‹ Vincenette; drame en un acte en versChapitre 30 sur 31 · T II 0 M É · texte numérisé non relu

T II 0 M É

Parbleu !

Eh bien ! je pars aussi !

Dieu lui pardonne!...

MAUCELLE.

Mon enfant, calme-loi !

SYLVAIN

Non!

De» faucheurs pissent au fond du tlit.Hre. Sylvain court et les arrête du geste.

Faucheurs, entrez tous! et trinquez avec moi!

Avec émulion.

Moi, je bois à la Crau que mon pied foule encore Et dont je serai loin à la prochaine aurore !

MARCELLE

Mon fils!

Claude iiaralU

SYLVAIN

Je bois à vous pour la dcrnièro fois.

Vignes de nos coteaux, oliviers de nos bois, Sol nourricier que j'ai meurtri!... que je révôi-e!

CLAUDE

Sylvain!... Je te ferai raison! remplis mon verre!

Aux faucheuis.

Amis, vous avez eu des maîtres bienfaisants ;

Qu'ils aient en vous des Ois gardiens de leurs vieux ans !

Car mon fils m'abandonne!...

A Sylvain.

Ainsi j'aurai sans trêve Sué, peiné, souflert pour qu'un seul jour m'enlève Le fruit de quarante ans de travail assidu ? La terre a pris mon sang ! ce qu'elle m'a rendu En sève, en abondance, en moissons, en récolles, Ingrat, je l'cnlassais pour loi qui le révoltes ! C'est pour loi que j'étais avare de ces biens Et j'en sevrais mes jours pour en combler les tiens 1 ... Et tu pars ! et voilà ma richesse inutile ! Et cet aride sol que j'ai rendu fertile, Ces plaines de cailloux dont j'ai fait des vergers Vont livrer leurs trésors à des bras étrangers ! Tu pars!... c'est bien, va-t'en ! je n'y mets point d'obstacle! Mais je le veux d'abord donner un beau spectacle !

A quelques fiiucheurs.

Simon! Jacques! Vincent! un homme à chaque bout De ma vigne ! et qu'on pioche ! et qu'on arrache tout! Je n'y veux point trouver une pousse épargnée! Andrès 1 Pierre I Cauvin ! En avant la cognée ! A bas tout le verger ! frappez à. tour de bras ! Ferme ! A bas les mûriers ! les oliviers à bas !

SCr.X!' NEUVii-ME 43

A bas tout ce qui germe et tout ce qui verdoie I

A Sylvain, saisib'sant une puignèe de paille.

Moi, je m'en vais au mas taire un grand feu de joie ! Je relais le désert ! va! pars! tu peux courir!

THOMÉ, se jetant devant lui.

Claude !

VINCENETTE, courant vers Claude.

Ah!

S'arrelant et su retournant vers Sylvain.

Je le défends de les faire souffrir.

Je pars ! adieu ! j'ai toi dans la piti6 céleste, filais il faut la gagner!

Sylvain fait luiue de partir.

HARCËLLIC.

Tu vas partir?...

SYLVAIN, b'arrolaut, subjugua par le regard de Vinccnetle.

Je reste !

VINCENETTE, ft Clau :c.

Vous le voyez, Monsieur, nous n'étions pas mauvais.

Sur un mouvement de Claude.

Oh! ne me chassez pas!... Je m'en vais ! Je m'en vais!

THOMÉ, durement.

Viens !

CLAUDE, ajjrès uue hésitauoii, u Viiicenelle.

Où vas-tu ?

Que sais-jo ? au hasard de la route.

4i VINCENETTE

CLAUDE

Quoi ! sans travail? Sans pain?

VINCENETTE, avec un sourire amer.

Que VOUS importe?

CLAUDE

Écoute !

THOMÉ

Pas de pitié, de grâce !

Ailleurs nous trouverons Du travail sans reproche et du pain sans affronts !

MARCELLE

Est-ce tout? et l'cnfiint?

Elle 8'arrêle.

SYLVAIN, se levant.

A Tliomft et anx faucheurs.

Oui! l'enfant!... qui va naître!

Hourement gi''nftral.

Ah! par exemple!... Dieu sait bien l s roconnaîlrc

Les pauvres cht'^rubins qu'on no reconnaît pas!

C'est lui qui vers la crèche achemine nos pas !

et, fussé-je de tous maudite et condamnée,

De mon père irrilé fuss6-jo abandonnée,

Sur le boni du chemin, c'est lui, ce Diou vivant

Qui dans ses bras ouverts recevra mon enfant!

Page 1