BRANCHU, COQUILLARD
COQUILLARD
Nous sommes seuls, jeune Cafre !.. commentez votre mèche.
BRANCHU
Mais vous êtes un Cartouche ! et je ne parle pas de moi dont vous faites un Bug-Jargal; sans vergogne... d’un coup de torchon je me débugjargalise... Mais cette jeune fleur?
COQUILLARD
Quelle fleur ?
BRANCHU
Jamrosa. v
La petite colonne?..
BRANCHU
Qu’en voulez- vous faire?
COQUILLARD
Mon épouse, pardieu!..
• ’ ■> BRANCHU
Mais, malheureux!., sommes-nous à Stamboul?., et votre femme?.. »
COQUILLARD
Quelle femme ?
BRANCHU
Quelle femme!., mais la vôtre... insensé!., vous n’êtes pas arrêté au bord de l’abîme par l’exemple fameux du postillon de Ifàijumeau? (n ch»nie.) Pendu! pendu! pendu!..
® r * COQUILLARD.
Ce trio ne m’est pas inconnu... mais l'application ne m’en paraît pas logique.
BRANCHU
Comment ! mais vous êtes marié?
COQUILLARD
Pas du tout ! fiancé !
Marié!..
Fiancé !..
BRANCHU
Mais c’est moi qui suis fiancé! ...
COQUILLARD
Vous? qui ?..
BRANCHU
Moi? qui?.. Théodose Branchu parbleu!
COQUILLARD
Voilà où nous tombons dans le gâchis. . e’ed moi qui suis Branchu !
BRANCHU
Bah! dirait-il vrai 1 ? oh! je m’abêtis à vue d’œil!..
Mais, comme l’a dit La Bruyère... la générosité est à l’âme ce que la truffe est à l’estomac... jusqu’à mou mariage vous serez bien traité... logé... nourri... pas blanchi par exemple !.. bigre!., le père Vend-des-machins n’adopterait pas la couleur... et, quand je serai maître de céans, je vous affranchirai.
BRANCHU
Je deviens timbré!..
COQUILLARD
Vous pourrez alors, recouvrant votre libre arbitre , prendre le nom qui vous plaira... hors le mien!., j’y tiens!., quand on a fait les Scabieuses! ..
BRANCHU
Il me vole ça aussi !..
COQUILLARD
Tiens!., je viens d'en voir un exemplaire sur la console de ma future...' .1
BRANCHU
Elle m’a lu! ■ ' : '■
COQUILLARD, se pavanant.
Quand elle saura que c’est moi...
BRANCHU
Il me floue mes lauriers!.. Mais, sacrebleu!., c’est une cascade de cour d’assises que vous eommelti z à mon égard!., vos preuves ?
COQUILLARD, tirant son portefeuille.
Voici! :i . s
BRANCIIU.
Mon portefeuille ! • - -
COQUILLARD
Non... pardon... le mien... là... dans ma petite popoche.
BRANCHU, suffoquant de colère.
Mais cette po... poche... elle est à moi... elle est cousue à ma jaquette!
COQUILLARD, à part.
Allons, allons, le soleil lui tape trop sur le plafond! (Haut.) Calmons-nous, mon bonhomme!., à l'impossible nul 11’est tenu!.. Pascal l’a dit... Virgile ou Coquillard, à votre choix!., mais Branchu!.. des navets!
BRANCHU
Tiens, va-t’en, misérable!
SCÈNE XUI.
ENSEMBLE
Ah- de fa Reine d'un jour (Un monsieur Et une dame). BRÀNCHU. .
La moutarde me monte •
/ • Pour toi, (ils dé Caïn, .
Puisqu’il faut étro un Africain, '• •* „**
- - - ' La fuite la plus prompte
D’un châtiment nouveau
1 ; ’ ' Seule pourra sauver ta peau. » - ' • ••
' COQÜILL ARD. ; - v v ' ' ‘ ? -
Ko dépit de cette rage folle,
. Je .sais doux... vous serez affranchi ! U' - “
Vous pouvez compter sur ma parole.
' • ", - BRANCBU, aiee rage. '
(Mi».. ’
COQÜHXARD.
Logé, nourri... mais pas blanchi !..
La moutarde lui monte, \ yj
Montrons un cœur humain :
Pardonnons à cet Africain; ,
Je comprends son mécompte :
Ce changement de peau .
Peut bien lui troubler le cerveau.
Rranchu.
. . La moutarde, etc., etc.
(CoipiillarAsort.)