‹ Vieux manoirs, vieilles maisonsChapitre 9 sur 44 · JOLIETTE · texte numérisé non relu

JOLIETTE

E manoir de l'ancienne seigneurie d'Ailleboust est

situé dans le grand rang de la paroisse de Sainte-

1 ■* Mélanie, au nord de Joliette. Cette maison, longue de quatre-vingts pieds, fut construite par l'honorable juge Pierre- Louis Panet, peu après son acquisition de la seigneurie d'Ailleboust en 1800. Il ne jouit pas longtemps de son manoir puisqu'il mourut le 2 décembre 1812.

Le manoir Panet fut principalement occupé par l'aînée des filles du juge Panet, Louise-Amélie, mariée à M. W illiam Yon Moll de Berczy.

Un savant magistrat écrivait, il y a quelques années au sujet de madame de Berczy:

"C'est en 1859 que je lis la connaissance de cette femme remarquable. Quoique déjà sur le retour de l'âge, elle n'en avait pas moins conservé toute sa distinction d'esprit, toute la vivacité et l'enjouement de son caractère. Tout de suite, elle me subjugua, et je n'ai jamais pu m'affranchir entièrement de cette influence si douce, je l'avoue en toute sincérité. Quoiqu'elle soit disparue depuis tantôt vingt-cinq ans, je pense à elle souvent encore, comme d'ailleurs le font tous ceux qui ont eu l'inappréciable avantage de l'approcher, de l'entendre, de jouir de son intimité. . .

"C'est aux pieds des Laurentides, à Sainte-Mélanied'Ailleboust, dans un manoir dont la renommée d'hospitalité s'étendait fort au loin, que s'est écoulée la vie si suave de madame Von Moll de Berczy née Amélie Panet. .

"Après son mariage, à l'âge de 32 ans, avec M.William Von Moll de Berczy, un homme bien digne de posséder une telle compagne, elle le suivit à Amherstburg, dans le Haut-Canada, mais n'y demeura que peu d'années.

" En 1832, son mari, contraint par les circonstances, vint habiter avec elle la terre d'Ailleboust, alors tout à fait au milieu de la forêt, éloignée de toute société. C'est ici qu'ils durent se suffire à eux-mêmes, et ils trouvèrent, en effet, le moyen de couler des jours profondément heureux, tout en

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faisant le bien parmi leurs censitaires, à qui il> prêchaient l'exemple de mille manières différentes. Le sort en était jeté, madame Berczy ne devait plus désormais briller dans le monde élégant, mais bien passer la plus belle partie de sa vie dans le séjour agreste où elle s'était retirée pour y couler avec son mari, qu'elle affectionnait profondément, et ses estimables soeurs, mesdames Levesque et (ilobensky, des jours sereins utilement remplis."

Le manoir Panel a été acheté en 1907 des héritiers Pahet par Cuthberl Massicotte, auquel son dis, Delphis Massicotte, a succédé Quant à la seigneurie d'Ailleboust, elle est toujours la propriété des héritiers Panet, et c'est l'un d'eux, M. Rosaire Dupuis, notaire, qui est actuellement percepteur des droits seigneuriaux (').

(') Notes de M. E.-Z. Massicotte.

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LA MAISON GERIN-LAJOIE À YAMACHICHE

M Léon Gérin parle ainsi de la maison où était né son père, Antoine Gérin Lajoie, l'auteur de Jean * Rivard, le 4 août 1824:

" La maison de bois, basse, mais assez longue, avec sa cuisine et sa remise en allonge, datait du siècle précédent. C'était bien une des plus anciennes, sinon des plus décoratives des alentours. Contrairement à ses voisines, elle s'élevait du côté sud de la grande route, entre celle-ci et le fleuve. Au delà des grands herbages de la rive basse et plane, miroitait dans le lointain la surface argentine du lac, sur laquelle se déplaçait avec la lenteur d'un hanneton, l'image réduite d'un vapeur ou d'un voilier.

" Sur la façade de la maison courait une étroite galerie que surplombait le "ravalement" de la couverture, et qui donnait sur un petit jardin de fleurs. A droite, un assez grand potager; à gauche, le fournil où l'on cuisait le pain de ménage; en arrière, la laiterie installée dans une petite construction attenante à la cuisine. Enfin, en avant, de l'autre côté du chemin du roi, le verger où croissaient un peu confusément pommiers, pruniers, cerisiers, petit enclos séparé de la longue grange-étal >le par l'allée conduisant aux pâturages, aux prairies, aux champs de céréales, et ceux-ci se déroulaient jusqu'au bois, jusqu'à l'érablière dont le rideau touffu fermait l'horizon vers le nord.

"L'intérieur de cette vieille maison avait bien son charme fait d'âge et de simplicité. Derrière ses volets de planches qui tournaient en grinçant sur leurs gonds de fer coudé, se cachaient des meubles comme on n'en voit plus souvent aujourd'hui: de grandes couchettes en bois, quelques-unes avec leur alcôve, des chaises et des tables de confection domesrique, des "catalognes" recouvrant les planchers, des bahuts, une huche, un banc-lit (à la fois coffre, siège et couchette), des rouets à pédale avec leur dévidoir, sans parler des images de piété et des portraits de famille à cadres de bois ou de cônes de sapin, suspendus au mur de la salle ou du petit salon.

" Même la remise en annexe à la vieille maison abritait des choses captivantes pour moi: faux, javeliers, faucilles, qu'il

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m'était bien défendu de manier, de toucher; voitures capitonnées, ou simples "barouches", où je- m'installais en maître pour conduire un cheval imaginaire en des randonnées interminables; un banc à planer qu'on utilisait pour la confection de maint outil ou ustensile domestique, de fourches, de râteaux en bois, et même d'arcs et de flèches "pour le p'tit gars d'Antoine" ('.).

(') Bulletin <l<'s Redierches Historiques, vol. XXX. p. 294.

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