‹ Vingt lettres missives originales et inédites du Chartrier de Thowars (1282-1635) [microform]Chapitre 23 sur 29 · A MADAME DE LA TRYMOUILLE, DUCHESSE DE TOUHARS, A PARIS · texte numérisé non relu

A MADAME DE LA TRYMOUILLE, DUCHESSE DE TOUHARS, A PARIS

Madame, je fus fort marrye, la semayne passée, que j'etlois à

« Veuve de Jean de la Rochefalon. s" de Saveilles, elle élait remariée avec Gabriel de Polignac, s" de Saint-Germain, député général des Eglises réformées, qu'elle désigne plus bas sous le surnom de Barbare. Ils n'eurent qu'une fille, auteur de la lettre N* 18. Elle avait donné de nombreux témoignages de dévouement à M- de la Trémoille. lors de la mort de son mar et des maladies de ses enfants*

DU CHARTRIER DE THeUARS

Sauraur, que je ne vous pus escrire par mous' de La Milletière % qu'on me dist quy vous alloit trouver; mais g'y arrivay tart et il partit matin, de sorte que cette commodyté s'eschapa de moy, et aussy que je l'estymay trop plus que sufTysant pour vous récyter tout ce qu'il avoit veu là.

Vous aurez donc aprins de luy comme cette pauvre famme % après avoir bien pleuré son fils, l'est enfin allé trouver ; à quoy, quant s'a esté au fait et au prandre, encore a-elle trouvé cette sanlance estrange, quy luy fut prononcée par son mary mesme, et à laquelle, après y avoir ung peu penssé, elle se résollut très bien et mourut fort constammant et crétyennemant. EU'est très heureuse, et plus à faire envye que pytyé, car ell'a payé une dette diffycille, et de laquelle néanlmoins il se fault acquitter; et c'est aussy ce qu'elle dist à son mary en mourant : « Que tout le bien estoit en sa part d'elle, et tout le mauvais en la sienne de lui. » Il est fort changé et en porte ung grant ennuy, qu'il suporte touttefois comme doit ung homme de sa sorte, et quy a fait le lyvre de la Véryté de la relygyon crétyenne, le Trelté de la vye et de la mort *, et aultres qui tesmongnent les provysions que de longue main il a faittes pour le

mauvais temps.

Cette pauvre femme c'est trouvée merveilleusement gastée dans le corps, et estoit impossible qu'elle vesquit davantage ; et en- Ir'autre chose, la grande quanlyté de remaydes dont ell'avoit husé luy avoit tellemant gasté et husé les boyos qu'il se perssoint d'eux mesmes aussylost qu'on y louchoit, et estoint presque tous ulsérez. A la véryté c'est là une très mauvayse accoutumance. Au surplus j'estime que le s' de La Mylletyère vous aura dit, ce qu'on luy

* Ignace Bracbet, s' de la Milletière, maître des Requêtes, dont le fils, Théophile, fut un controversisle ardent et peu judicieux.

a Charlotte Arbalcsle, veuve de Nicolas de Pas-Feuquières et remariée à Philippe de Mornay, s" du Plessis-Marly , a laissé des Mémoires très- importants, dont la dernière édition, donnée en 1868 par M- de Witt, laisse à désirer. Leur seul et très-digne fils, Philippe. s«' de Bauves, avait été tué le 23 octobre 1605 à la guerre des Pays-Bas. Sa more mourut, le 15 mai suivant, à Saumur, dont M. du Plessis était gouverneur. Il avait alors 57 ans, et elle 55.

3 Voir la liste de ses Urès-uombreux ouvrages.

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dit pour vous dyre, quy c'eltoil dit dans le cabynet du Roy. Sy cela est, vous en aurez vent ou nouvelles ; mais cela n'est ryen.

Les occasyons désirées de sy longue main sont à présant en Testât qu'il faut, pour accomplir les souhaits quy lors esloinl tentations, et à présent seront sancliffîcations. La place est déguerpye, il n'y a plus d'ostacle : vous jouyrez des lyvres et de l'auteur, et quy plus est aurez les fyolles et les boistes de la défuncle pour guérir la mellancollye *; à quoy aussy celuy qu'elle vous a lessé ne nuyra pas à vous en soullager *. De vostre parolle vous souvyenne, Madame; vous savez ce que vous m'avez autrefois dyl ! J'estyme que vos pryères et vos oraysons sont montées jusques au ciel, quy ont bien aydé à percer les boyos à cette pauvre famme, qui ayant quitté la place, elle ne doit pas demeurer déserte. Résolvez vous donc, puisque vous avez perdu la médecine, de prendre le médecin ; et

cela fait adyeu syas la ratte et la mère : tout cela s'en ira au vant.

« On lit dans nne lettre, sans date, de M" du Plessis-Mornay à M- de La Trémoille :

« Je sois bien en pêne, et 1res marrie, de rindisposiiion qne me mandés avoir

• heue. J'estime qui vous est nécésaire de vous purger une fois ou deux le mois de « quelque légère purgalion ; et en attendant que le médecin en henst ordonné el « que le tans fust propre, qui ne peut estre, à cause de la gelée, qu'au beau temps, « j'eslime que le cirot de Sabor et le cirot de chicorée composé de rubarbe vous

• soulageroit. Je vous envoyé aussy la rccepte du cirot dont j'use deux fois le t mois : vous le ferets, sy vous plaisl, consulter à vostre médecin sy vous seroit t propre; quant au cirot de Sabor, il vous faut une once, et autant de celuy de « chicorée. »

Le 31 mai 1606, le gouverneur du jeune duc de La Trémoille (nommé Du Plessis du Bellay) écrivait à la duchesse :

€ Est fort à craindre que la multitude des médicaments ne vous soit de grand . préjudice. On a trouvé à madame Du Plessis l'estomac tout uzé, à force d'en € prandre. J'ay veu monsieur Du Plessis, auquel j'ay tesmoigné, tant qu'il m'a esté » possible, le desplaisir que vous avez de sa perle, à quoy je l'ay trouvé fort résolu, t et ce portant vertueusement. »

» Il est probable que, pressée de se remarier, la jolie et spirituelle veuve de 26 ans avait répondu, à M" de Saint-Germain et autres présentateurs, ne pouvoir s'y décider qu'en faveur d'un second Du Plessis-Mornay. Tons les prétendants à sa main furent écartés. Fidèle à là mémoire du brave et loyal époux qui l'adorait, elle se dévoua à l'éducation de leurs enfants, et mourut en 1631, ayant marié son fils aîné, Henry, à M"* de Bouillon l'ainée, Marie de La Tour, et sa digne fille, Charlotte, à James Sunley, depuis comte de Derby.

DU CHARTRIER ÔE THOUAHS 38

Madame, vous pencerez que je suis folle, mais je vous assure que vous en estes cause, car vous m'avez dyt des follyes là dessus quy m'ont fait grand tort : car me les remémorant, elles m'ont donné envye de ryre lors presque qu'il falloit pleurer ; et qui plus esr, je ne voudrois pour rien du monde que vous sussyez mes ymaginations et estre auprès de vous, car tant que vous auryez ongles au doits vous ne me lesseryez peau entière. Voyllà ce que vous aurez de moy pour le présant; après vous avoir asseuré, de 4a part du Barbare, qu'il est vostre très humble servyteur. Le gallant commence à se rasséréner Tumeur, jugeant que tous ceux quy ont des fammes maygres s'en deflferont bientost, et que c'est ung mal commun cette année ; mais je ne conssans pas à cela, de fasson qu'il redevyendra Barbare comme auparavant. J'ay des badyneryes à vous dire quy vous feront mourir de ryre ; mais cela soit remis au cabinet noir de Touhars.

Je suis jusques à mon dernier jour, Madame, vostre très humble et très obéissante servante,

ANNE DE VALZERGUES.

Au Bois de Veude \ ce 25^ de may 1606. Lettre olographe,

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