CHAPITRE XXII FAUTE D'’AIR
AINSt, autour du Nautilus, au-dessus, au-dessous, un impénétrable mur de glace. Nous étions prisorniers de la banquise! Je regardai le capitaine. Sa figure avait repris son impassibilité habituelle. Il
s'était croisé les bras. Il réfléchissait. Le Nautilus 20
ne bougeait plus.
Le capitaine prit alors la parole :
« Messieurs, dit-il d’une voix calme, il v a deux manières de mourir dans les conditions où nous sommes.»
Cet inexplicable personnage avait l'air d’un profes-
seur de mathématiques qui fait une démonstration à ses élèves.
« La première, reprit-il, c'est de mourir écrasés. [La seconde, c'est de mourir asphyxiés. Je ne parle pas
s de la possibilité de mourir de faim, car les approvisionnements du Nautilus dureront certainement plus que nous. Préoccupons-nous donc des chances d’écrasement ou d’asphyxie.
— Quant à l'asphyxie, capitaine, répondis-je, elle
10 n’est pas à craindre, car nos réservoirs sont pleins.
— Juste, reprit le capitaine Nemo, mais ils ne donneront que deux jours d’air. Or, voilà trente-six heures que nous sommes enfouis sous les eaux, et déjà l'atmosphère alourdie du Nautilus devrait être renou-
15 velée. Dans quarante-huit heures, notre réserve sera épuisée.
— Eh bien, capitaine, soyons délivrés avant quarante-huit heures!
— Nous le tenterons, du moins, en perçant la mu-
20 raille qui nous entoure.
— De quel côté? demandai-je.
— C'est ce que la sonde nous apprendra. Je vais échouer le Nautilus sur le banc inférieur, et mes hommes, revêtus de scaphandres, attaqueront l’ice-berg
25 par sa paroi la moins épaisse.
Le capitaine Nemo sortit. Bientôt, le Nautilus s’abaissa lentement et reposa sur le fond de glace par une profondeur de trois cent cinquante mètres, profondeur à laquelle était immergé le banc de glace in-
30 férieur.
«Mes amis, dis-je, la situation est grave, mais je compte sur votre courage et sur votre énergie.
A hé D 0 a in