‹ Vingt-cinq années de vie littéraireChapitre 96 sur 144 · I. Le Voyage de Sparte, p · texte numérisé non relu

I. Le Voyage de Sparte, p

a. Le Voyage de Sparte^ p. 21 3.

entières, jamais équivoques, ces grandes diversités rudes, qui s'étagent avec aisance depuis la zone des orangers jusqu'aux glaces étincelantes. Par quel jet de lyrisme rendre l'esprit qu'exhale cette masse brute ? C'est peutêtre une puissance analogue qu'a subie ma jeunesse toute neuve, le jour que, rejoignant au Sénat mon maître Leconte de Lisle, je le vis causer avec un petit homme dont je devinai, par un coup dans mon cœur, que c'était •Victor Hugo.

Le Taygète où brille, à travers l'épaisseur des rocs, une immense âme Spartiate nous enlève à la volupté triste et lascive de TEurotas...

0 fuite qui nous ébranle sans nous entraîner, de l'Eurotas roulant dans sa molle vallée vers Gythéion avec Hélène ! Ses méandres qui s'écoulent vers le golfe de Gythère, à l'heure où le soleil, glissé derrière la montagne, fait encore frémir le printemps, sont l'éternel tableau déchirant du départ de la volupté. A quarante ans, c'est Sparte où je veux me fixer. Sparte n'est point comme Venise une note de tendresse qui sonne au milieu du plaisir ; elle ne jette pas comme Tolède un ordre, un cri dans la bataille ; elle laisse Jérusalem gémir. Le Taygète entonne un péan.

Un cœur noyé de poésie, s'il connaît une fois cette virilité du mont sous lequel tressaille la plaine pécheresse, veut mourir pour un idéal. Sa volonté d'être un héros jaillit, claire et joyeuse. Rien désormais ne le contentera qu'un fier repos au sein de la cité, une mémoire bien assise et resplendissante.

Nulle hésitation, aucun tâtonnement. Sparte est toujours la dompteuse d'hommes. Trois couleurs fermes et bien mises lui suffisent pour diriger l'âme. Sparte n'a

point surgi du caprice d'un esprit systématique. Elle fut la création nécessaire du sol. C'est le paysage où le Taygète, avec un méprisant orgueil, se dresse par-dessus une plaine enivrante, qui dicta les fameuses institutions de Lycurgue.

Collines éternellement tragiques du rougeâtre Ménélaion, Enrôlas, qui fuis dans un désert de cailloux et de lauriers, cimes étincelantes du Taygète aux cinq doigts» quand le peuple, que vous avez formé pour qu'il fût votre âme agissante, depuis longtemps a disparu, vous continuez à disperser sur des pierrailles vos conseils. Les puissances naturelles qui portaient la patrie d'Hélène et de Lycurgue demeurent. Ces sublimes indifférentes igno rent l'histoire qu'elles encadrent, et, que la cité vive ou soit morte, elles continuent de parlera

.TOURNEES DE MULET DANS LE PELOPONESE

J'ai fait deux longs jours de mulet depuis les ruines de Phigalie, qu'on nomme encore Bassae, jusqu'aux fouilles d'Olympie. Quelle misère ! Quelle splendeur ! Quelle divine vie primitive ! Nous suivions les mêmes sentiers et le même régime frugal dont s'accommodèrent, d'âge en âge, les gens de ce fameux pays. Les images de cette course se sont dissipées aussi vite que les cris gutturaux de l'agoyate qui, derrière ma bête, criait : « Hourri... oxo... » Mais il me reste de ce petit effort animal la sensation d'un bain, d'une plongée dans la plus vieille civilisation.

Pour la visite du temple à' Apollon secourahle à Bassae,

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