INTRODUCTION
Les malades porteurs de lésions cancéreuses de la muqueuse bucco-pharyngo-laryngée se présentent en assez grand nombre à la clinique Oto-Rhino-Laryngologique de la Faculté de Médecine de Paris, dans le service de notre maître M. le Pr SeBiLEau, et maintes fois nous l’avons entendu, dans ses consultations, attirer l’attention de ses élèves, sur ce qu’il ne cesse d’ailleurs d'enseigner depuis de longues années, à savoir la quasi constance de la syphilis chez ces sujets porteurs d’épithéliomas des premières voies aéro-digestives.
Dans un chapitre réservé au diagnostic du cancer du larynx, inséré dans l’ouvrage intitulé ;« Diagnostic des principaux cancers » et publié sous la direction du P' HARTMANN, nous trouvons ainsi exprimées les idées de notre Maître.
« Depuis longtemps déjà, dit-il, je défends cette idée que le cancer de la langue ne se développe que sur des sujets syphilitiques. En effet, je ne suis pas loin de croire qu’il n’y a pas de cancer de la bouche sans leucoplasie préalable et qu’il n'y a pas de leucoplasie de la bouche sans syphilis antérieure ; ainsi, le cancer de la muqueuse buccale devient pour moi fonction lointaine de
la syphilis.
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Si chacun s’appliquait par un examen clinique minutieux, combiné à la prospection sérique, à découvrir les vestiges de la maladie passée, il n’y aurait pas beaucoup de chirurgiens pour penser autrement que moi.
J'ai le sentiment que les mêmes considérations étiologiques doivent s'appliquer au cancer du larynx.
Et cela est un malheur pour le diagnostic et le traitement de ce cancer du larynx,comme cela est un malheur pour le diagnostic et le traitement du cancer de la bouche.
Qu arrive-t-il en effet? appelé à se prononcer sur le diagnostic d’une affection naissante, qui ne se traduit tout d’abord par aucun des symptômes fondamentaux, qu'attribue justement la clinique à l'affection constituée, le praticien, qu’il s'agisse de la langue, de la joue, du pharynx ou du larynx, pense tout d’abord à la syphilis, ce en quoi ilse montre plein de sagesse ; il la recherche, la dépiste et finalement la découvre. Il la trouve toujours ou presque toujours, à l'exemple de M. le D: Ber- TRAND, qui a conclu des nombreux examens pratiqués par lui sur des cancéreux qu’à de rares exceptions près l'épreuve de Wassermann y est positive.
Sur cette révélation clinique, on institue le traitement antisyphilitique ; on le renforce, on s'y éternise. En ai-je vu, de ces pauvres cancéreux de la langue et du larynx ainsi plongés pendant des mois, même par des médecins illustres, dans la thérapeutique mercurielle, arsénicale ou bismuthée. Et pendant ce temps, la tumeur envahit la profondeur des tissus et s’étend en largeur. Oui, le sujet est syphilitique, mais chez lui la syphilis n'est plus rien : le cancer est tout ».
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