SCÈNE HUITIÈME
LUCIE
Oui, il attend.
JACQUES
C'est bien, j'y vais.
LUCIE
Non pas, c'est moi qui y vais... et je tiens à y aller seule... il y a de ma faute dans ce qui est arrivé. Jamais l'idée ne lui serait venue de s'occuper d'une autre femme si j'avais... si je n'avais pas...
Si vous aviez... si vous n'aviez pas?...
LUCIE
Mais voilà, ça m'ennuyait tant...
JACQUES, transporté.
Ohl
LUCIE, séTÔrement*
J'avais tort.
JACQUES
Mais non...
LUCIE
Mais si... Allons, je pars... je vais à Yvetot. J'ai gardé la voiture qui vient de ramener Adrienne...
JACQUES
Et... vous lui pardonnerez?
LUCIE
Je remmènerai à Paris pour causer de cela... Quant à vous, vous allez retrouver votre femme, elle vous attend, vous pardonnerez, vous aussi...
JACQUES
Jamais, par exemple.
LUCIE
Si fait, vous pardonnerez... vous aviez raison tout à l'heure... tout est convention ici-bas... une de ces conventions, c'est qu'il faut pardonner, pardonner à chaque instant, pardonner toujours... il faut pardonner aux choses, pardonner aux gens, pardonner à la vie, il n'y aurait pas moyen de vivre sans cela...
JACQUES
Lucie...
LUCIE
Eh bien ?
JACQUES
Nous ne nous verrons plus alors?
LUCIE
Il me paraît bien difficile... avant que nous nous quittions, j'ai quelque chose à vous dire... j'ai été coquette avec vous, j'ai même été... un peu plus que coquette... j'ai laissé tout à l'heure passer le bout de mon pied...
JACQUES
Oui, sans vous en apercevoir, vous avez laissé...
LUCIE
Si fEÛt, je m'en apercevais très bien. C'était exprès...
JACQUES
Exprès l
LUCIE
Oui, mais mes intentions étaient bonnes ; il me semblait que si je vous rendais amoureux, très amoureux de moi, il me serait après cela plus facile de vous a\ouer...
C'est comme moi. Quand j'ai commencé de vous faire la cour...