‹ Vieux SaxeChapitre 43 sur 64 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

LA COMTESSE, puis L'ABBÉ.

LA COMTESSE

Le Chevalier aurait-il gasconne? Et le petit Abbé, avec son amour venu d'un autre côté, qu'a-t-elle voulu dire parla? Mais le voici justement... ( L'Abbé vient de rentrer. ) Eh quoi, Monsieur l'Abbé, d'où vous vient cet air rêveur?...

l'abbé , interloqué.

Ah! Madame...

LA COMTESSE

Vous avez l'air de hanter en esprit les pentes de l'Hélicon.

l'abbé.

Moi?

LA COMTESSE

Votre surprise pourrait me faire accroire que certains petits vers ne m'étaient point destinés, et que c'est par erreur qu'on me les a fait tenir!

Non point cela, mais bien que vous n'avez pu guère distinguer les pauvrets dans l'amas de poésie dont on vous a comblée hier soir.

l52 VIEUX SAXE

LA COMTESSE

On m'a comblée hier soir d'un amas de poésie, et qui donc, s'il vous plaît?...

l'abbé.

Qui pourrait-ce être, sinon le Chevalier?

LA COMTESSE

Quoi , VOUS appelez un quatrain un amas de poésie?

l'abbé.

Mais le quatrain est de moi, Comtesse.

la comtesse.

J'ai reconnu le vôtre : « Cruelle Lycoris... ta, ta, ta,. » Celui du Chevalier était différent : Philis, ta, ta, ta,... la reine de Cythère»... Mais voilà, Mars n'a pas été vainqueur!

l'abbé.

Mars n'a pas été... Ah ! Comtesse, comment espérezvous pouvoir me donner le change? Tout est découvert. la comtesse.

Qui est découvert? A qui donner le change? Le change de quoi?

l'abbé.

Ah! Madame, l'ivresse du bonheur ne saurait-elle excuser un défaut de discrétion? Le Chevalier, dans l'excès de sa joie, n'a pas su taire les bontés que vous aviez eues pour lui.

Pour le Chevalier? Mais tout ceci est inventé à loisir mon pauvre Abbé; pour qui me prend-il et comment l'avez-vous pu croire? Un grand dadais qui ne sait autre chose que dégainer sa rapière et vous proposer d'aller

ZA SURPRISE DE l'amour i53

VOUS ensevelir dans un désert, et à pied encore; la plaisante cour que j'aurais là avec lui!

l'abbé Ah! Comtesse, ai-Je bien oui? Le Chevalier ne vous est rien! Mais alors, je puis continuer à vous voir, à soupirer à vos genoux, à vous adorer silencieusement, car je vous aime, moi, et plus passionnément que tous les cornettes de la terre , et si vous désirez...

LA COMTESSE

Prenez garde, on vient...

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