LES DEUX BONNES SŒURS
La Débauche et la Mort sont deux aimables filles, Prodigues de baisers, robustes de santé,
Dont le flanc toujours vierge et drapé de guenilles Sous l’éternel labeur n’a jamais enfanté.
Au poète sinistre, ennemi des familles,
Favori de l’enfer, courtisan mal renté,
Tombeaux et lupanars montrent sous leurs charmilles Un lit que le remords n’a jamais fréquenté.
LES FLEURS DU MAL
lit la bière et l’alcôve en blasphèmes fécondes Nous offrent tour à tour, comme deux bonnes sœurs, De terribles plaisirs et d’affreuses douceurs.
Quand veux-tu m’enterrer, Débauche aux bras immondes? 0 Mort, quand viendras-tu, sa rivale en attraits,
Sur ses myrtes infects enter tes noirs cyprès 4 / ./
LES FLEURS Ul MAL
Kl. comme des passants sur un fou qu'ils admirent,
Je les entend;? rire cl chuchoter entre eu\,
Kn échangeant maint signe et maint clignement d’yeux :
— <- Contemplons à loisir cette caricature Kl celle ombre d’Hamlet imitant sa posture,
|.e regard indécis et les cheveux au vent.
N'est-ce pas grand pitié de voir ce bon vivant,
Ce gueux, cet histrion on vacances, ce drôle,
Pareequ’i! sail jouer artislemenl son rôle.
Vouloir intéresser au chant de ses douleurs
hesaigles, les grillons, les ruisseaux et les Heurs,
Kl même à nous, auteurs de ces vieilles rubriques, Hériter en hurlant ses tirades publiques? »
J'aurais pu— mon orgueil aussi haut que les monts Recevrai! sans bouger le choc de cent démons! — Détourner froidement ma tète souveraine.
Si je n"eusse pas vu parmi leur troupe obscène
— Crimequi n’a pas fait chanceler le soleil! — ha reine de mon cœur au regard nonpareil.
Qui riait avec eux de ma sombre détresse Kl leur versait parfois quelque sale caresse.