et se plut à Fembellir (i).
(i) Le magnifique château de Chantilly , rempli de souvenirs histO'* riqnesy une des merveilles des environs de Paris , fut détruit et rasé en 1793; on ne fit pas même grâce à la statue équestre de bronze qui décorait la cour d'honneur. Cette statue représentait, non pas le connétable Anne , comme Font dit la plupart des écrivains qui ont parlé de Chantilly , mais bien son fils le connétable Henri I*'.