EE ER
lac des Esclaves, pour y donner une Mission. Le plus beau succès couronna cette entreprise. Les différentes tribus qui visitent ce poste et qui soupiraientdepuis longtemps après l’arrivée de l’homme de la prière, rivalisèrent de zèle et de bon vouloir. Vraiment, c'est chose admirable que les dispositions des peuplades indiennes qui n’ont pas cncore abusé de la grâcs. Jomme il fait bon alors d’être Missionnaire ! La besogne pourtant est fatigante ; le jour ne suffit pas à leur zèle : il faut y congacrer une partie des nuits ; les malheureux ne sont jamais assez proche de l’envoyé de Dieu ; on sent que c'est le même Evangile qui pressait le peuple juif autour du premier Missionnaire. C’est encore la même puissance de la grâce, le même attrait des cœurs droits. Sicut misit me Pater, et ego mitto vos. En effet, comment, sans cette mission divine, comprendre l'effet produit par un missionnaire au milieu d'un peuple grossier et barbare ? La croix sur la poitrine, le bréviaire à la main, la vérité sur les lèvres, il parle de Dieu. Tous sentent qu'il n’est pas un homme ordinaire ; il ne veut point flatter et il captive ; il demande des sacrifices, la grâce les facilite ; il commande, il défend ; on ne le connaît pas et on lui obéit. Souvent il ignore, plus souvent encore il ne fait que balbutier l’idiome dans lequel il explique des vérités au-dessus de la raison, même éclairée, et il semble que les mystères perdent de leur obscurité, et que ces intelligences incultes y voient plus clair que celles qui sont favorisées de tous les raffinements de la science ! Pour croire à la divinité de la foi, il suffit de voir un pauvre Missionnaire au milieu des pauvres sauvages.
De retour à Athabaskaw, après avoir goûté les abondantes consolations de son ministère, le P. Faraud éprouva une autre jouissance bien sensible. Seul depuis plus de deux ans, il vit arriver ati mois d'octobre le P. Henri Grollier, dont le rèle admirable nous a tant édifiés et consolés pendant près de douze ans.
Le même automne, les bons PP. Rémas et Végreville, avec le courageux Fr. Alexis Raynard, rejoignaient, à Saint-Boniface, le KR. P. Bermond. Ce dernier, qui avait toujours tant souffert de son isolement et de celui de ses confrères, nous écrivait à cette occasion avec la tournure d'esprit qui le caractérise, nous invi-
tant à nous réjouir parce que nous allions bientôt être en état de mettre des doublures partout. Notre divin Sauveur, qui, en appelant les siens les envoya deux à deux : cæpit eos miltere binos, connaissait bien la nécessité “ des doublures ; ” et dans ce pays, nous avons tous été assez simples pour ne pas tenir beaucoup aux unités.
À la fin de 1852, la Congrégation comptait huit Pères et deux frères convers dans le diocèse de Saint-Boniface. Malheureusement, la santé de l’un d’entre eux était bien altérée. Le P. Maisonneuve fut souffrant tout l’hiver ; l’excès du travail avait épuisé son tempérament.
Des courses nombreuses, des changements importants marquèrent l’année 1858. Dès le mois de janvier, le Vicaire de nos Missions se mit en route et allait promener Sa Grandeur au lac Vert, pour s’efforcer, en visitant des Cris qui viennent habituellement à l’Ile-à-la-Crosse, d'en gagner quelques autres au christianisme.
Au milieu de juillet, les Oblats de l’Ile-à-la-Crosse avaient le bonheur de recevoir le P. Végreville et le Fr Alexis Raynard. Ceux-ci étouffèrent en eux-mêmes une partie de la joie que causait leur arrivée en commuiquant la triste nouvelle dont ils étaient porteurs. Mgr J. N. Provencher, évêque de Saint-Boniface, était décédé le 7 juin, en son palais épiscopal.
Nous n’entreprendrons pas de redire les vertus ni les travaux de l’apôtre de la Rivière-Rouge : il faudrait écrire toute sa longue et noble carrière. A l'exemple de son divin Maitre, ‘“ il passa en faisant le bien, ” accumulant des trésors de mérites et de bonnes œuvres. Plus que jamais, nous croyons ce que nous écrivions alors : ‘“ Celui que nous regardons à juste titre comme notre père et notre modèle dans la carrière apostolique qu'il nous a ouverte, n’est plus. Trente-cinq ans d’apostolat, pendant trente et un desquels il fut revêtu de la dignité épiscopale, avaient mûri pour le ciel une vertu qui a tant fait de bien à cette terre barbare et sauvage, qu'il a arrosée de ses sueurs, et pour le bonheur de Îaquelle il à sacrifié tout ce qu'il avait et tout ce qu’il était. De trop justes regrets ont accompagné Mgr Provencher à sa dernière demeure.
“ Ce digne préiat était trop cher à son peuple pour n'être pas pleuré amèrement. Les protestants, en grand nombre dans ce pays, se sont joints à nous dans l'accomplissement de ce pénible devoir. Je crois qu'il n’est pas une seule bouche qui n'ait nn éloge pour la mémoire de celui dont la vertu aimait tant Re Le la retraite et le silence, et qui pourtant commandait le respect universel. ”
Mgr Provencher était doué de toutes les vertus chré-
‘tiennes et sacerdotales. Il exerça même toute sa vie à
la pratique des conseils évangéliques. Après son élévation à l’épiscopat, il resta pendant vingt-deux ans comme auxiliaire de l’évêque de Québec. Pendant tout ce temps il s’estima heureux de pouvoir pratiquer l’obérssance et nous avons été profondément touchés de la perfection avec laquelle il s’appliqua à étudier et à accomplir la
. volonté de l'ordinaire dans le diocèse duquel se trou-
vait la vaste étendue de pays confiée à ses soins.
Son amour de 1a pauvreté était admirable. Fatigué par l’âge et les infirmités, et encore obligé de voyager, nous l’exhortions à échanger une lourde charrette pour une voiture, non de luxe mais un peu plus douce. L'homme de Dieu nous fit la réponse suivarte digne d’un religieux bien parfait : ‘* Je me suis toujours fait une règle de ne rien dépenser pour mon bien-être personnel ; ce n’est pas à la veille de descendre dans la tombe que je veux renoncer à cette résolution dont j'attends tant de consolation à l’heure dernière.
L'humilité était,chez Mgr Provencher,une vertu peutêtre plus saillante encore que les autres ; il la poussa jusqu’à l’excès, si toutefois l'excès est possible. Il consentit souvent à supporter le mépris lorsque pourtant il y avait dans son esprit et dans son cœur de quoi prouver à ceux qui ne le connaissaient pas qu'il était digne de leur estime et de leur admiration. Îl disait lui-même en plaisantant : ‘“ On m'a souvent cru plus simple que je ne suis, et bien des fois j'ai ri sous cape de la naïveté de certaines gens qui ne me déguisaient pas assez l’opinion qu'ils avaient de moi. ” La bonté naturelle de son cœur se filicitait de n'avoir jamais volontairement fait de la peine à qui que ce soit. ‘“ Pourtant, ajouta-t-il en soupirant, Dieu m'a laissé la con{usion d’avoir souvent affigé les autres. ”
Je regret.e de ne pas avoir sous la main la lettre que m'écrivait le gouverneur général du pays, à l’occasion de la mort de Monseigneur de Saint-Boniface ; Sir George Simpson y fait le plus bel éloge possible de l'Evêque catholique. Cet éloge est d'autant plus précieux que l’auteur avait connu Mgr Provencher bien intimement, et que ses habitudes, autant que sa position
PEN Annee
PAIE 2m rm ED
= SRE ROMANE NN OR DE APN AR ENT IE re um green æ,
ne lui auraient pas permis de subir l'influence d’une vertu ordinaire (1).
(1) Voici la copie de l'original da la lettre marquée plus haut, écrite en anglais. # Nous ajoutons une traduction française.
Fort Garry, Red River, 30 June 1853,