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Les généraux Court et Allard appelés par Ranjit Singh

VISIONS DE l'imde 343

pour l'indépendance de leur foi et aussi pour le triomphe de l'Angleterre...

Le « Baba Atal » est, avec le Temple d'Or, le monument le plus important à visiter; son architecture interloque. Il sert à deux fins : temple et tombe à la fois. Il s'arrondit en rotonde de marbre plaquée de feuilles d'or; partout, du plafond, pendent des liasses de coton. Et une lampe électrique rend mes compagnons indigènes tout à fait enthousiastes !

Ah ! la vieille Inde est terminée dans le cœur de tous ces gens-là. Le prestige pratique de la plus jeune Europe a vaincu les magies millénaires de l'Asie grandiose. Les Anglais sont non seulement les maîtres mais les modèles de ce peuple lassé de traditions. Et je pressens que le christianisme, encore si lent à pénétrer, finira par triompher de ces religions caduques. Tous ces idolâtres tomberont entre ses mains comme un fruit mûr.

Je devine ici, chez les femmes spécialement, une grande soif -d'idéal.

Elles ne sont plus pareilles à ces bengalies enivrées et voluptueuses, couvrant de leurs hommages le Lingham sacré; elles sont graves, inquiètes d'un au-delà austère qui remplisse le vide de leur cœur. Jamais, je n'ai vu de disciples aussi appliqués autour d'un maître que ces épouses et ces mères,

accroupies sur un tapis devant le Gourou vivant qui enseigne et chante les préceptes des Gourous morts.

Le Dieu-Livre et le vol scriptural des Colombes.

Une jetée de marbre s'allonge dans le lac immortel pour conduire à ce temple d'or qui est la plus jolie et la plus résonnante bicoque de cette Bruges hindoue, aux béguinages guerriers. Les femmes se prosternent de très loin, vers ce pavillon pieux qui semble tantôt un phare de luxe, inutile et paisible, tantôt un nénuphar blanc et jaune issu de l'étang. Des colombes de toutes couleurs tourbillonnent autour du Dôme. Le chemin de marbre est jonché de fleurs ; dans l'eau trouble, d'énormes poissons, bien nourris par les offrandes des fidèles, approchent avec des mouvements qui luisent. Des hommes graves me vendent des plumes de paon.

L'églisette carrée est aussi riche que mignonne et malpropre, pleine de confiseries, de fleurs écrasées, de graines pour les oiseaux, d'eau lustrale, de coquillages, de loques suppliantes, de petites monnaies

de cuivre et d'argent; des prêtres aux yeux vifs, aux gestes lents la surveillent.

On s'y intoxique de parfums, de précieux mirages, — plaques d'or au plafond et aux murs, bronzes dorés, mosaïques que la cornaline, l'agate, le lapis, le rubis, la turquoise, font étincelantes, — de musique aussi, — des instruments pittoresques grincent sous les doigts ou les lèvres d'un orchestre sacerdotal qui grimace en hurlant, — de chants surtout, tantôt plaintifs, tantôt ironiques, qui montent du parquet oîi des saints sont accroupis, du dôme et de l'étage supérieur que parcourent, fantômes recueillis, les pèlerins.

Dans ce temple superbe, d'une architecture étriquée et caressante, s'enroule et se déroule une procession misérable : les pauvres d'âme et d'espoir venus pour mendier l'aumône du Rêve, de la Mélodie et de la Couleur. Devant les portes d'argent, passent des femmes languissantes portant des plats de cuivre ; et de tout petits enfants chétifs somnolent, muets et inertes, sur les épaules maigries. Je m'attarde devant le dais central aux glands dorés, sous lequel repose le Dieu-Livre, si frileux qu'il demande la protection de tapis brodés. Tout autour, des miroirs hypnotisent ; les musiques sautillent et traînent, le serpent des pèlerins processionnants tourne en anneaux humains, multicolores, dans les galeries su-

périeures, d'où sont jetés des coquillages vers la Parole écrite et frileuse sous les couvertures entassées.

Je monte vers les minarets et les dômes. Partout, de petits pavillons en bois accumulent des graines pour les colombes vertes.

J'ai compris : le Temple d'Or qui à ^a base commence en bibliothèque devient à son extrémité un pigeonnier. En bas, le Livre a capté par les signes les Idées, ces colombes secrètes de l'Ame; en haut, les oiseaux, pensées volantes de l'air, accourus à l'appât des légères nourritures rondes, écrivent les lettres vivantes d'un Livre magique, avec la courbe de leurs ailes, sur la page du ciel...

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