SCÈNE SEl^TIÈME
VINCENETTE, suppliante.
0 Madame!... Madame
MARCELLE
Si ta mère eût vécu, pauvre âme à l'abandon. Ah! jamais tu n'aurais eu besoin de pardon,
Oui, quand dès le berceau notre mère nous quitte. C'est notre ange gardien qui part I
HARCELLE
Pauvre petite
Sans mère, est-ce possible, un enfant au berceau ? La vôtre de ses mains broda voire trousseau ! Ah! comme sous leur garde on doit se sentir forte! Moi, je ne marchais pas que ma mère était morte ! Mon père m'a chérie autant qu'on peut chérir; Sur mes chagrins d'enfant je l'ai vu s'attendrir... Et pourtant!... devant lui, je demeurais conti-ainte! Je l'aime et je le crains ! Je ne l'aurais pas crainte Elle !... elle aurait surpris le danger dans mes yeux Et je serais sans tache et Hère sous les cieux l
MARCELLE
Quel piège inventa donc Sylvain ?
Ah Dieu ! que sais-je?
n m'a dit qu'il m'aimait ; ce fut là tout son piège ! Accusez-le, c'est juste. Accusez sa douceur. Le charme de sa voix, la bonté de son cœur !... Un jour, à la saulaie, — on était au dimanche — Il m'aborda, tenant aux doigts une pervenche Qu'il s'en vint doucement glisser dans mes cheveux ! J'y crus voir un caprice et c'étaient ses aveux ! Il en cueillit une autre et puis une autre encore Et dix et cent ! et, comme un autel qu'on décore, Il me parait le front, m'enguirlandait le cou, M'ornait l'épaule, et moi je disais : Il est fou ! Mais lui, joignant les mains : Oh ! la belle madone !
Se cachant la tète dans les mains.
Une madone, moi !... Le bon Dieu lui pardonne ! Oui, mon cœur s'est livré sans même être assailli ! Ah ! tenez, je mentais! J'aurais toujours failli !
MARCELLE
Quoi ! le cœur le plus pur peut craindre une surprise, Et fort et tout-puissant contre ce qu'il méprise Devant ce qu'il admire il se sent désarmé ?
Ah ! vous le savez bien, si vous avez aimé !
Mais non ! pardonnez-moi de juger sur moi-môme
Une sainte !...
Eo laissant roloint)er aux pieds de Marcello.
Je suis sans force, moi !... Je l'aime 1 Il est toute ma vie I 11 est toute ma foi !,..