‹ Vies des grands capitaines français du môyenage pour servir de complément à l'histoire générale de la France aux XIIeXIIIe, XIVe et XVe siècles /Chapitre 19 sur 22 · RELATIVE A LA BATAILLE D'AZINCOURT · texte numérisé non relu

RELATIVE A LA BATAILLE D'AZINCOURT

Les corps des chevaliers tués à la bataille d'Azincourt furent enterrés par les habitons, qui creusèrent de larges fosses. On en ouvrit une très-profonde dans un champ nomme la Gacogne ^ et qui porte encore le même nom ; il touchait les bois de Tramecourt et comportait plus d'un arpent; H appartenait, en i4*5, à la famille d'Azincourt; ce terrain, dans lequel on enterra 5, 800 morts , fut bénit le lendemain par le coadjuteur de l'évêque de Thérouane, assisté du prieur de Ruissauville. Ce lieu fut entouré de haies vives, et devint l'objet d'un respect religieux; ni hommes ni bestiaux n'y pénétraient ; les arbres y croissaient et y périssaient sur pied sans que la cognée y fût jamais portée : cet état de choses dura jusqu'en 1734. A cette époque le champ de la Gacogne appartenait à la maison de Tramecourt, qui avait hérité en partie des biens de cejle d'Azincourt, éteinte dans le seizième siècle. Madame la marquise de Tramecourt fit vœu d'élever une chapelle sur le champ de la Gacogne si son fils (Eugène-François) revenait de la campagne d'Italie, qu'il faisait alors (1734) , sous le maréchal de Goigny : le ciel exauça ses prières; une petite église fut bâtie sur ce terrain; l'architecture en était remarquable. Cette chapelle, monument de la piété d'une mère , fut détruite totalement eu 1 793 , et par une dérision impie on en employa les matériaux à bâtir des étables à porc.

En 1816 ud officier supérieur anglais , dont le régiment était cantooné à St.-Pol, vint visiter le champ de bataille d'Azincourt; ayant appris par la voix publique que la Gacogne avait servi de sépulture à une grande quantité de guerriers français , il s'imagina d'y faire des fouilles ; à cet effet , il amena un bataillon et commença ses recherches , qui eurent des résultats immenses. Il trouva quantité de pièces d'or du règne du roi Jean , de Charles V et de Charles VI , car les vainqueurs n'avaient point eu le temps de dépouiller les chevaliers français, qui furent jetés dans la fosse tout habillés ; d'ailleurs, à cette époque, dépouiller les morts était regardé comme une profanation; on n'en usait ainsi qu'à l'égard des infidèles. Pendant tout le temps que durèrent ces fouilles, cet officier anglais habita le château de Tramecourt , dont les maîtres étaient absens ; il s'y conduisit fort honorablement, et en le quittant il attacha à la tapisserie du salon une magnifique gravure anglaise représentant Henri V, le vainqueur d'Àzincourt, paré de tous les insignes d'un roi de France ; il ordonna aux gens du château de la remettre en cadeau , de sa part, à madame la marquise de Tramecourt lorsqu'elle reviendrait chez elle. Cette dame arriva peu de jours après , et trouva le présent un peu singulier; elle envoya sur-le-champ un de ses domestiques à St.-Pol pour remettre à ce( officier une lettre dans laquelle madame de Tramecourt témoignait son regret de ne lui avoir pas fait les honneurs de son château , et le remerciait de son cadeau en le suppliant d'accepter en échange une autre gravure , c'était le portrait de Jeanne d'Arc : l'officier répondit en homme de bonne compagnie, et s'avoua vaincu.

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