Virgile et l'oeuvre de Victor Hugo
Nous croyons utile de dresser, préalablement à toute étude générale, un index méthodique des passages oij se fait sentir, dans l'œuvre de Victor Hugo, l'action des poèmes de Virgile. C'est à Virgile que nous songeons d'abord; notre véritable dessein consiste à montrer, à illustrer par un brillant exemple, l'intluence du grand classique latin toujours vivante et féconde, en dépit des siècles, des systèmes et des frontières; ceux que préoccupe davantage le poète moderne trouveront en appendice une sommaire chronologie virgilienne des œuvres de Hugo.
La disposition de la table principale est donc subordonnée à la personne du maître ancien; c'est l'ordre virgilien qui sera suivi, allant de l'ensemble au détail, du Virgile passiin aux Bucoliques, aux Géorgiques, à l'Enéide. Nous avons cru devoir adopter comme authentiques les dates données par Hugo luimême ç.à et là dans ses recueils; dans les ouvrages de longue haleine, la date retenue est en général celle de la publication, 1862, par exemple, pour les Misérables; M. Paul Berret {Revue Universitaire de mai 1906) nous a servi de guide à travers la Légende des Siècles; la chronologie seule de certaines œuvres posthumes a été l'objet de quelques conjectures en attendant le jour où des résultats assurés seront acquis.
Pour des raisons d'ordre pratique, les pages signalées sont celles de l'édition in-8° Hetzel ne varietur, iSSO sqq.; à son défaut, ce sont celles de l'unique édition posthume des derniers fragments; toutefois, nous avons consulté ce qui a paru de la grande édition en cours de publication à l'Imprimerie Nationale, les plus récents volumes de correspondance et les divers travaux
qui pouvaient faciliter notre tâche. M. Gustave Simon, le fidèle ami du poète, nous a accueilli, encouragé et obligé avec un extrême empressement, dont il n'est que juste de le remercier ici. La Maison de Victor Hugo et son aimable g-ardien ont mis à notre disposition les trésors de leur musée, notamment la collection, si rare aujourd'hui, du Conservateur littéraire : nous voudrions avoir tiré de ces bienveillants concours, et d'autres encore, le meilleur parti.
Peut-être nous reprochera-t-on d'avoir renvoyé aux pages, sans nulle mention de lignes : c'est que bien souvent l'irradiation virgilienne n'est pas précise à ce point-là; d'ailleurs les citations latines seront toujours reproduites in extenso, ainsi que les citations les plus caractéristiques des réminiscences. On contestera sans doute le bien fondé de telle ou telle allusion : mieux valait, semble-t-il, en cas d'incertitude, ne pas se réfugier dans le silence. Quant au grief d'être demeuré incomplet, il est de tous le plus redoutable en raison des inévitables lacunes; mais, plus on signalera d'omissions dans ce catalogue déjà considérable, plus apparaîtront fortifiées les premières conclusions, qui feront l'objet d'une prochaine étude.
L'essentiel est que cet index, tel qu'il est, rende quelque service et apporte quelque satisfaction aux admirateurs des deux génies, bien faits pour s'entendre dans une sincérité pareille :
Ce que nous écrivons de nos plumes d'argile, Soit sur le livre d'or, comme le doux Virgile, Soit, comme Alighieri, sur la Bible de fer, Est notre propre flamme et notre propre chair.
Quinze années auparavant, le poète proclamait déjà son « goût vif pour la forme méridionale et précise. La Bible est son livre; Virgile et Dante [lui-même élève de Virgile] sont ses divins maîtres. » Ce n'étaient pas là de vains mots.