‹ Vision et reproduction des formes et des couleurs. Vision mono et binoculaire. Illusions d'optique. Photométrie. Théorie des couleurs. Photographie. Procédés d'impressionChapitre 148 sur 392 · Adaptation de l’œil · texte numérisé non relu

Adaptation de l’œil

Tous ceux qui ont eu l’occasion de se servir d’instruments de mesure, sont confondus d’admiration devant la puissance d’adaptation de l’œil. L’expérience montre que la lecture du texte du présent ouvrage est

ÉMISSION. DIFFUSION

aisée avec an éclairement d’une bougie à un mètre; la fatigue, il est vrai, vient rapidement. Or nous pouvons évidemment lire en plaçant le même texte en plein soleil (ce ne serait pas davantage recommandable pour un travail de longue durée). Donc l’œil remplit son rôle avec des éclairements allant de 1 à plus de 60000.

Certes ces conditions extrêmes d’emploi ne sont pas avantageuses; il est préférable de se limiter à des éclatements moyens, de l’ordre de 20 à quelques centaines de bougies-mètre, par exemple. C’est précisément à cause de sa faculté d’adaptation que l’œil est un mauvais appareil photométrique : il n’est capable que de dire si deux éclats sont égaux.

En pleine lumière la sensibilité de l’œil s’émousse : conséquemment ramené dans une chambre peu éclairée, il commence par n’y rien distinguer ; peu à peu, il s’adapte et finit par y voir comme en plein jour.

Le lecteur fera l’expérience suivante. Fermant un œil, il regardera quelques instants avec l’autre une surface très éclairée. Fermant les deux yeux, il s’enfermera dans une chambre très faiblement éclairée. Ouvrant les yeux, il lui semblera être quasiment aveugle d’un œil. L’émoussement de la sensibilité de cet œil est exagéré par contraste.

L’éclairage du jour est incomparablement plus grand que l’éclairage ^ artificiel; nous qualifions celui-ci d'a giorno quand nous le trouvons admirable. Même alors il ferait piètre mine devant celui d’un jour assez gris. Il ne doit son éclat apparent qu’au contraste. Tous nous savons combien un abat-jour qui plonge une salle dans l’obscurité, augmente l’éclat apparent du texte placé dans le champ qu’il limite; et cela, même s’il ne réfléchit pas. Il fallait être bête comme un médecin en mal de découvertes physiques, pour préconiser l’éclairage diffus par réflexion sur le plafond. Par ce système on diminue à la fois l’éclairage réel et ’éclairage apparent : double bénéfice comme on voit.

Javal préconise l’éclairage artificielle plus intense possible. La pupille se contracte, dit-il; par suite un œil médiocre se trouve amélioré. Au surplus on reste toujours au-dessous de l’éclairage diurne qui évidemment est le meilleur.

J’avoue que ces sortes de raisonnements me paraissent faux. Nous n’avons pas été créés pour lire du matin au soir; il est douteux que la lecture intensive soit d’ordre préétabli. Si par-dessus le compte nous passons nos nuits à lire, il me paraît singulier de conclure qu’il faut prolonger le jour le plus exactement possible. Certes il doit exister pour chacun de nous un éclairement optimum; mais j’admets difficilement qu’il soit « de plusieurs milliers de bougies-mètre ». A qui fera-t-on croire qu’il soit utile de mettre un arc dans sa chambre à coucher sous prétexte que c’est à peu près le seul moyen de réaliser l’éclairage diurne?

Il faut se méfier des lumières trop r-iches en rayons ultra-violets : les becs Auer fatiguent certains yeux. On trouve aisément aujourd’hui des verres de besicles ou de lampe jaunes. A leur défaut il est facile d'interposer un verre jaune placé entre son papier et le manchon.

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