ABBAYE DE NOTRE-DAME DE PRIÈRES
Jean, Ier du nom, surnommé Le Roux, duc de Bretagne, fonda en 1252 cette abbaye, située dans la paroisse de Billiers, diocèse de Vannes, pour trente religieux, destinés à prier Dieu pour le salut de son âme et pour la prospérité de sa maison. La carte de Bégar met cette fondation en novembre 1248. Les premiers habitants de ce désert furent tirés de l'abbaye de Buzai, et introduits dans la nouvelle colonie la veille de la Toussaint, par Cadioc, évêque de Vannes. Le pape Innocent IV approuva cet établissement, et y annexa plusieurs privilèges par ses lettres du 20 juillet 1258. Le prince fondateur fut inhumé dans l'église de cette abbaye. Cette ancienne église menaçant ruine, elle fut démolie au commencement du xviii* siècle,et remplacée par une autre, vaste et magnifiquement décorée : la première pierre y fut mise au nom du roi, le 1er avril 1716 ; et M. Fagon, évéque de Vannes, consacra solennellement cette nouvelle église Je 20 juillet 1726. L'abbaye de Prières était la seule de Bretagne qui jouît du précieux avantage d'avoir un abbé régulier, c'est-à-dire d'être gouvernée par un religieux, abbé titulaire, dont le revenu était de trente mille francs. Il y avait un noviciat attaché à cette maison. Prières n'a pas échappé à la spoliation révolutionnaire, eette abbaye a été vendue; et au moment où nous écrivons, on démolit sa belle église, dont les matériaux doivent ser vir àla construction d'un pont.
1 Jbbatia Bcatœ Marins de Precibui*
CATALOGUE HISTORIQUE DES ABBÉS
Geoffroi fut le premier abbé de Prière». Il gouverna cette maison depuis Tan 1252 jusqu'en 1266.
Salomon arrenta quelques domaines de son abbaye en 1270.
Rivallon transigea, Tan 1275, avec Eudon, seigneur de La Roche-Bernard, touchant les dommages faits à son abbaye, tant par les chevaliers de Payen de Malestroit, que par Guillaume de Rochefort, vicomte de Donges.
Tangui passa, au mois d'octobre 1289, une transaction avec les exécuteurs testamentaires du duc Jean Le Roux, par laquelle il accepta quinze tonneaux de vin, pour tenir lieu de la boisson que ce prince s'était obligé de fournir à ses trente religieux.
Rolland de Coetlez succéda à Tangui, suivant le catalogue, qui ne fait point mention du précédent.
Judicael mourut le 9 janvier 1500, selon le catalogue.
Eten donna, en 1506, aux exécuteurs testamentaires du duc Jean II, une quittance de la somme léguée à son monastère.
Gotomarch fut élu vers l'an 1550, et mourut le 10 mai, suivant le catalogue.
Guillaume Elen fut commis, par le chapitre assemblé à Clteaux en 1555, pour visiter et réformer les maisons de l'ordre en Bretagne. Il était fils de Guyomarch Elen et de Catherine de Prénigou, frère de Maurice Elen, chantre de l'église de Tréguier. Né avec une grande pénétration, il cultiva les sciences humaines et sacrées, et parvint au doctorat. Les troubles qui de son temps désolèrent le pays ne causèrent aucun tort à son monastère. Il se conduisit avec tant de prudence, que les rentes qui lui étaient dues sur le domaine ducal lui furent exactement payées, soit par le duc, soit par ses adversaires. Il vivait encore le 19 mai 1572. '
Henri Le Barbu ratifia en 1580 le traité passé à Guer-
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rande entre le roi Charles VI et le duc Jean lV« Cet abbé fut fait évêque de Vannes en 1584, et passa au siège de Nantes en 1404.
Jean Raoul succéda à Henri Le Barbu, suivant le catalogue. Il échangea quelques domaines en 4394 avec Jeanne de Lesnerac, veuve de Raoul de Commenan. On peut encore lui attribuer un pareil échange fait en 1405, avec Guillaume, abbé de Mellerai.
Jean Raoul a, docteur en théologie, fut élu à la place de son oncle ou son parent. Il accepta, le 47 décembre 4444, une fondation faite dans son église par le duc Jean V, souscrivit quelques mois après la vingtième session du concile de Constance, et en rapporta un bref du pape Martin V, qui recommande au duc le monastère de Prières et celui qui y préside. Député en 1430 par le chapitre général de son ordre, il assista au concile de Baie. A son retour il établit dans son église une fête solennelle en l'honneur de la présentation de la sainte Vierge au temple. Il mourut le 28 juillet 1439, et fut inhumé dans le chapitre de son abbaye, où l'on voit encore son épitaphe1.
Guillaume de La Landelle fut élu en 4459, et vivait encore en 1452, comme il paraît par l'acte d'accensement qu'il passa à Jean Du Daron et à Marie de La Pommeraye, d'une maison sise à Guerrande.
Le catalogue fait succéder à Guillaume un abbé de Villeblanche; mais nous n'en avons rien trouvé, et il n'était pas fort connu à l'auteur du catalogue, puisqu'il n'a pu nous apprendre son nom de baptême.
Olivier Blanchart transigea en 1460 avec Jean Prigent,
« Martèae, t. 4, Jnecdot., p. 1570, 1579 ; t. 3, Coilect. Ms.% p. 1Î20.
« Voici cette épitaphe :
Dignus praelatus Joannes Radulpbi vocatus,
Sacrse Scripturse doctor, clarae geniturae,
Vir custos morum, miscrùm spes, lux monactaomm ;
Abbas de Precibu», vermibus ecce cibus,
Cui benedicendi populo, mi tra raque gerendi
Gratia primo datur, buic cœlica pax tribuatur.
ABBAYE DE PRlÈRliS. 593
évêque de Saint-Brieuc, fit quelques acquisitions en 1464, et mourut le 9 octobre 1467.
Vincent de Kerleau, abbé de Bégar, fut chargé du gouvernement de Prières en 1467, ou par le choix de la communauté ou par la nomination du pape. Ce qu'il y a de certain, c'est que le pape, en lui accordant des bulles pour Prières, lui laissa Bégar en commende, et qu'il lui donna la commende de Bégar et de Prières en lui conférant Févêché de Léon. II ne tint ce siège que quatre ans, étant mort le 30 octobre 1476.
Jean Le Verrier, abbé de Mellerai, succéda à Vincent de Kerleau en 1475. Ses bulles sont du 20 février 1474 avant Pâques, et supposent la cession de son prédécesseur. Il fut commis le 15 mars 1480 avec l'abbé de Bégar par le pape Sixte IV, pour informer de la vie et des mœurs de Jacques d'Espinai, évêque de Rennes. Une procédure datée de Fan 1483 lui donne la qualité de visiteur et réformateur général de son ordre en Bretagne. 11 transigea en 1493 avec Pierre Le Tresle, seigneur de Rerolland, pour les coutumes d'Herbignac, et les racheta pour une somme d'argent. Sa mort est marquée dans l'ancien martyrologe de la maison, au 23 juin 1498.
Charles de Hangest, évêque de Noyon, obtint l'abbaye en commende en 1498, et en jouissait encore en 1521.
Jean de Rieux, évêque de Saint-Brieuc, succéda à M. de Hangest, et se démit en 1533 en faveur du suivant.
Guillaume Car, religieux de Prières, fut en 1533 pourvu de l'abbaye tant par le roi que par le pape sur la résignation de l'évêque de Saint-Brieuc. 11 n'en jouit pas longtemps, étant décédé en 1536.
Gui Drouillart, prévôt de l'église collégiale de Saint- Aubin de Guerrande , obtint l'abbaye en commende en 1537, assista aux Etats de Nantes et à la réformation de la coutume en 1539. Il fit serment de fidélité au roi, le 28 juin 1540, et mourut en 1552, selon le catalogue.
Charles de Lorraine, archevêque, duc de Reims, pair de France et cardinal de l'Eglise romaine, tint l'abbaye de
J#4 l/ÉGl,lSK DE BRETAGNE.
Prières en commende depuis l'an 1552 jusqu'en ,1571, félon le catalogue.
Bertrand Guillacdon, clerc du diocèse de Poitiers, obtint l'abbaye par le crédit de madamé d'Acerac, prêta serment de fidélité au roi dans la chambre des comptes de Nantes en 4574, et mourut en 1586. On prétend qu'il ne fut jamais qu'un confidentiaire 1 de la maison d'Acerac.
Jacques Landry, prêtre, fut pourvu en 1586 par la faveur de Jean de Rieux, fils de madame d'Acerac, et tint l'abbaye aux mêmes conditions que le précédent, si l'on en croit l'auteur du catalogue.
Jean Bouchant , dqçteur en théologie, prêta serment de fidélité pour l'abbaye de Prières en 1608, et assista aux Etats tenus à Guerrande en 1625.
• Dom Guillaume Jamet, abbé régulier, succéda à Jean Bouchart, et mourut le 23 janvier 1651, selon le catalogue. Ce fut de son temps que l'abbaye, ayant embrassé la réforme, fut remise en règle en 1650. Cette réforme, connue sous le nom d'étroite observance, a rendu jusqu'à la fin la maison de Prières florissante.
Dom Jean Jouaud, sous-prieur de la maison, fut pourvu en 1651, et bénit par Sébastien de Rosmariec, évêque de Vannes. Il mourut à Paris le 2 juin 1675.
Dom Hervé Du Tertre, qui avait été nommé coa d jute ur en 1657, fut confirmé abbé en 1673, et choisi ensuite pour vicaire général de l'ordre . Zélé pour la réforme de son ordre,
die. Ce titre lui procura des relations avec le célèbre abbé de Kaucé, reformateur de La Trappe, contre lequel il fut d'abord prévenu ; mais ayant fait en 1676 et 1678 la visite de ce célèbre monastère, il revint de ses préventions et reconnut que l'esprit de Dieu présidait à cette réforme. Dom Hervé Du Tertre mourut le 8 décembre 1680.
■ Oq appelle confidentiaire un clerc qui reçoit les provision? d'un bénéfice, apt es avoir fait un pacte secret pour le remettre plus tard à un autre. On nomme aussi quelquefois les confidentiaires custodi nos. lia sont excommuniés par l'Eglise, qui défend expressément la confia dence.
Dora Joseph-Melchior de Serent fut nommé abbé le 7 . mars 1681, et bénit le 25 juillet 1684. Sa mort arriva le 28 juillet 1727. Ce fut lui qui eut la consolation de faire construire et consacrer la nouvelle église de son abbaye.
Dom Jacques NouEL,abbé de La Charmoie, fut transféré à celle de Prières au mois d'août 1726, sur la démission volontaire du précédent, il mourut au collège tles Bernardins à Paris, vicaire générai de l'ordre en Bretagne, le 2 septembre 1741.
Dom Claude-Marie de La Fruglaye, religieux de l'abbaye de Prières, fut nommé le 24 septembre 1741 et bénit le 25 avril 1742, par François-Hyacinthe de La Fruglaye, évêque de Tréguier. Il devint ensuite vicaire général de l'ordre, et mourut en 1766.
Dom Abel db Baule ne fut abbé que pendant deux ans, et mourut en 1768.
Dum Louis or Maux succéda a Dom de Baule. 11 gouverna l'abbaye de Prières pendant dix-neuf ans, et mourut en
•om Prudent-Charles de Corsin a été le dernier abbé de Prières. Après avoir été expulsé de sa maison avec ses religieux en 1792, il se retira à Paris et y mourut peu de temps après.