D’ASIE MINEURE
Mesdames, Messieurs,
C’est avec joie que je vous retrouve cette année, prêts à vous échapper encore avec moi de notre époque et notre ciel maussades et à me suivre de nouveau dans la clarté des paysages et des souvenirs helléniques. Le nombre de ceux d’entre vous qui m’ont écouté l’année dernière, quand nous avons parcouru plusieurs régions de la Grèce et des îles Egéennes, et que je revois aujourd’hui, et celui de tant de nouveaux venus m’est un témoinage précieux de l’intérêt que vous apportez à ces promenades d’archéologie antique et m’encourage grandement à poursuivre. Je vous en exprime ma gratitude, je remercie les aimables organisateurs de ces réunions et spécialement M. Fougères, pour l’honneur qu’il me fait en y prenant part.
Quand Aristagoras de Milet voulut décider le Roi Cléomène de Sparte à faire une campagne en Asie, il lui montra une carte où la région était
tracée sur une planche de cuivre et lui dépeignit son opulence : “ Les peuples de ce continent, lui “ dit-il, sont plus riches que tous les autres peuples c< ensemble en or, en argent, en cuivre, en étoffes <c de diverses couleurs, en bêtes de charge, en trou- “ peaux, en fruits et en esclaves. Tous ces biens w seront à vous, si vous le voulez.... Si vous prenez “ ces villes, vous pourrez avec confiance le disputer “ en richesses à Zeus lui-même . 1 ”
Je ne vous promets pas tant de merveilles...
Vous verrez des arbres... sans fruits, des bêtes de charge,... mais surtout des pierres: car ce sont bien des villes mortes que je vais évoquer devant vous, des villes dont for, l’argent, le cuivre, les étoffes, les esclaves, tout le luxe et toute la vie s’en sont allés rejoindre les âmes des héros dans le Hadès, où quelque jour nous goûterons sans doute le charme de les revoir et où ces souvenirs vous seront peut-être d’un secours précieux pour retrouver votre chemin j usqu’auprès d’Héraclite d’Ephèse ou d’Aspasie de Milet...; ce sont ces biens du souvenir qui sont à vous, s’il vous plaît de les goûter.
Car je dois vous dire d’abord dans quel esprit j’ai fait ce voyage. C’est de la Grèce que je suis allé en Asie Mineure, c’est de la Grèce ancienne que mes regards se sont portés sur l’Orient et que,
1 Hérodote V. 49.
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pour élargir mon horizon, j’ai été chercher des paysages, des sites, des souvenirs sur la terre d’Asie, qui a vu naître ce radieux printemps de la Grèce et du monde; de là, au VI e siècle, ses fruits aimables et précieux se sont répandus sur la terre la mieux disposée à les recevoir, et, après ce fameux w miracle grec ”, qui s’épanouit pendant deux siècles sur le continent, ils sont venus renaître, comme une floraison tardive et dernière, sur leur sol nourricier, où les Romains et les premiers Chrétiens les ont recueillis pour nous. C’est donc comme l’an dernier surtout de la Grèce, mais de la Grèce d’avant Athènes et de celle qui en fut l’héritière, que je vous entretiendrai cette année.
Je vous montre d’abord, comme Aristagoras, 2410 ans après lui, la carte, 1 que je réduis au pays qui nous intéresse, car la sienne portait gravée <c la w circonférence de la terre entière, avec toutes les €t mers et toutes les rivières dont elle est arrosée mais avant de vous donner de brèves indications géographiques, je vous demande la permission de retracer à grands traits devant vous les phases principales de l’histoire qu’a traversées cette région, en insistant, un moment, sur les questions d’origines, en raison des points de vue nouveaux qu’ont fait naître les travaux récents, et en raison de leur 1 Voir Planche I, en fin du volume.
importance capitale pour l’ethnographie, l’archéologie et l’histoire.
Avant l’époque de l’occupation des côtes de l’Asie mineure par les émigrants venus de Grèce, les populations qui habitent la partie orientale de la Méditerranée et qui nous intéressent au point de vue des origines de la Grèce peuvent être réparties en trois grands groupes.
C’est d’abord, à l’est, le groupe des populations que j’appellerai asiatiques. La première civilisation dont l’influence se soit fait sentir en Anatolie est la civilisation chaldéo-babylonienne.Puis vers 2,000 avant J.-C. nous voyons entrer en rapport et en lutte avec elle un grand peuple, les Hittites, à peu près inconnu il y a une quarantaine d’années, venu peut-être de la région du Caucase, dont l’aire d’influence avait d’abord été limitée à la région syrienne, mais qu’une série de fouilles plus récentes étend sur la presque totalité de la péninsule de l’Asie mineure. Son développement, dont l’apogée se place vers le XIV e ou le XV e siècle avant J.-C., £ été atteint et détruit par l’expansion de la puissance Assyrienne. De la ruine de son empire sont sorties successivement deux autres monarchies qui probablement lui avaient été d’abord soumises. En premier lieu les Phrygiens dont le souvenir est resté très net dans l’esprit grec et qui, descendus
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à travers l’Hellespont des régions de la Thrace, ont occupé tout le district montagneux intermédiaire entre le plateau central et les vallées côtières de T Anatolie. Ensuite la société Lydienne, dans laquelle je comprends pour abréger les populations Lyciennes, Lélèges, Cariennes, dont l’origine et la nature ethnique nous sont encore inconnues ; plusieurs siècles après leur arrivée et leur installation dans les grandes vallées fertiles qui s’ouvrent sur la mer Egée, elles sont entrées, sous les dynasties des Héraclides et des Mermnades, à l’époque des Rois Candaule, Gygès, Crésus, en contact direct avec les colons hellènes, qui les tenaient pour une grande puissance commerciale et pour le grand intermédiaire entre le monde asiatique et la Méditerranée. Enfin vers la fin de cette période, au VII e siècle avant J.-C. descend des plateaux de l’Iran la grande puissance des Mèdes et des Perses, qui détruit la monarchie Lydienne et à peine un siècle plus tard subjuguera la colonie ionienne et menacera gravement le développement de la civilisation grecque en Europe.
Le second groupe de populations qui nous intéresse est celui qu’on désigne le plus généralement sous le nom de population égéenne. 1 Vous connais-
1 II n’entre pas dans mon intension d’épuiser la liste de tous les facteurs ethniques qui entrent en ligne. Je dois cependant ajouter
sez, et je vous ai rappelé Tan dernier, les découvertes mémorables de Schliemann dans le dernier quart du XIX e siècle, et celles qui se poursuivent en Crète et dans la Méditerranée depuis 1900 1 , pour ne parler que des plus célèbres ; elles ont lancé dans le monde un grand facteur historique nouveau : l’existence d’une importante civilisation, dont l’origine locale et indépendante se laisse poursuivre en Crète et dans les îles avoisinantes jusqu’à l’époque paléolithique, atteignant son apogée vers le XVIII e siècle avant notre ère, à l’époque du deuxième palais de Knossos. Sa puissance s’étend sur la plus grande partie de la Méditerranée et de ses côtes, de l’Asie jusqu’au sud de l’Espagne, de l’Egypte aux Balkans, pénètre toute la péninsule de la Grèce continentale et comprend ces vieux habitants autochtones, les Pélasges, dont les Grecs ont fait leurs ancêtres.
Cette civilisation brillante et originale, quoiqu’elle n’ait pas été sans recevoir et transformer des influences environnantes, notamment celle de l’Egypte, décline à partir du XV e siècle pour suc-
les Phéniciens qui depuis le XVI* siècle avant J.-C. ont joué un rôle, mais dont l’influence semble avoir été très exagérée. L’influence Egyptienne ne parait pas importante non plus, jusqu’ici, dans la préhistoire anatolienne.
1 R. Dussaud, les Civilisations préhelléniques dans le bassin de la mer Egée, Paris, Geuthner 1910.
comber vers le XII e , sous l'envahissement des peuples dont j’ai maintenant à vous parler et qui, descendus du nord à travers la chaîne des Balkans, ont apporté avec eux aux populations méditerranéennes de l’âge du bronze le fer, dont l’usage ne paraît pas avoir été connu d’elles jusqu’alors.
On a souvent représenté ces populations septentrionales comme tout à fait barbares et sauvages. Mais les fouilles qui ont été faites en Bosnie, en Roumanie, dans toute la région Danubienne, ont montré, dans la large bande du continent qui s’étend des confins de l’Autriche jusqu’aux rives de la mer Noire, l’existence de stations des époques néolithique, du bronze et du premier âge du fer (période Hallstatienne) 1 qui témoignent d’un certain avancement hors de la barbarie. Aucune des migrations de peuples barbares septentrionaux, qui pendant de longues périodes sont descendus des plaines de la Russie, n’ont pu pénétrer dans les Balkans sans passer à travers cette culture Danubienne et en retenir quelque chose. C’est sans doute du mélange de ces populations Nordiques avec les populations Danubiennes qu’ont été faites au premier âge du fer ces hordes d’envahisseurs
1 J. Déchelette, Manuel d’archéologie préhistorique, Paris, Picard. J. Deniker, Les races et les peuples de la Terre, Paris, Schleicher 1900. J. de Morgan, Les premières civilisations, Paris, Leroux 1909.
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qui, suivant les époques, par infiltrations lentes ou par invasions violentes, ont pénétré par la Thessalie dans la Grèce, dans le Péloponnèse et jusqu’en Crète. Toutes ces bandes d’immigrants septentrionaux ont infusé un sang nouveau à la vieille société égéenne en déclin et c’est de cette infusion, de la renaissance déterminée par cet élément nouveau, qu’est née la grande civilisation hellénique.
Il nous reste à dire quels ont été les rapports de ces deux derniers groupes avec le premier et dans quelles conditions la civilisation hellénique à commencé de se produire, à ce contact, sur les côtes de l’Asie Mineure.
Pour ce qui est des rapports de la civilisation Egéenne avec les populations Asiatiques, les renseignements que donnent les textes sont assez vagues et affectent souvent la forme légendaire. Les fouilles ne sont pas assez nombreuses jusqu’ici et n’ont pas été généralement poussées, au point de vue qui nous occupe, assez profondément, pour atteindre les couches profondes des premiers établissements de populations. Celles qui ont été faites n’ont guère donné que des résultats négatifs. Des fragments d’objets et de poteries égéens, remontant pour la plupart tout à fait à la fin de l’époque du bronze, ont été trouvés en trois points seulement du continent, assez abondants à Troie, très rares
à Pergame, à Milet et en un point de l'ile de Rhodes. Certains archéologues en ont conclu que la civilisation égéenne avait été empêchée de prendre pied sur les côtes par l’une des puissantes monarchies qui dominaient l’Asie, la monarchie Hittite. 1 Mais des relations commerciales Se sont certainement établies entre les deux groupes de populations et, après le déclin des Hittites, il est probable que, sous la pression des peuples du nord, des bandes de Crétois sont venues s’installer, ainsi qu’en témoignent certains textes, sur la partie méridionale de la côte, notamment à Ephèse, à Priène et à Milet, avant l’arrivée des émigrants de la Grèce continentale.
C’est avec ce dernier mouvement d’émigrants que se clôt la période qui nous occupe. Des bandes de colons venus de Grèce, sous la pression des envahisseurs du nord, se sont alors portées sur les côtes d’Asie et y ont développé, entre le XII e et le IX e siècle avant notre ère, les premiers éléments de la civilisation hellénique. Il est difficile de distinguer, dans l’état actuel des connaissances, la nature de ces tribus de colons et l’ordre dans lequel elles ont émigré. On distingue généralement trois
1 D. G. Hogarth Ionia and the East, Oxford Clarendon Press z909. Contra: A. J. Reinach dans Rev. des Et. grecques, T. XXII, p. 236.
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groupes principaux : le groupe éolien-achéen, le plus ancien probablement, qui s’est établi dans la partie septentrionale des côtes et auquel se rattachent les souvenirs de la guerre de Troie ; il y a rencontré une résistance assez vive et après la conquête est resté plus rude et isolé de la grande civilisation ; puis le groupe ionien, celui qui intéresse le plus notre sujet, qui a occupé la région la plus riante et la plus fertile, l’ancienne Lydie, depuis la latitude de Smyrne jusqu’aux confins de la Carie; il y a trouvé des populations adoucies, d’une civilisation déjà avancée, et y a développé le grand centre de commerce, d’art et d’intelligence, dont nous aurons à parler ; enfin, en dernier lieu, le groupe dorien qui, après avoir envahi le Péloponnèse, est descendu jusqu’en Crète, mais dont l’influence est plus faible sur les côtes de l’Asie.
L’émigration ionienne était déjà une population très mélangée 1 avant d’avoir quitté la Grèce. La plus grande partie était originaire de l’Attique, où elle avait longtemps séjourné, mais la proportion entre l’élément égéen primitif et les éléments septentrionaux y est difficile à déterminer. Elle
i Hérodote I, 146 : “ Ces Ioniens sont un mélange de Myniens “ Orchoméniens, de Cadméens, de Dry opes, d’une portion de Phoci- “ diens, de Molosses, d’Arcadiens Pélasges, de Doriens Epidauriens “ et de plusieurs autres nations. ”
se produit vers le XI e siècle, dans des conditions que nous aurons à préciser, repousse les anciennes populations asiatiques ou se mélange avec elles, atteint bientôt une très brillante civilisation, établit à son tour de nombreux comptoirs, fonde d’importantes colonies en Sicile, en Italie et jusqu’à Marseille, apporte enfin au monde le fruit le plus précieux de l’imagination et du sentiment : la poésie et l’art grecs, en même temps que les premiers éléments de la pensée et de la science.
La succession des événements, dont l’Asie Mineure est le théâtre à partir de ce moment, est présente à tous, j’en rappelle seulement les très grandes phases.
La puissance des Perses devient oppressive et envahissante au cours du VI e siècle ; en 494 elle balaye finalement toute la civilisation grecque des côtes d’Asie et peu s’en faut qu’elle ne compromette avec la Grèce la civilisation toute entière. Après Salamine, Platées, Mycale, les Grecs du continent, surtout les Athéniens, reprennent l’empire de la mer. Les colonies grecques d’Asie restaurées entrent dans la grande confédération maritime que préside Athènes, la confédération de Délos. Puis quand, à la fin du V e siècle, Sparte est victorieuse d’Athènes, elles se tournent vers Sparte. Un moment, au début du IV e siècle, elles rentrent
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sous la domination persane : c’est l’époque de la grande randonnée de Xénophon à travers l’Asie, l'expédition et la retraite des Dix mille. Au milieu du IV e siècle, elles font partie des conquêtes d'Alexandre, qui poursuit sur les rives du Tigre et de l’Euphrate jusqu’au seuil de l'Inde son étonnante aventure. Après la mort d'Alexandre ses conquêtes se morcellent entre ses généraux, d’abord les Diadoques, puis leurs descendants les Epigones; des royaumes se font et se défont, s'édifient et s'écroulent. C'est l'époque hellénistique, jusqu’à ce que les Romains, qui pénètrent en Asie Mineure au début du II e siècle, réduisent, en 129 avant notre ère, l'Asie en province.
Bientôt apparaît avec St Paul la communauté chrétienne d'Ephèse, puis celle de St Jean, et le christianisme s'étend, avec les sept Eglises anatoliennes de l'Apocalypse, dans un milieu très préparé pour le propager, par son mélange avec les cultes grecs-orientaux; il s'y charge, en même temps qu'à Alexandrie, de croyances, peut-être même de rites, en tous cas d'une masse d'idées grecques, qui seront le fondement de sa dogmatique. C'est l'époque des conciles d'Asie, des hérésies, de toutes les étranges discussions théologiques, produits de l'esprit grec anémié et en pleine décadence. En 330, Constantin transfère de Nicomédie à Byzance
la capitale de l’Asie et y fonde Constantinople. A la fin de ce siècle Théodose interdit les sacrifices, ordonne la fermeture et la destruction des temples du paganisme. Au commencement du V e siècle l’Empire d’Orient se sépare pour toujours de l’Empire d’Occident.
Enfin, peu à peu, s’infiltrent dans le monde byzantin de nouvelles populations nomades originaires du Turkestan, les Turcs Seldjoucides ; ils fondent en Asie Mineure, à partir du XI e siècle, un grand empire, qui se démembre à son tour et que réédifie une branche de même race les Turcs Ottomans ; ils détiennent toute la région depuis le commencement du XV e siècle.
Tel est l’écheveau compliqué, encore mal débrouillé, des éléments ethniques et des faits historiques qui se sont enchevêtrés dans cette région ; nulle part, a écrit un historien, <c tant d’histoire ne s’est pressée en un espace si limité. ” Dans ce mouvant creuset s’est formé, à la fin du VII e siècle, dans sa pureté, le génie grec ; entre la fin du IV e siècle et notre ère il s’y répand hors de lui-même, conquiert le monde et de grec qu’il était, non sans perdre de son originalité, devient universel. Enfin, dans la confusion des éléments qui s’y agitent, prend naissance, mélange d’idées helléniques et de sentiments orientaux, le christianisme, qui, au
cours des deux premiers siècles de notre ère, y forme peu à peu les fondements essentiels et définitifs de sa dogmatique et de son culte. Tels sont les trois grands sommets qui émergent de cette confusion, quand on la contemple de loin, à vol d’oiseau, et qui domineront les faits de détail dont nous aurons à parler.
De l’aspect géographique de la région qui nous intéresse, je ne dirai qu’un mot. Au centre de la péninsule est un vaste plateau, d’où se détachent en éventail une série de chaînes de montagnes, entre lesquelles se creusent, jusqu’aux rivages profondément découpés par la mer, de vastes vallées copieusement arrosées par de larges fleuves.
Dans la région où nous nous arrêterons, ces chaînes se dirigent assez régulièrement de l’est vers l’ouest, et entre leurs sommets arides et lumineux s’étalent quatre grandes vallées ; la première, au nord, par laquelle nous commencerons, aux confins méridionaux de l’ancienne Mysie, est la vallée du Caïcos où, à quelques kilomètres de la mer, nous nous arrêterons devant Pergame ; puis parallèlement la grande vallée de l’Hermos, qui aboutit dans un golfe profond à Smyrne ; au Sud de Smyrne se creuse, moins profondément vers l’intérieur et, plus étroite, la vallée du Caystros que commandait sur la côte l’ancienne Ephèse ;
enfin, séparée d’elle par la grande chaîne de l'ancien Mont Mycale, que nous contournerons à l'est, l'immense vallée du Méandre, qui venait déboucher sur la côte en face de la presqu’île de Milet, d'où nous atteindrons, à quelques kilomètres dans la montagne Carienne, le fameux sanctuaire de Didymes. Toute cette région, la plus riche, la plus fertile de l’Asie Mineure, est couverte de plantations de figuiers et de céréales, de châtaigneraies, de platanes, de bois de chênes ; ses hauts rideaux de peupliers évoquent certaines grandes vallées de la France plutôt que des paysages exotiques : c'est l'ancienne Lydie que pour sa richesse tant de royaumes se sont disputée. Au sud de Milet s'étend un district plus aride de montagnes et de collines enchevêtrées, l'ancienne Carie, qui étend vers la mer les presqu’îles aiguës d’Halicarnasse et de Cnide. Après Milet, pour terminer, nous pousserons jusqu’à quelques trois cents kilomètres vers l'intérieur, remontant le cours du Méandre et de son afHuent le Lycos jusqu’à Hiérapolis, au seuil de la région montagneuse et plus sauvage de l'ancienne Phrygie.