A MONS^ LE CONTE DE TAILLEBOURG
Monsï" le conte de Taillebourg, je me recommande à vous tant comme je puis, vous advisant que j'ay tant fait par mes journées, pour m'en aler à Fronsac, que je suis arrivé en ce lieu de Saint
Jehan d'Angély et espère d'aler demain coucher à Coignac, pour veoir Mons' et Madame *. Et pour ce que j'ay amené ma feme jusques à Maigny *, auquel lieu je Tay laissée avec vosire seur, et qu'elle sera mardi ou mercredi audit Coignac, je me haste de passer mon chemin, afin que je lui face place quant elle arrivera audit Coignac, car je croy que vous ne me mescroiez point d'estre bon conduiseur
de dames.
El pour ce que je vous verroie voulentiers, je vous vouldroie bien prier, si ce ne vous estoit peine, que vous voulsissiez demain trouver audit Coignac, ou mardi, car je deslogeray mercredi pour m'en tirer mon chemin. Et si ce n'est la haste en quoy je suis, je feusse aie veoir Madamoiselle la contesse ' ; mais je vous prie que pour ce voyaige luy faites mon excuse et mes recommandations, ainsi que le saurez bien faire.
Priant à Dieu, Mons' le conte de Taillebourg, qu'il vous doint ce
que désirez.
Escript à Saint Jehan d'Angély, le xxv« jour de novembre.
Le tout vostre cousin,
Pierre de Rohan.
Letire signée.
No 10. — VERS 4513.
Jeanne de Tongrelou, épicière à Poitiers,
à Janot de Montléon, s' de Nerçay, maître d'hôtel de Gabrielle de
Bourbon, dame de La Trémoille.
Elle énumère les articles remis au commissionnaire du château de Thouars, en regrettant le mauvais état de l'un d'eux.
* Charles d'Orléans-Angoulême et sa femme Louise de Savoie, père et mère de François I" et de Marguerite, reine de Navarre. Charles était fils de Marguerite de Rohan, tante du maréchal de Gié.
« Magné près Niort, où demeurait Catherine de Coëtivy, sœur du comte de Taillebourg et veuve d'Antoine de Chourses.
» Voir une lettre d'elle, au n* 11.
A MONSIEUR LE MAISTRE d'oSTEL DE MADAME DE LA TRÉMOILLE,
A THOARS.
Monsi' le maistre, je me recommande à vous tant comme je puys.
Je vous envoyé dix pains de sucre, poisans ensemble, au pois de Thouars, iiij" livres iiij onces. Plus vous envoyé uij 1. de gingembre, en deulx pacquetz ; ij 1. canelle marchande, en ung pacquet, et une I. muscades en ung aultre pacquet, avecques une aulne salin turquin de Bruges, pour Madame; ensemble deulx douzaines fromages % dont en y a deulx gastez des chatz ou des ratz ; mais je les ay ainsi receus, comme vosire homme a veu en les deffaisant de la balle comme je les avoye receus. Je vous eusse envoyé cinq cent de sucre, mais je ne vous envoyé synon le contre pois des fromages, pource qu'ilz sentent fort ; mais par le premyer qui viendra je vous en envoyray ce qu'il vous en plaira.
Priant Noslre Seigneur vous donner ce que vostre cœur désire.
Chez vous, à Poictiers, par la toute vosire,
Jehanne de Tongrelou, veuve de Jehan Pelisson *.
Lettre olographe.
* lis venaient probablement des Pays-Bas, comme l'aune de satin turquin. On mangeait aussi à Thouars du froumaige Plesantin, probablement celui que nous nommons Parmesan, dont le dictionnaire de Littré ne fait remonter la consommation à Paris que vers la fin du règne de Louis XV.— V. Bulletin de la Société archéologique de Nantes, vol. 6, p. 234.
* Aussi l'appelait-on ordinairement la Pelissonne. Elle se remaria, avant 1516, avec Laurent Barrier, qualifié marchand à Poictiers, qui écrivait très-bien, et elle avait une fille mariée à Pierre Layné, de la main duquel est la présente lettre. On a aussi plusieurs quittances où sa signature est précédée des mots à la requesle de madicte beUe mère. Malgré ces deux circonstances il est assez difficile d'admettre que, chef d'une boutique importante et bien achalandée, la Pelissonne ne siit pas écrire. Elle exisuit encore en 1542, date à laquelle il fut constaté que la terre de Gençay, en Haut-Poilon, lui avait été, par défunt François de La Trémoille, baillée en assignation pour le paiement de ses fournitures. A la mort de Gabrielle de Bourbon, le receveur de cette même terre avait reçu l'ordre de payer à Laurent Barrier et à Jeanne Tongrelo, sa femme, la somme de 880 livres, à eux restant due sur les 1,080 1. dont ils avaient une cédule de la défunte.
No 11. — 1514 ou 1515.
Jeanne d^ Orléans- Angouléme, veuve du comte de TaUlebourg,
à Christophe de Coëtivy, s' de Fenioux, son maître d'hôtel
ou secrétaire.
Elle lui donne de nombreuses commissions, pour ses parents et amis de la cour, ainsi que sur les sujets les plus divers. Comme celles des années 1493 et 1494 que nous avons publiées, avec divers détails, dans le Bulletin de la Société archéologique de Nantes pour 1873, pages 40-42, la lettre suivante prouve que la tante de François 1er était une femme non-seulement économe et énergique, mais aussi judicieuse qu'instruite. Plus hardie qu'élégante, sa signature explique le passage suivant d'une lettre adressée à M— de La Trémoille, mère de son gendre le prince de Talmond,par un des officiers de celle-ci : De madicte dame de TaUlebourg y elle m"a dit qu'elle vous escripvit hier, et qu'elle vous escripra,- mais que à présent n'avoit clerc pour vous escripre.
On trouvera, en note, des renseignements sur les personnages nommés
dans sa lettre.
A MONSIEUR DE FÈNIOUX *.
Mons' de Fenioux, je vous adverlis que Noël est arrivé d'Amboyse, qui m'a apporté lettres de madame ma seur ', où n'y avoitque trois ou quatre lignes parceque n'avoitencores receu ce que luy escrivoye par madamoiselle de Thenye ', et ne faisoit que seulement me mercier des chancres et huylres que je luy avoye envoyez. Au regard de mon compère de \illebé ^ il ne me mandoit riens de nouveau, car encores n'estoit rien survenu des Suysses et Anglois ; et vint mon présent si bien à propos qu'elle ne faisoit que arriver de Romo-
• Bâurd de Christophe de Coétivy. frère d'Olivier, il avait été légitimé en
> Loaise de Savoie, veuve de Charles, comte d*Angoulêrae. et mère de François 1".
5 Françoise de Marconnay, femme du gouverneur d'Amboise, Antoine Foucher, seigneur de Thenye, qui est actuellement une simple ferme de la commune de Saint- G rmain de Prinçay, canton de Chanlonnay (Vendée).
'4 Je n'ai trouvé aucun renseignement sur lui.
rentin S et aussi mons^ d'Alençon « de son cartier. J'escrips Unt à elle que' à madame ma niepce, aussi à ma niepce de Givry » et à mondit compère, pareillement à madamoiselle de Thenye, à mons' de Rochefort * et à maistre Bernardin, ausquelz baillerez mes lettres en leur faisant mes recommandations.
Au surplus, monsr de Fenioux, ces lettres receues parUrez le lendemain, affin de bonne heure savoir de madicte dame ce que j'ay à faire- et que ce soit en façon qu'elle ne puisse penser que n'aye bon vouloir de la veoir et luy obéir, mais du tout veulx bien user par son conseil. Ouvrez les lettres que escrips à tous et les voyez-,
et après les cyrez *.
Mons' de Fenioux, au partir d'Amboise passerez par Tours; et entre autres choses parlerez à Martin % qui a encores le livre que 4e curé me presta, affin de l'apporter; car il n'en fait plus riens, sinon qu'il voulsist parachever ce qu'il a commencé, car vous savez qu'il n'en reste guères. Advisez combien il a eu dessus son marché et ce qui reste, car s'il vous promet de le parachever en quelque temps dit, et qu'il vous en donnast plege, luy pourrez donner quelque pou d'avance sur ledit marché.
t Dans le Blaisois, aujourd'hui département de Loir-et-Cher.
« Charles, duc d'Alençon. avait épousé, en 1509. Marguerite, fille unique du comte d'Angoulême. Veuve, sans enfants, en 1524, elle se remaria au commencement de 1 526 avec Henri II, roi de Navarre.
» Jeanne bâurde de Charles, comte d'Angoulême. légitimée par Louis XII. Veuve de Jean Aubin, seigneur de Malicorne. eUe se remaria avee Jean de Lo»W. se-gneur de Givry Leur seconde «lie, J.queline. première femme de Loms II de Bourbon- MoDlpensier. tut n.Umment mère de Charlotte, abbesse de Jouarre. puis princesse
■''"Teu'-être Jean de Rochefort . dont le père. Guy de Rochefort et >'onde. Gmllaume de Rochefort. avaient été chanceliers de France ; et la mère. Marie Chambellan gouveruanle de Claude de France, fille ainèe de LouisXII. Dans le personnage quisuit nous ne pouvons voir le c«pi(aine de mer, messire Bernardin souvent nommé à côT^Indré Doria. dans les chroniques du règne de François I"; le titre de m««<re semble plutôt désigner un médecin.
» C*est-<Wire: cachelez-les à la cire.
. Probablement un écrivain et enlumineur, par lequel Jeanne d'Angoulême avait fait copier un manuscrit appartenant au curé de Taillebourg. Martin n «^P»^ "''";"* dans le trêMavant et intéressant volume de M. Grandmaison sur les ArU en lou-
. raine.