‹ Vieux oursonsChapitre 1 sur 34 · EPITRE · texte numérisé non relu

EPITRE

A mes Oursons

Pauvres petits oursons, rêvés En de fugitives veillées, Vous qui vouspensie'{ réservés A des foules émerveillées ;

Au fond du carton aux oublis Vous aure\ ignoré la rampe, Et demeure^ ensevelis ; Et la tristesse vous détrempe.

Vous nourrissiez l'illusion Qu'après des succès chimériques, Vous lasseriez d'émotion L'Europe et les deux Amériques.

Vous aviez des frissons très doux Quand des bravos imaginaires — Les menteurs ! — roulaient près de vous Des tempêtes et des tonnerres.

Avec l'orgueil des jeunes ans, Vous vous Jlattie\ d'être modèles :

Mais, pour risquer ces vols grisants, Les petits oursons n'ont pas d'ailes;

Et je ne vous ai pas permis De tenter si rude aventure :

Vous n'irei qu'à de bons amis.

Que rien ne force à la lecture.

Note\, pauvres petits oursons, Que je fais preuve de tendresse, En vous évitant les leçons De la critique et de la presse.

Même, j'eus soin de votre orgueil.

Qu'eussie\-vous dit des mois d'attente Che\ un directeur, dont l'accueil Est fait d'urbanité flottante?

Devant vous, on eût balancé L'encensoir d'or des ironies, Et votre espoir se fût bercé De promesses mal définies.

Puis, les " Bientôt " et les " Après " Vous eussent tom en haleine, Jusqu'au jour des '^ Mille regrets " Qui fait la coupe amère, pleine.

Alle\, vous êtes des heureux.

Et vos regrets, il faut les taire :

Des oursons modestes, sur eux Aiment appeler le mystère

De quoi seriei-voiis alarmés ?

Sans qu'au danger je vous expose, A vous voir si bien imprimés, On vous prendra pour quelque chose.

Lorsque vos pareils, sans retour S'en iront, lamentables files, Peut-être sere^-vous, un jour.

Gardés par les bibliophiles.

Et ce sera, je vous le dis,

Une gloire, aux formes réduites :

Vous connaître:^ le paradis

Sans connaître les pommes cuites.

Octobre igoi.

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