N« 7. — VERS
Marie de Valois, fille légitimée de Charles VU et d* Agnès Sorel,
à son époux le S^^f de Taillebourg.
Quoique heureuse d'avoir reçu de ses lettres et bonnes nouvelles, elle ne Teût pas laissé partir si elle se fût doutée d'une aussi longue absence; puis elle proteste n'avoir jamais montré ni dit à qui que ce soit chose devant lui déplaire.
A MONSSEIGNEUR.
Monsse% je me recommande à voustre bonne grâce tant et si henblement comme le puis.
El vous plaise asavoir, Monss»»", que j'é receu lez lettrez qu'y vous a pieu moy envoier, par Blanche Lame, dont tant henblement
comme je puis vous remercye; par les quellez lettrez j'é seu de
vous nouvelles, dont je suis très joyeuse, et encore ceroy ge plus
de vouslre venue, car c'et une chose que je désire tant que ne
porriez croire *. Mousser, je ne pansoye pas, quant vous partites
d'avecques moy, que vous eusyez faict sy longe demeurée ; car sy
je l'eusse seu je ne vous eusse pas lessé aler, sur ma foy.
Monssgf , de ce que vous me faictez mencion aur. darrenières de
vous lettrez, au jour de ma vye je ne montré ne ne diz, à homme
ne à dame quy soyt, chose qui vous deut desplaire; et aucy ceroi ge
bien marye de le faire. Monss»»", autre chose ne se que vous escripre
pour le présent ', fors que je prie au benoît filz de Dieu que vous
doinl ce que voustre ceur désire ; et aussy brief pusié vous estre de
pardeçà ce comme je le voudroys '.
Escript ce jeudy au soir.
La plus que voustre,
Marye de Valoys.
Lettre olographe.
* Ils s'étaient mariés le 25 novembre 1458.
* Avec l'orlhographe régularisée, nous avons imprimé cette lettre dans V Annuaire de la Société d'Émulation de la Vendée pour 1874, page 11. Quoique courte et à peine lisible, tant elle est effacée, nous l'avons choisie pour être textuellement reproduite dans le présent recueil, parce que, n'étant pas de la main de son secrétaire ordinaire, le sujet de la lettre et la manière dont elle est orthographiée autorisent à croire que c'est un véritable autographe de la charmante femme d'Olivier de Coëtivy.
* Voici quelques passages d'autres lettres de M"* de Taillebourg à son mari, sur ses trop longues absences :
« Et pleut à Dieu Mons»% que vous eussiez bien faict vous besoignes de pardelé, « et que fussiez à cest heur avecques moy, car il me samble, sy vous fy] ceriez, que « je ceroy plus saine et plus à mon aise que je ne suis. »
t Je espoire que bien brief vous serés de pardeçà; et non pas si tout comme je « voulisse, car je voudroés qui seroit plus tout anuyt que demain. »
t Sur ma foy, Mons", il me semble qu'il y a desjà plus de dix ans que partîtes « d'auvec moy, tant m'ennnye vostre alée que ne sariez croyre ny pencer. »
« Mons«', se j'estoys de ycy à demain à ceste heure à vous escrire, sy ne vous t sauroye dire la moictyé du grant désir que j'ay de vous veoir; et se n'estoit la « grant espérance que j'ay que en brief serez de pardeçà, je seroys la plus cour- « roussée que jamés fut femme. Je vous certiffie, Mons", qu'il me feust besoing ne « vous aymer pas tant fort que je foys, car dés que je vous ay pardu de veue de tous « les biens du monde je ne donne rien. »
Il VINGT LETTRES MISSIVES