‹ Vieux SaxeChapitre 60 sur 64 · PREMIER JEUNE HOMME · texte numérisé non relu

PREMIER JEUNE HOMME

Non, citoyen, l'infâme Robespierre est encore tyran, et c'est sur son ordre que nous sommes ici.

LE NOUVEAU VENU , bégayant.

Non , pas lui !... Il est bon , lui !... C'est Saint-Just...

LE JEUNE HOMME , avec angoisse.

Mais c'est impsssible. Messieurs, citoyens... Robespierre devait être renversé. Hier les chariots ne sont pas venus, aujourd'hui le peuple se soulève. Vous étiez marqués pour la vengeance nationale... Si vous êtes ici, c'est que Robespierre est perdu.

LE PRISONNIER, avec amertume.

L'espoir est, paraît-il, tenace ici!... Écoutez, Monsieur.

(On entend un roulement sourd.) N'eSt-Ce paS IcS chariotS ? LA COMTESSE , affolée, se jetant dans les bras du jeune homme.

Ah! que me disiez-vous que nous étions sauvés!... L'avez-vous entendu Thorrible roulement! Ahî je Tai bien reconnu! ce sont eux, ce sont eux!...

LE JEUNE HOMME

Ne craignez rien Silvia, ce n'est pas nous qu'ils viennent chercher, ce sont ces hommes, nos bourreaux...

LA COMTESSE

Oh! non, c'est bien nous, c'est bien notre funèbre cortège!...

LE JEUNE HOMME

Vous pleurez.

LA COMTESSE, sanglotant.

Oui, j'ai peur! Sauvez moi, j'ai peur! j'ai peur! Nous allons y monter aujourd'hui ! Oh ! les lourdes charrettes qui débouchent de la porte sombre, cette foule hurlante qui éclate en cris de mort, là-bas l'échafaud qui grandit, qui grandit, je le vois!... Ah! sauvez-moi!

LE JEUNE HOMME

Puissance du ciel ! tout est perdu!

LA COMTESSE , affolée.

Là, là, sur la place, tous ensembles... Dans dix, ce sera mon tour : un, deux, trois, quatre, cinq... Oh, non! non! non! Je ne veux pas! Je ne veux pas mourir encore!

LE JEUNE HOMME

Au secours, au secours, mes amis, guichetier de mal-

heur! Silvia, ne m'ôtez pas tout courage; j'en ai besoin pour nous deux...

LA COMTESSE

Mourir! Mourir! Ce n'est pas possible, je suis trop jeune, quel mal ai-je fait, quel crime?... Ils m'ont déjà pris mon mari, mon enfant, ma mère, ils ne peuvent pas me prendre, moi! On ne tue pas les femmes... Ah! vous me sauverez, vous êtes courageux, vous êtes puissant, vous avez un frère à la Convention, vous me sauverez ! Je ne veux pas mourir encore ! pas encore !

LE JEUNE HOMME

De grâce, Silvia, essuyez vos larmes... Voici votre père qui vient, il ne pleure pas; ni votre amie, elle sourit au contraire.

( Les prisonniers se répandent sur la scène. ) SILVIA , tombant entre les Iras du Maréchal.

Ah! mon père.

LE MARÉCHAL , l'embrassant.

Ma fille!

LE COMMANDEUR, avec angoisse.

Nous venons d'entendre rouler les chariots, juste quand on parlait de délivrance. Est-ce un raffinement de cruauté?

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