‹ Vies des grand capitaines français du moyen âge (volume 4)Chapitre 18 sur 21 · RELATIVE A LA BATAILLE D'AZINCOURT · texte numérisé non relu

RELATIVE A LA BATAILLE D'AZINCOURT

Les corps des chevaliers tués à la bataille d' Azincourt furent enterrés par les habitants^ qui creusèrent de larges fosses. On en ouvrit une très-profonde dans un champ nommé la GacognCy et qui porte encore le même nom : il touchait les bois de Tramecourt, et comportait plus d*un arpent; il appartenait, en i4iS > à la famille d* Azincourt. Ce terrain , dans lequel on enterra cinq mille huit cents morts^ fut béni le lendemain par le coadjuteur de Tévêque de Thérouane , assisté du prieur de Ruissauville. Ce lieu fut entouré de haies vives, et devint Tobjet d'un respect religieux ; ni hommes ni bestiaux n y pénétraient; les arbres y croissaient et y périssaient sur pied, sans que la cognée y fiit jamais portée : cet état de choses dura jusqu* en 1734. A cette époque le champ de la Gacogne appartenait à la maison de Tramecourt, qui avait hérité en partie des biens de celle d' Azincourt , éteinte dans le seizième siècle. Madame la marquise de Tramecourt fit vœu d'élever une chapelle sur le champ de la Gacogne si son fils (Eugène-François) revenait de la campagne d'Italie , qu'il faisait alors (1734) sous le maréchal de Coigny : le ciel exauça ses prières ; une petite église fut bâtie sur ce terrain; l'architecture en était remarquable. Cette chapelle, monument de la piété d'une mère, fut détruite totalement en 1 793 , et par une dérision impie, on en employa les matériaux à bâtir des étables à porc.

En 1816 , un officier supérieur anglais , dont le régiment était cantonné à Saint-Pol , vint visiter le champ de bataille d'Azincourt : ayant appris par la voix publique que la Gacogne avait servi de sépulture à une grande quantité de

486 JVOTKS.

guerriers français, il s'imagina d*y faire des fouilles; à cet effet , il amena un bataillon et commença ses recherches , qui eurent des résultats immenses. Il trouva quantité de pièces d*or du règne du roi Jean, de Charles V et de Charles VI ; car les vainqueurs n avaient point eu le temps de dépouiller les chevaliers français, qui furent jetés dans la fosse tout habillés : d'ailleurs , à cette époque , dépouiller les morts était regardé comme une profanation, on n*en usait ainsi qu'à regard des infidèles. Pendant tout le temps que durèrent ces fouilles , cet ofBcier anglais habita le château de Tramecourt, dont les maîtres étaient absents : il s*y conduisit fort honorablement^ et en le quittant il attacha à la tapisserie du salon une magnifique gravure anglaise représentant HtMiri V, le vainqueur d'Azincourt, paré de tous les insignes d'un roi de France : il ordonna aux gens du château de la remettre en cadeau, de sa part, à madame la marquise de Tramecourt lorsqu'elle reviendrait chez elle. Cette (lame arriva peu de jours après , et trouva le présent un peu singulier : elle envoya sur-le-champ un de ses domestiques à Saint-Pol pour remettre à cet officier une lettre dans laquelle madame de Tramecourt témoignait son regret de ne lui avoir pas fait les honneurs de son château , et le remerciait de son cadeau en le suppliant d'accepter en échange une autre gravure, c'était le portrait de Jeanne d'Arc. L'officier répondit en homme de bonne compagnie , et s'avoua vaincu.

Page 1