‹ Villes antiques: Arles gallo-romainChapitre 34 sur 62 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Les sarcophages chrétiens.

Aperçu général. — Description.

A considérer le grand nombre de sarcophages chrétiens en marbre blanc, richement sculptés, très coûteux, qui ont été trouvés à Arles, on serait surpris, si on ne se rappelait d^autre part l'importance que la, petite Rome des Gaules avait prise au iv"" et au v^ siècle, précisément Tépoque où ont été sculptés la plupart de ces sarcophages.

Arles était en rapports intimes avec Rome. Comme Ta observé M. Edmond Le Blant (1), « il y a presque identité entre les sarcophages de Rome et d'Arles. Tandis, en effet, que dans d'autres villes de la Gaule, à Bordeaux, à Toulouse, ou même dans des cités italiennes, les tombeaux sont de formes variées, à Arles et à Rome, ils ressemblent tous à des auges allongées, à bords droits, avec un couvercle généralement taillé en toit de maison. Il n'est pas jusqu'aux figures sculptées en guise d'acrotères aux quatre extrémités du couvercle, qui ne donnent lieu à un curieux rapprochement; ici, elles représentent les têtes de saint Pierre et de saint Paul,

(1) Edmond Le Blant, Les Sarcophages chrétiens cl Arles,

patrons de la Ville éternelle ; là, la tête juvénile de saint Genès, marfyr, parliculièroment vénéré à Arles ».

Ces conslalations archéologiques confirment, on le voit, ce que l'histoire nous avait déjà appris sur les rapports de la Rome des Gaules et de la Rome dltalie. Les sujets sculptés sur les sarcophages d'Arles sont généralement empruntés à TAncien et au Nouveau Testament, et symbolisent les idées de résurrection, de rémission des péchés ou de l'Eucharistie, qui viennent tout naturellement à l'esprit des chrétiens en présence de la mort.

C'est ainsi que Ton a fréquemment représenté le passage de la mer Rouge, Moïse frappant de sa verge le rocher d'Horeb, Jonas vomi par la baleine, Daniel dans la fosse aux lions. On voit encore le Christ entre ses Apôtres, tenant à la main la loi nouvelle, ou bien sortant victorieux du tombeau. Ici, il guérit l'aveugle, le paralytique ou l'hémprroïsse ; là, il accomplit le miracle de Cana ou celui de la multiplication des pains. Nous trouverons encore bien d'autres sujets, lorsque nous examinerons successivement les principaux sarcophages du Musée. Mais il nous faut, auparavant, mettre le lecteur en garde contre les exagérations d'un système qui voudrait attacher un sens symbolique précis aux moindres détails de ces figurations chrétiennes.

M. Le Blant a montré, en effet, avec une lumineuse clarté, que les scènes sculptées sur les tombeaux sont le plus souvent comme une traduction figurée de versets liturgiques de l'office des morts.

Mais si TÉglise a donné l'idée première, elle n'en a

pu diriger et surveiller la r(^alisation dans les ateliers où se taillaient les monuments funéraires ; aussi, ne faut-il pas s'étonner que les artistes, tout imprégnés de civilisation païenne, faisant sur commande des sarcophages païens et chrétiens, aient parfois introduit, inconsciemment, dans les scènes bibliques, des personnages de la mythologie païenne : la divinisation du mort, la représentation mythologique des griffons qui gardent Turne funéraire, et des génies ailés au flambeau renversé. Ailleurs encore, en pleine scène biblique, le3 forces de la nature, mer, fleuves ou vents, sont figurées par leurs génies, comme dans les sculptures païennes.

Cet entrem élément de personnages profanes dans les sculptures chrétiennes d'Arles, au iv° et au v° siècle, manifeste la persistance des traditions d'écoles chez les sculpteurs de tombeaux, et doit nous faire éviter une recherche trop raffinée de la signification symbolique de tous les détails. Il n'y a pas lieu, par exemple, de chercher un sens mystique dans la succession et la position des différents tableaux d'un même sarcophage. M. Edmond Le Blant a montré, en effet, que la symétrie et le coup d'œil tenaient une large place dans ces questions d'arrangement.

Ces quelques considérations générales étaient nécessaires avant de commencer Texamen individuel des principaux sarcophages ; il sera forcément assez sommaire, et se bornera le plus souvent à une simple énumération des scènes représentées, t Pour adopter, dans notre exposé, un ordre uniforme.

nous prendrons, comme point de départ, le sujet principal, toujours placé au centre du panneau, et nous examinerons ensuite les scènes à notre gauclie, pour terminer par celles à notre droite.

Le visiteur du Musée pourra ainsi plus facilement chercher, à Taide du sujet central, dans notre catalogue, le sarcophage qu*il désire étudier, et suivre dans Tordre la succession des scènes reproduites par le sculpteur.

1. — Beau sarcophage en marbre, avec couvercle. Au centre : la croix, surmontée d'une couronne à

rintérieur de laquelle était autrefois le monogramme du Christ. Au pied de la croix^ les deux soldats gardiens du sépulcre.

De chaque côté du sujet central sont figurés six apôtres, sur la tête desquels une main venue du ciel pose une couronne.

Sur les petites faces sont représentés, d'un côté le baptême du Christ, de l'autre Moïse frappant le rocher.

Au centre du couvercle, une tablette vide, qui devait renfermer autrefois une inscription en peinture ; elle est accotée de deux génies. Quatre autres génies encadrent, deux à deux, les bustes des époux figurés dans un médaillon.

Face principale : hauteur, 0™83 ; largeur, 2"'12.

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