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L'ENTRÉE DU BORGO D'OGNÏSSANTI

A l'entrée du Borgo d'Ognissanti, on éleva deux statues colossales. La première représentait l'Autriche sous les traits d'une jeune 611e armée à l'antique et tenant un sceptre, symbole de sa puissance guerrière et de la dignité impériale dont elle est aujourd'hui investie. La seconde offrait l'image de la Toscane couverte d'habits religieux et teriant un bâton sacerdotal pour rappeler qu'elle s'est constamment distinguée par sa piété. Deux gracieux petits anges nus, dont l'un semblait veiller sur la couronne impériale et l'autre sur le diadème pontifical, accompagnaient les deux statues colossales qui se tendaient amicalement la main , comme pour montrer que l'Autriche, avec ses plus nobles cités, figurées de diverses manières sur l'immense toile qui ornait l'entrée du Borgo du côté du Prato, était venue prendre part à la joie des sérénissi mes époux, visiter sa bien-aimée Toscane, et unir les deux plus grandes puissances spirituelle et temporelle. C'est ce qu'ex-

primaient les six vers suivants qui furent placées en bon lieu :

Auguste adsum sponsac cornes Austria, magni Cssaris hœc nata est, Caesaris atque soror,

Carolus est patruus, gens et fœcunda triumphis, Imperio fulget, regibus et proavis.

Laetitia m et pacem adferimus dulcesque hymeneos, Et placidam requiem, Tuscia clara, tibi.

I^a Toscane, qui avait cédé à Florence, sa reine et maîtresse, la place d'honneur à la première porte, avait près d'elle, comme l'Autriche, une toile où étaient peintes ses villes les plus fameuses, telles que Fiesole , Pise, Sienne, Arezzo et ses principales rivières, TOmbrone, TArbia, le Serchio et la Chiana. Les vers suivants témoignaient de son allégresse :

Omioibus faustis et lastor imagine rerum,

Virginis aspectu Caesareaeque fruor, Hacc nostra? insignes urbes, lise oppida et agri,

Haec tua sunt ; illis tu dare jura potes. Audis, ut resonet lastis clamoribus aether?

Et plausu et ludis Austria cuncta fremat.

Afin que les noces fussent célébrées sous les plus heureux auspices, on dédia à l'Hy menée la troisième décoration que l'on construisit devant le palais de' Ricasoli, lequel est situé, comme chacun sait, au commencement du pont alla Carraia. Cette décora-

tion consistait en iro€ superbe façade flanquée de deux magnifiques portes, dont l'une menait à la rue de la Vigna et était surmontée de la statue de Vénus Genitrix. Par allusion à la famille des Césars qui tirait son origine de Vénus, ou peut-être aussi simplement pour souhaiter la fécondité aux nouveaux époux, on avait écrit au bas de la statue ces mots empruntés à Tépilbalame de Théocrite :

KTniMX MKN, «EA KTnPIZ I20N EPASTM AAAAAfffi.

Le cortège passa sous l'autre porte qui conduisait à la rive de l'Arno et qui était surmontée de la statue deLatone Nutnx, accompagnée de cette inscription:

AATfî MEN AOIH, AATn KOTPOTP04>Oï ÏM1N EÏTEUUHN.

Sur un vaste piédestal appuyé contre Tune des portes on voyait l'Arno couronné de lis et embrassant la Sieve ornée de guirlandes de feuillages et de fruits qui, par leur forme, rappelaient les boules de lecusson des Médicis. L'Arno semblait adresser à sa nouvelle maîtresse les vers suivants :

In marc nonc anro flarentes Arnus arenas Volvam, atque argento purior unda fluet.

Etruscos nunc invictis coinitantibus armis » Cœsareis, tollam sydera ad alta caput.

ïîunc mihifama etiam Tybrim faljroreqne rerum T&ntarum longe vincere fata dabunt.

La seconde porte était également flanquée d'un

piédestal sur lequel le Danube et la Drava , couronnés de roses et de mille autres fleurs, se tenaient embrassés. Ils étaient accompagnés d'un aigle, de même que l'Arno et la Sieve d'un lion. Le Danube paraissant adresser à Florence les vers suivants :

Quamvis Flora tuis celeberrima finibus errera, Sam septem geminus Dantibiusque ferox :

Virginia aogost» cornes, et vestigia lustro. Ut reor, et si quod flumina numen habent,

Conjugium faustum et fecundum, et Nestoris annos, TuscoTum et late mjntio régna tibi.

Au sommet de la façade on apercevait le jeune Hyménée, couronné de marjolaine fleurie, et tenant un flambeau. A ses pieds on lisait : Boni conjugator Amoris. Cette statue était placée entre l'Amour, appuyé sur son sein , et la Fidélité conjugale qui lui donnait le bras. Les expressions nous manquent pour rendre la beauté, la grâce et l'élégance de cette décoration. Elle était terminée par une Couronne de marjolaine que THyménée semblait offrir aux heureux époux. Mais on admirait surtout les trois immenses tableaux qui se trouvaient au bas de la statue de THyménée, et que séparaient des colonnes accouplées. Ils représentaient tous les plaisirs et toutes les joies du mariage chassant les chagrins et les ennuis. Les trois Grâces occupaient le tableau du milieu, et paraissaient chanter harmonieusement ces vers, gravés au-dessus de leurs têtes :

Quac tam prœclara nascetur stirpe parentum Inelite pcogeuies, cligna sctavisque suis?

LE rONÏ ALLA CAR K AI A.

Etrusca attollet te quantis gloria rébus Conjugio Austriacœ Medicxque Domus?

Vivite felices : non est spes irrita ; namque Divina Charités talia voce canunt.

Près des Grâces étaient, d'un côté, la Jeunesse avec le Plaisir, et la Beauté avec le Bonheur; et de l'autre côté , l'Allégresse avec le Jeu , et la Fécondité avec le Repos. Le peintre avait si habilement exprimé les traits qui caractérisent chacun de ces personnages , qu'il était facile de les reconnaître. Dans le tableau placé à droite de celui du milieu , on voyait, entre l'Amour et la Fidélité, l'Allégresse avec le Bonheur, et le Plaisir avec le Repos, armés de torches, et précipitant dans l'abîme la Jalousie, la Dispute, l'Inquiétude, la Douleur, la Plainte , la Fourberie, la Stérilité, et tous les autres maux qui affligent si souvent l'espèce humaine. Dans le troisième tableau, les Grâces, en compagnie de Junon, de Vénus, de la Concorde, de l'Amour, de la Fécondité, du Sommeil, de Pasithée et de Thalassius, préparaient le lit nuptial avec toutes les antiques cérémonies religieuses où les torches, les parfums et les guirlandes, jouaient un si grand rôle. Quantité de petits amours voltigeaient dans les airs et semaient sur le lit une multitude de fleurs. Au-dessus de ces trois tableaux, il s'en trouvait deux autres plus petits, entre lesquels s'élevait la statue de l'Hyménée. Dans l'un de ces tableaux , à l'imitation de l'antique coutume si bien décrite par Catulle, on avait représenté la sérénissime princesse au milieu d'un essaim de jeunes vierges, couronnées de fleurs

qui portaient des flambeaux allumés, et qui, montrant l'étoile Hesperus, semblaient gracieusement inviter Son Altesse à marcher vers l'Hvménée. A cette composition étaient joints les mots suivants : O digno conjuncta virol Dans l'autre tableau, une troupe de jeunes hommes, également couronnés de fleurs, et munis de torches allumées, environnaient le prince, et exprimaient, en s'acheminant vers l'étoile, des vœux non moins ardents que ceux des jeunes vierges, comme le témoignait cette inscription : O tœdis felicibus aucte. Au-dessus, pour devise, était une chaîne dorée, composée d'anneaux nuptiaux, qui descendait du ciel et soutenait le globe terrestre. Elle rappelait, en quelque sorte, la chaîne homérique de Jupiter, et signifiait que la nature et le monde terrestre se conservent et s'assurent presque l'éternité par l'union des causes célestes avec les substances terrestres. Les paroles de la devise étaient ainsi conçues : Natura sequitur cupide. Enfin, une foule d'enfants et de petits amours couvraient les bases, les pilastres, les festons et les autres ornements. Ils semaient des fleurs et des guirlandes, et semblaient chanter, avec autant d'allégresse que de suavité, l'ode suivante que l'on avait élégamment gravée entre les colonnes accouplées, qui , comme nous l'avons dit, divisaient les grands tableaux de la façade :

Augusti soboles regia Cœsaris Summo nupta viro principi Etruriae Faustis auspiciis deseruit vagum Istrum, regnaque patria.

Col frater, genitor, patmus atque ari Fulgent inoumeri steramate nobiles Prœclaro imperii. prisca ab origine Digno nomine Cacsares.

Ergo magnanimœ virgîni, et inclyte Jam nunc, Arne pater, suppliciter mi Libes, et violis versicoloribus Pulcbrara ; Flora, preraas cornant.

Assurgant proceres, ac velut aareura Et cal este jubar ritè colant eam Omnes accumulent templa Deum, et piis Aras muneribus sacras.

Tali coojugio Pax hiiaris redit, Fruges aima Ceres porrigit uberes, Saturni remeant aurea saeeula,

Quia dîrae Eumenides, monstraque Tartan His looge duce te linibus exulant Bellorum rabies hinc abit effera, Mavors sanguineus fugit.

Sed jam nox ruit, et sydera concidunt , En nymphae adveniunt, Junoque pronuba Arridet pariter, blandaque Gratia Nudis juocta sororibus.

H sec eingit nirels tempora liUis, Haec è purpureis serta gerit rosis, Huic molles violae et suavis amaracus Nectunt virgineum caput.

Lusus, laeta Quies cernitur et Décor :

Quos circuin volitat turba Cupidinum, Et plaudens recinit baac Hymenœus ad Regalis thalami fores.

Quid statis juvenes tam genialibus ladulgere toris immemores? joci Cessent, et choreœ : ludere vos simal Poscunt tempora mollius.

LE PALAIS DES SPINI

Non vîocant hederae brachia flexiles, Conchae non superent oscula dulcia, Emanet pariter sudor et ossibus Grato murmure ab intimis.

I)et summum imperium regnaque Jupiter, Det Latona parem progeniem patri ; Ardorem unanimem det Veuus, ataue Amor Aspirans focemutua.

LE PALAIS DES SPINI

Afin que toutes les parties du domaine de l'un et de l'autre empire fussent représentées à ces bienheureuses noces, on construisit, près du palais des Spini, au commencement du pont de la Santa-Trinità, une superbe décoration qui consistait en une triple façade d'ordre composite. Un des pans de cette façade était tourné vers le pont alla Carraia et se rattachait au pan du milieu, lequel était naturellement lié à celui qui regardait le palais des Spini et Santa-Trinità. De quelque côté que Ton s'approchât de cette décoration, elle semblait se montrer par un ingénieux artifice , sous son principal aspect; aussi, imprimait-elle une beauté sans égale à ce quartier qui déjà ne le cédait en rien à aucun autre de Florence. Le pan du milieu était orné d'une base, surmontée des statues colossales de l'Océan et de la mer Tyrrhénienne, que soutenaient deux monstres gigantesques, et divers poissons étranges, et qu accompagnaient deux nymphes. L'Océan et la mer Tyrrhénienne étaient à moitié

W> LE PALAIS DES SPINI

couchés, et semblaient offrir avec une affectueuse libéralité , aux sérénissimes époux, non-seulement des branches de corail, d'immenses conques de nacre de perle, et d'autres richesses marines, mais encore de nouvelles îles, de nouvelles terres et de nouveaux empires. Derrière ce groupe, s élevaient deux grandes demi-colonnes sur lesquelles reposaient une corniche, une frise et une architrave, de sorte qu elles produisaient une espèce d'arc de triomphe. Sur l'architrave , au-dessus des deux colonnes , on avait érigé deux pilastres , qui , avec leurs corniches, formaient un superbe et hardi frontispice, dont le sommet , ainsi que celui de chacun des pilastres, était décoré d'un immense vase d'or plein de mille joyaux -marins. Dans le vide compris entre l'architrave et la pointe du frontispice , était couchée Thétis ou Amphitrite. Elle tenait une cou* ronne ros traie accompagnée de ces mots : Vincc , mari, et semblait dire : Jam terra tua est. Derrière les statues colossales de l'Océan et de la mer Tyrrhénien ne, entre les colonnes, on voyait, dans une vaste niche, semblable à une grotte, au milieu de monstres marins , Aristée enchaînant Prothée. Ce devin paraissait prophétiser aux nouveaux époux de glorieux triomphes sur mer en montrant du doigt les vers suivants :

Germana adveniet felïci cum alite virgo, Flora, tibi, adveniet soboles Augusta hymenœi, Cui pulcher Juvenis juogatur fœdere certo Regius Italia? columeo, bona quanta sequentur Conjugium ? Pater Ame, tibi et tibi, Florida mater, Gloria quanta aderit? Protheum nil postera fallunt

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La façade de la grotte était placée , comme nous l'avons dit plus haut, entre deux autres façades, dont Tune regardait le palais des Spini , et la seconde le pont alla Garraia. Ces dernières avaient la même hauteur et la même largeur que la première , et comme celle-ci, étaient ornées de deux demicolonnes couronnées d'un entablement servant de support à trois piédestaux surmontés de trois statues d'enfants qui tenaient de riches festons formés de coquillages et de coraux entremêlés d'algues marines. Sur la façade, qui s'appuyait contre le palais des Spini , la nouvelle terre du Pérou et les nouvelles Indes-Occidentales, retrouvées en grande partie sous les auspices delà maison d'Autriche, étaient représentées par une nymphe sauvage et presque nue, peinte en clair-obscur, au milieu d'une foule d'animaux étranges. Par allusion aux quatre étoiles en croix récemment découvertes dans ces régions, la nymphe était tournée vers un Cruci6x lumineux dont les splendides rayons perçaient quelques nuages épais. Les vers suivants témoignaient de sa gratitude pour la maison d'Autriche qui l'avait

initiée à la connaissance de la religion chrétienne :

Di tibi pro meritis tantis, augusta propage Prxmia digna feraot, quae vinctam mille catenis Heu duris solvis, qux clarum cernera soient £ tenebris tantis, et Cbristum noscere donas.

Sur le soubassement de cette façade on avait peint Persée délivrant Andromède.

La façade qui regardait le pont alla Carraia re-

V2 LE PALAIS DES SPINI

présentait la petite mais célèbre ile d'Elbe sous la figure d'une jeune guerrière assise sur un rocher, et la main droite armée d'un trident. A ses cotés, on ▼oyait un petit enfant folâtrant gracieusement avec un dauphin et un autre enfant tenant une ancre. Un port environné de galères complétait cette composition. Le soubassement était occupé par les Argonautes qui, selon le récit de Strabon, en revenant de conquérir la Toison d'Or, débarquèrent à l'île d'Elbe, y dressèrent des autels, et firent un sacrifice à Jupiter, prévoyant peut-être qu'un jour notre illustre duc renouvellerait leur glorieuse mémoire en fortifiant cette île et en y offrant un port assuré aux navigateurs. C'est ce qu'exprimaient trèsclairement ces quatre vers :

Evenere olim Heroes, qui littore in isto Magnanimi votis petiere. En Ilva potentis Auspiciis Cosmi multa munita opéra, ac vi PacaUim pelagus, securi currite nautae.

Sans parler de l'Arion qui traversait les flots sur le dos d'un dauphin, sans parler d'une foule de devises et de trophées qui donnaient à cette décoration une beauté extraordinaire , on admirait la multitude innombrable de poissons bizarres, de néréides et de tritons qui couvraient les frises, les piédestaux, les soubassemeuts, et en un mot, tous les endroits où il avait été possible et nécessaire de les introduire. Au bas du grand soubassement des statues colossales de l'Océan et de la mer Tyrrhénietuie, il y avait encore une belle syrène

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