AVANT-PROPOS
Je n'apprendrai rien aux latinistes, qui ont vécu dans l'intimité de Virgile, en leur disant que je n'apporte aucune interprétation nouvelle, et s'ils veulent bien me pardonner de ne pas même avoir tout dit, j'en serai fort heureux. J'ai fait ce livre en songeant à ceux qui se proposent d'étudier Virgile et à ceux qui aiment qu'on leur parle de lui. Et je songeais aussi à tous ceux qui ne le connaissent que par leurs souvenirs de collège ou qui ne l'ont lu qu'en traduction ou qui ne savent que sa gloire et les noms de Tityre, d'Amaryllis, d'Énée et de Didon. Pour eux Virgile est un très grand nom, et le mot virgilien répond à des idées d'harmonie, de douceur idyllique, de tendresse qui s'appuient sur des citations souvent mal com-
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VIII AYANÏ-PPOPOS
prises. C'est parfois le sort des poètes et des écrivains les plus illustres que leur nom occupe plus de place dans les esprits que le souvenir de leur œuvre. On ne peut pas dire que le nombre des lecteurs et des admirateurs de Virgile ait diminué; mais le nombre de ceux qui lisent et qui ne demandent qu'à admirer en connaissance de cause augmente tous les jours. Je pense qu'on peut leur rendre service en leur racontant l'histoire et en leur analysant les beautés de ces grandes œuvres, que les études savantes rajeunissent continuellement et dont elles nous font sentir, sous la patine de vénération des siècles, la vie toujours active et l'éternelle actualité. C'est ce que j'ai essayé de faire.
J'aurais atteint mon but, si ce livre contribuait à répandre et a préciser les raisons que nous avons d'admirer et d'aimer Virgile et de voir en lui non seulement un des plus beaux génies, mais le plus noble inspirateur de notre art, le père de notre poésie moderne, celui dont l'œuvre réfléchit déjà, comme le bouclier d'Énée, toute la gloire et l'humanité de la civilisation latine. Lorsque j'ai commencé d'y travailler, nous sortions à peine du plus rude péril qui ait jamais menacé la France, héritière de Rome et tout ce que représentent dans le passé et