‹ Vingt-sept poèmes des Fleurs du mal. IllustrésChapitre 11 sur 18 · L'IRRÉPARABLE · texte numérisé non relu

L'IRRÉPARABLE

Pouvons-nous étouffer le vieux, le long Remords,

Qui vit, s’agite et se tortille,

Kl se nourrit de nous comme le ver des morts.

Comme du chêne la chenille?

Pouvons-nous étouffer l'implacable Remords 9

Dans quel philtre, dans quel vin, dans quelle tisane Noierons-nous ce vieil ennemi,

Destructeur et gourmand comme la courtisane.

Patient comme la fourmi?

Dans quoi philtre? — dans quel vin?—dans quelle tisane 1 /

LES FLEURS DU MAL

fHs-Ie, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,

A cet esprit comblé d'angoisse Ht pareil au mourant qù écrasent les blessés,

Que le sabot du cheval froisse,

— Pis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,

A cet agonisant que déjà le loup flaire Et que surveille le corbeau,

— A ce soldat brisé, — s’il faut qu’il désespère

D’avoir sa croix et son tombeau ;

Ce pauvre agonisant que déjà le loup flaire!

Peul-un illuminer un ciel bourbeux et noir ?

Peut-on déchirer des ténèbres Plus denses que la poix, sans matin et sans soir, Sans astres, sans éclairs funèbres?

Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?

I. Espérance qui brille aux carreaux de l'Auberge Est soufflée, est morte à jamais !

Sans lune et sans rayons trouver où l’on héberge Les martyrs d’un chemin mauvais!

— Le Diable a tout éteint aux N carreaux île l'Aubei

Adorable sorcière, aimes-tu les damnés?

Dis, connais-tu l’irrémissible?

Connais-tu le Remords, aux traits empoisonnés.

A qui notre cœur sert de cible ?

Adorable sorcière, aimes-tu Tes damnés?

LES FLEURS DU MAL

L'Irréparable ronge avec sa dent maudite Notre àme, — honteux monument, —

Ht souvent il attaque, ainsi que le termite,

Par la base le bâtiment.

L’Irréparable ronge avec sa dent maudite I

— J'ai vu parfois, au fond d’un théâtre banal Qu’enflammait l’orchestre sonore,

Une fée allumer dans un ciel infernal Une miraculeuse aurore ;

J’ai \u parfois, au fond d’un théâtre banal,

Un être qui n’était que lumière, or et gaze,

Terrasser l’énorme Satan ;

Mais mon cœur que jamais ne visite l’extase Est un théâtre où l’on attend Toujours, — toujours en vain,— l’Être aux ailes de gaze!

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