CHAPITRE XI
Un cri de vive rEinpereur !... inlcrrunipit bnisqucmont la conversation. C'était un soldat du 42*" de ligne qui venait d'apercevoir le l*rince.
Un fait étrange, c'est que la garnison de Ilani, chargée de la garde de Louis-Napoléon, se composait de ces mêmes soldats du 46° régiment de ligne qui l'avaient connu a Strasbourg en 1830, et de ceux du 42'' qui étaient à Boulogne en ISiO.
Quatre cents hommes environ composaient cette garnison, dont au moins soixante étaient toujours de service, sans compter une brigade de geôliers, porte-clefs et gardiens, auxquels la surveillance du Prince était plus spécialement confiée.
M. Fr. HrilVaull. (jiii a publié en 1<S49 une intéressante brochure sur Ir Piisonnirr de fhnn, affirme (ju'il arrivait souvent aux suidais de la garnison '< de s'approcher des )> fenêtres et de crier : Vive FEmpeieur î
210 VIRfîlMK DIMA/KT.
» lorxjiic le, pnsoiiiiin' FaisMiL sa nmmciiadc
» Iiabiliirlli* sur les remparts. »
A ce cri (lu soldat du \1\ DéjazcL et sou j^nide s'arrêtèrent, cl miciiI le Prince à sa fenêtre...
La lettre suivante , que niadame Louise Collet m'a «^Tacieusetîient etohli^^reammentcommuniquce, donnera plus exactement qu'un récil les détails et les suites de cette entrevue à distance.
Laisser parler Déjazet, n'est-ce pas d'ailleurs le meilleur |moyen de la faire bien connaître ?
« A madame I^ouisc Collet. •
» 20 janvier 1847.
» f'uisque vous tenez tant à savoir le résultat de mon » vovîige -i la citadelle de Ham, ma chère Louise, je vais » tâcher de satisfaire votre hien veillante curiosité, qui, » du reste, ne me lemetlra pas sans un vif intérêt face à y> face avec ce mémorahie srjuvenir.
CHAFMTRE XI. 2!!
■> Je crois vnti« avoir dit d/'-jà que, Tivctncrit irnpnî*n sionnëe par le récit du trailenient à la fois injuste et » inhumain qu'endurait le Trince {jm\%, je t^aiIus y'm- ^ ter la demeure de rilJu.«tre captif. Un vieil ami à moi, »> M. Lera, alors commissaire central à Ham, et rpjî, de- » pui»tantd'éT(*nemenl.s,«etrfniTe, lui et sa famille, dans » une position bien peu d'accord avec son caractère cl » ses besoins, m'en donna complalîiamment la po«sibi- « lité. C'est grdce à «vm heureuse rencontre (pie je fu«: » conduite à la citadelle qui renfermait rillustre pri- I) s^jnnier,
» Je visitai tout, rien ne passa indifTcremmcnt sou» I) mes yeux.
n Je m'arrêtai arec intcr<'ît devant le petit jardin n planté par lui, et dont les fleurs semblaient dire : I» Nous aussi nous sommes pris^jnnières, Vatit et la terre » nous manquent.
» Plas loin , je fis un long s<^»upir en mesurant le couil » espace qu'on accordait à sa promfnTdc à cheval.
» Er»fin, ma pauvre amie, je m'apprêtais à partir avec j» toutes mes tristes pensées, lorsque mon obligeant con- " ducteur me fit remarquer le Prince Louis qui, d'une » fenêtre assez éloignée, nous adressait avec son uioun choir plusieurs signes d'adieu. Je ne pus distinguer ses » traits, mais je fus sincèrement touchée de cet acte de n politesse, et je cherchais les moyens de le lui faire " comprendre, lors^|ue ma main rencontra sur ma poi- » trine une petite médaille d'or que je tenais d'une amie
'1\1 VIRCIME DEJAZKT.
» tinijàLyt^n, l'avait l'ait bénirctpréscntcràNotro-Damo- » dc-Fouiviè'ros, en doniaiulant à la madone la grâce de » faire de cette médaille un portc-bonheur. Vous ignorez » sans doute quelle foi les habitants de Lyon attachent à « tout ce qui louche cette sainte ; je ne puis la comparer (ju'à » celle que nous avons en Dieu. Aussi cette madone est- » elle complètement couverte de loques et de bijoux pré- » cieux, présents égaux pour elle du pauvre et de Topuf> lent; car l'un et l'autre l'implorent rarement en vain! » Ce porte-bonheur y me disais-je tout bas, à qui peut-il p être plus nécessaire qu'à celui qui semble me dire à » travers les barreaux : Vous marchez vers la liberté , » que vous êtes heureuse !... Je le détachai donc d'un » mouvement spontané, et le confiai au valet de chambre » du Prince , qui précisément passait près de nous en ce » moment. Il me promit de le remettre à Son Altesse, de » ne rien oublier, pas même mon nom, et je quittai cette » triste demeure en saluant une dernière. fois du geste » et de mes vœux Louis Bonaparte.
» Ouelque temps après il s'était évadé!... J'appris «pie » mon pauvre ami Lera, suspecté, victime de cet événe- » ment, avait perdu sa place et quitté Ilam, pour aller » je ne sais où !... Tout le monde ne pouvait pas être » heureux, \(t porte-bonheur n'appartenait qu'à un seul.
» Le Prince vint à Londres, j'y étais alors. Jugez de » ma joie lorsqu'un jour on m'annonça Son Altesse Im- » y)ériale en personne; elle n'avait rien oublié, ni ma » médaille ni mon nom.
CHAI'lTKl-. \I. îîf.T
» Le Prince Louis me remercia de l;i meilleure grâce » du monde, en me montrant ma petite reli(pie, fixée à » jamais, me dit-il, à la chaîne de sa montre.
» Puisse-t-elle, ma très-chère amie, achever ce qu'elle )) a si hien commence, et devenir un jour aussi le j)ortc- » bonheur de la France!...
» Déjazet. »