‹ Visite a l'exposition universelle de Paris, en 1855Chapitre 27 sur 135 · LL · texte numérisé non relu

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tissus de toutes sortes, à la céramique et à la verrerie, aux bronzes, à la bijouterie, à l'orfévrerie, à l'imprimerie, à Part industriel et aux articles de fantaisie.

« Les produits des manufactures impériales et les diamants de la couronne trouveront place dans la partie centrale de l’ancien panorama.

« Le commissaire du classement, «HT.»

Nous ne parlerons pas ici des heureuses dispositions prises sous la direction de M, le général Morin, pour la réception des produits, pour l'installation du service des douanes, pour le déchargement et le bardage des colis, pour le service médical, pour la distribution des cartes provisoires et définitives des exposants ; chaque jour amenaitses difficultés,qui,suivant leur degré d'importance, étaient décidées par le président de la commission impériale ou par les fonctionnaires compétents; mais il est une question plus grave qui a exercé aussi une énorme influence sur la rapidité des aménagements extérieurs : nous voulons parler de l'installation des vitrines.

La compagnie du palais de l'Industrie qui avait pris lie nitiative de l'exécution des divers bâtiments, et qui les avait construits en vertu de contrats spéciaux, avait cru trouver dans ses contrats mêmes le droit absolu pour elle d'exécuter, sans distinction, tous les travaux d'emménagement intérieur, soit pour le compte individuel des exposants, soit pour celui de la commission impériale. Cette prétention qui ne nous parut pas suffisamment justifiée, et qui d’ailleurs paraissait en opposition manifeste avec |’ article du règlement général, fut, après pourparlers, discutée en sous-commission. La décision qui intervint, tout en refusant de sanctionner une prétention si nettement formulée, maintint à la compaenie le droit d'exécuter les travaux, dont le règlement par à commission serait d’ailleurs obligatoire, tout en réservant aux exposants la faculté de les faire exécuter par eux-mêmes, ou par tels ouvriers qu ’il leur plairait. Nous fûmes en conséquence invités à adresser les exposants à la compagnie, tout en les informant toujours qu’ils n'étaient aucunement tenus à s'adresser à elle. La faculté de faire régler les mémoires par la commission impériale fut sans doute la raison dominante

qui fit affluer. chez les entrepreneurs de la compagnie des demandes nombreuses, que ceux-ci ne s'étaient pas suffisam: ment mis en mesure d'exécuter, alors surtout que l'exécution des cloisons et des tables, à la charge de l'administration, avait été forcément confiée aux mêmes entrepreneurs.

De tous les travaux d'installation, ce sont ceux relatifs à la confection des vitrines qui éprouvèrent les plus grands retards; aux plaintes qu’on lui adressait sur le défaut apparent d’activité dans les travaux dont il était chargé, le principal entrepreneur répondait que tout le montage se faisant chez lui, la mise en place ne demanderait qu’un temps très-court , et un grand nombre d’exposants, tant étrangers que français, exprimèrent les plus vifs mécontentements, lorsque, après les délais expirés, ils reconnurent que leurs travaux étaient à peine commencés. De là des récriminations interminables qui nous forcèrent, à un instant donné, à introduire de nouveaux entrepreneurspour faire à la hâteles travaux les plus urgents. Quelques difficultés, survenues d’ailleurs sur la question du payement des mémoires, n’ont peut-être pas été sans influence sur la lenteur de certains travaux; peut-être aussi les constructeurs du bâtiment trouvaient-ils dans les retards des installations individuelles, cet avantage qu’on penserait moins à leur attribuer les lenteurs de leur propre travail.

Des difficultés d’un autre genre se levèrent bientôt sur les limites des droits de la Compagnie du palais de l’Industrie et de la Commission impériale, en ce qui concernait une foule de détails du service intérieur; elles ne purent être réglées qu'après de nombreux pourparlers et des difficultés sérieuses.

À mesure que les préparatifs du classement avançaient, il devenait de plus en plus nécessaire de presser l’achèvement du bâtiment principal et de l'annexe pour y faire les préparatifs d'installation des produits; mais, sans action directe, sans pouvoir sur les entrepreneurs de la Compagnie, le commissaire général ne pouvait que réclamer une action plus vive de la part du ministère d’État. Des difficultés réelles, et dont il est juste de tenir compte à la Compagnie, apportaient à ses travaux des retards très-fâcheux et indépendants de sa volonté. La prolongation des froids, les exigences dés ouvriers, tout concourait à empêcher l'achèvement des travaux,

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et Les retards furent tels que le bâtiment principal, qui devait être livré le 34 janvier 1854, le fut à peine le 6 mai, huit jours avant la séance d'ouverture, et que l'annexe ne l’a été que plus de six semaines après.

À travers toutes ces complications, une question importante, négligée à l’origine des études sur le bâtiment principal, celle de la ventilation d’un local couvert en verre et destiné à recevoir un public si nombreux, avait été, encore à temps, vers la fin de 1854, soulevée par la commission et examinée par M. le général Morin et par M. Vaudoyer; mais les moyens qu'ils avaient indiqués alors, bien que d'une exécution facile à cette époque, n'avaient pas été acceptés, et elle était restée en suspens jusque vers le milieu de février, époque à laquelle M. le ministre d'État chargea une commission spéciale, présidée par M. Regnault, de lui proposer une solution. (

Mais déjà le plancher était posé, une grande partie des lables étaient en place, et il n’était plus possible d'établir des canaux d'appel convenablement multipliés et répartis. La commission fut obligée de se borner à prescrire l’ouverture de deux galeries d’appel parallèles, de grandes sections destinées à amener, dans les passages et sous les tables, de l'air qui y arriverait par les orifices extérieurs du bâtiment, et à faire ouvrir, dans le faite des arcs en fer, des lanternes d’échappement. Ces moyens, employés tardivement, ont entraîné des travaux qui ont troublé et entravé l'installation des produits de manière à donner lieu à des réclamations nombreuses et fondées de la part des commissaires étrangers, et l'expérience a prouvé que l'appel de l'air, au lieu de se faire par les galeries, avait simplement lieu par les portes et par les fenêtres du palais. La quantité d’air évacué a d'ailleurs été trouvée suflisante, et d'environ 28 mètres par personne, en admettant qu'il y ail 25 000 visiteurs dans le palais.

Pour en finir avec les difficultés inhérentes au bâtiment, il nous reste à dire quels effets fâcheux l'action du soleil et celle de la pluie qui tombait à travers les toitures, et surtout à l’annexe, exercèrent longtemps leur influence, non pas seulement en détériorant les produits, mais en arrêtant leur installation.

J'ai fait faire à la date du 24 avril, par l’un des inspecteurs

du service de classement, un état abrégé de ce qui manquait au bâtiment principal pour être terminé.

A cette date, la porte de l'entrée principale n’était pas posée, non plus que celles des entrées est et ouest. Celles des quatre pavillons d’angle étaient en place, mais sans ferrures et sans vitrages. Le dallage en bitume près des entrées était à peine commencé.

Aucun water closet n’était encore établi dans ce bâtiment, qui devait quelques jours plus tard recevoir des milliers de visiteurs; aucun paratounerre n’était encore posé à cette époque; mais ce travail fut exécuté plus tard avec une précision et une ponctualité admirables sous l'habile direction de M. Bridel. |

Le conduit de ventilation était encore incomplet sur divers points, ainsi que le plancher, aux endroits où il avait été enlevé pour la construction de ce conduit. Les supports en fer de la lanterne supérieure manquaient en différents endroits, mais ils étaient mis en place pour toutes les lanternes de la nef. La pose du vitrage entrainait de graves inconvénients pour l'installation des produits, par suite des nombreux débris de verre qui tombaient à chaque instant.

Le sol et les toitures, on le voit, étaient, avec les portes et les fenêtres, les parties les moins avancées, celles par lesquelles se terminait le travail, Nous avons dit déjà comment les besoins d’une ventilation suffisante avaient exigé à cet égard quelques travaux supplémentaires, et l’on conçoit toute la gêne que la conduite de ces opérations a dû apporter dans l’organisation de tous les aménagements intérieurs. En même temps, la reconfection du plancher, qui avait été fait jointif, quoique par parties détachées, et dans lequel il fut reconnu plus tard qu’il convenait de laisser des vides entre les planches, était venue bouleverser toutes les cloisons et toutes les tables déjà construites, à tel point que quelques-unes d’entre elles, bien que convenablement établies d’abord, se trouvèrent à la suite de cette opération entièrement disloquées.

Une commission nommée par M. le ministre d'État pour la réception du bâtiment, accepta les travaux le 25 avril; mais la commission impériale n’en prit effectivement possession officielle que le 3 mai suivant.

Un état semblable fut dressé relativement aux travaux d'in

stallation intérieure, en retard par le fait des divers entrepreneurs ; mais il serait sans intérêt de l'énumérer ici.

Pendant que lés travaux se terminaient, et jusqu'à ce que l'appropriation entière fût complète, les fabricants parisiens refusèrent absolument d’apporter leurs produits, de telle sorte qu’un certain nombre de salles, plus particulièrement consacrées à l’industrie parisienne, restèrent, jusqu'après l’ouverture, entièrement vides.

Cependant l'ouverture de l'Exposition, fixée primitivement au 4° mai, fut remise au 45, et les travaux continuèrent avec une croissante activité, dans tous les points où ils étaient possibles. Le seul espace qui pût être réservé pour le trône et pour les principaux corps de l’État était le centre même du palais, Le centre sur lequel nous installâmes la belle fontaine qu'on y voit aujourd’hui, et toute la salle de lorfévrerie française, durent être réservés pour la cérémonie, au rez-dechaussée ; la grande galerie latérale qui règne au pourtour de la nef, au premier étage, fut garnie de banquettes pour les invités. Ce balcon magnifique, dans lequel les places principales étaient distribuées à la bijouterie française qui les occupe si bien aujourd'hui, ne put recevoir , avant la cérémonie d'ouverture, que ces lustres en bronze , en cristal et en pierreries qui devaient, d’après le projet arrêté, en faire le principal ornement. Les tapis qui devaient se dresser à l’arrière de cette galerie ne s’obtinrent qu'avec la plus grande difficulté, les exposants ne voulant les mettre qu’après l’installation des vitrines dont le placement était impossible encore. Quoi qu’il en soit , la cérémonie d'ouverture ne laissa rien à désirer : l'exposition était loin d’être complète, mais le spectacle principal, celui du pourtour de la nef, qui faisait en quelque sorte le programme de la promenade officielle, était orné suffisamment.

Le succès de l'Exposition était dès lors décidé.

Les quinze jours qui suivirent furent employés à distribuer les places aux nouveaux exposants qui, d’abord refusés par le comité de la Seine, avaient été admis par Son Altesse Impériale après examen de M. Leplay, chargé déjà à ce moment de diriger le bureau des réclamations. Ces exposants supplémentaires n'avaient pu recevoir leurs allocations respectives avant que l’on sût si quelque emplacement restait encore disponible parmi les produits similaires. Q

Le travail était devenu plus actif dans l’Annexe aussitôt que les préoccupations de la cérémonie d’inauguration avaient été terminées; les places du panorama avaient été arrêtées, afin qu’aussitôt la livraison du bâtiment on püt procéder à leur distribution; l’ornementation des escaliers, celle du palais et celle de la partie supérieure des vitrines étaient en cours d'exécution. |

Par suite d’une autorisation spéciale de M, le ministre d’État, M. le commissaire général avait enfin pu faire la commande des toiles destinées à intercepter les rayons du soleil, dont l'influence, malgré le dépoli des carreaux, avait, sur les produits délicats , une action telle que les vitrines se déformaient sur quelques points et que les industriels trouvaient, dans cette nouvelle cause d’avarie, ‘une raison presque suffisante d'abstention.

Tel est le cadre très-abrégé des opérations multiples auxquelles l’administration dut se livrer : sans action directe sur les constructeurs, sans autorité pour une foule de détails de service que la Compagnie trouvait trop souvent occasion de discuter, elle était la plupart du temps conduite à agir au milieu d’obstacles de tout genre qui demandaient à la fois un respect profond pour les différents intérêts engagés dans une question aussi complexe et une grande fermeté. :

: En tenant compte des immenses difficultés qu’elle avaiteues

à surmonter, la commission avait fait tout ce qu’humainement il lui était possible de faire; si tout n’était pas prêt, tout se trouvait préparé et le temps seul devait naturellement achever l’œuvre.

Ce fut lorsque les choses se trouvaient en cet état, qu'il survint un fait dont je n'ai point ici à rechercher les causes, mais qu’il m’appartient de considérer dans ses conséquences, notamment en ce qui concerne l'influence qu’il a eue sur ma conduite ultérieure.

M. le général Morin donna sa démission de commissaire général, et fut remplacé par M. Leplay.

La retraite inattendue du chef bienveillant sous les ordres duquel j'avais, pendant une année entière, consacré à cetle grande entreprise tout ce qui m'est donné de dévouement et d'énergie, m’affecta douloureusement, La nomination d’un nouveau commissaire général devait nécessairement changer

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ma position, et le désir exprimé par le Prince dé me voir rester au poste que j'occupais fut là seule cause qui m'empécha de résigner aussitôt des fonctions qu'il avait daigné me confier sans que je lui en eusse adressé la demande.

Ce désir fut un ordre pour moi et je continuai-mon service auprès de la nouvelle direction Je pensais d’ailleurs qu’en se portant héritière du fruit des travaux et des veilles de celle qu’elle remplaçait, elle se montrerait envers celle-ci, sinon reconnaissante, tout au moins animée de ce vulgaire respect humain, qu à défaut d’autres sentiments, on affiche en pareil cas pour ceux dont on hérite.

Eh bien! il n’en fut pas ainsi; la retraite du général Morin fut suivie d’abord de sourdes attaques contre lui, qui se traduisirent immédiatement en mauvais vouloir contre tous ceux qu'on lui savait le plus particulièrement affectionnés : sourdes attaques, qui ensuite et à mesure qu'on profitait davantage des bonnes dispositions qu’il avait prises, se Chan gèrent en hostilité déclarée.

Quant à moi, en me décidant à rester à mon poste, j'attachais surtout un vif intérêt à connaître le résultat de la grande expérience qu'avait ordonnée l'Empereur.

Lors de la dernière visite que Sa Majesté avait faiteà l'Exposition, il avait été décidé que l’entrée du palais de l'Industrie serait gratuite le dimanche 28 mai. J'avoue que ce ne fut pas sans une certaine émotion que j’attendis, ce jour-là, l’arrivée de la foule, qui devait condamner ou sanctionner les dispositions que nous avions toujours regardées comme suffisantes pour la circulation d’un public nombreux. La galerie du Panorama n’était point encore ouverte, non plus que l'Annexe, et pourtant quatre-vingt mille personnes furent admises sans discontinuité; aucun désordre, aucun encombrement ne fut signalé nulle, part. Cependant la foule entrait partout à sa fantaisie, sans suivre aucune voie obligatoire : le compartiment indien fut le seul dans lequel nous fûmes obligés d'établir, vers la fin de la journée, un sens déterminé à la circulation.

L'expérience dès lors était pour moi complète : les dispositions que nous avions arrêtées pour les deux autres bâtiments, la galerie du Panorama et l'Annexe étant encore plus favorables sous ce rapport : je regardai notre œuvre comme achevée.

Dégagé de cette principale préoccupation, toute d'intérêt général, je deviens plus libre de refléchir sur ma position personnelle. Plusieurs dissidences d'opinion avec le nouveau commissaire général, la prévoyance d'autres plus nombreuses qui ne pouvaient manquer de surgir entre nous dans l'avenir, enfin le juste mécontentement que me causèrent quelques modifications administratives, me décidèrent à supplier de nouveau $. A. [. de recevoir ma démission que, celte fois, elle voulut bien accepter. Mais en me retirant , j'offris néanmoins de me mettre à la disposition de M. le commissaire général pour lui prêter un concours officieux que pouvait nécessiter la direction dont il était si inopinément chargé.

En faisant cette offre qui ne fut pas acceptée, j'avais pensé que ce concours pourrait être encore utile, non certes par ma valeur personnelle, mais par les renseignements dont j'étais en possession. J'avais supposé que c'était par pur dévouement à la chose publique, qu’un homme d’une position élevée avait consenti à se dévouer à l’entier achèvement d'une œuvre qu'il avait trouvée, pour le moins fort avancée et ma retraite toute volontaire me faisait un devoir de ne point l’abandonner dars les premières difficultés.

Il a para successivement dans le Moniteur universel et dans plusieurs autres journaux, sous la forme de communications, émanant de la direction actuelle, une série d'articles pleins de malveillance et d’accusations mensongères Contre

l’ancienne administration. Ne pouviez-vous donc profiter en

silence des labeurs de ceux qui vous ont remis un travail presque achevé, qui vous ont livré des plans que vous avez suivis à la lettre, sans chércher à mettre à leur charge tous les mécomptes inévitables dans une pareille entreprise, sans s'efforcer d’ameuter contre eux tous les mécontentements in séparables du conflit de tant d'intérêts opposés ? Pense-t-on s'être grandi et n'est-ce point un triste piédestal que celui d’une aussi injuste polémique ? L'opinion des hommes considérables qui, par suite de leurs fonctions officielles, ont suivi les travaux de près ; est-elle donc si indifférente qu’on lui préfére celle d’un public irréfléchi et frondeur, qui s’inquiète fort peu de savoir par qui et comment l'Exposition s’est faite ? | :

L'honorable général sur qui a porté le fort de vos attaques

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a pu les dédaigner, moi-même je les eusse passées sous silence si d’autres que moi n’y eussent été intéressés, me tenant pour satisfait d’avoir pu faire mon devoir dans mes fonctions difficiles, heureux surtout des nombreux témoignages de sympathie que j'ai reçus de toutes parts, au moment où ma démission fut connue. FE J'ai cru devoir raconter simplement les faits : le public est maintenant à même d'apprécier. ) | Mais je ne regarderais pas cette partie de ma tâche comme complétement achevée, si je la terminais sans rendre ici un solennel et respectueux hommage au prince qui a su, sous L l’ancienne administration comme sous la nouvelle, imprimer }] à l’ensemble des travaux l’impulsion de sa prodigieuse acti- | vité. IL est peut être permis de demander si cette influence À prépondérante est respectée autant qu’elle a droit de l'être | | |

| dans cette continuelle insistance que l’on apporte à éta- R blir entre les deux administrations une démarcation si tranchée. Les résultats eussent été assurément les mêmes, puisque la haute volonté du prince présidait, dans tous les cas, aux opérations.

Les difficultés inséparables d'une nouvelle direction vinrent entraver, pendant une quinzaine de jours.au moins, la rapidité des travaux d'achèvement, et il est juste de tenir compte de ces retards inévitables si l’on veut apprécier avec convenance la part de ce qu’a fait chacun. |

Pour ne point nuire à l'ensemble de cet exposé, nous n’avons jusqu'ici parlé que du bâtiment principal : on sait maintenant en quel état nous l'avons livré à l’administration qui nous à succédé; mais il est indispensable de nous reporter à quelques mois en arrière, et d'examiner comment ont été conduits les travaux dans l’Annexe. En ce qui concerne les dispositions générales à prendre pour la mise en mouvement des machines, le lecteur sait déjà que la commission impériale s'était confiée à l'habileté de M. E. Trélat qui, comme Commissaire adjoint du service du bâtiment, avait en même temps à s'occuper des travaux de construction de l’Annexe. |

Le bâtiment proprement dit et même les galeries supérieures ont été exécutés comme le bâtiment principal; mais tout ce qui concerne l'installation des machines a été remis,

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À L'EXPOSITION UNIVERSELLE. ÿ1

quant à l'exécution, à M. Nepveu, sous la direction de M. Trélat et avec l’utile collaboration de M. Lecœuvre , attaché au service du classement comme inspecteur des machines.

Confié à M. Trélat, le service d'installation des machines devait se suffire à lui-même, et je n’aurais à revendiquer ici aucune part d'action, si les dispositions générales que j'ai été chargé de prendre n’avaient donné lieu à quelques critiques ; je tiens à garder la part de responsabilité qui m’appartient. |

Le projet de distribution générale étant arrété, nous vimes bientôt qu'il serait convenable de placer les machines vers l'extrémité de Chaillot; nous pensions dès lors que le fonctionnement des appareils serait pour le public un attrait puis= sant, et qu'en forçant tous les visiteurs à explorer la galerie la plus éloignée , nous assurions d'une manière plus complète une Circulation aussi uniforme quele peut permettreune eXpOsItion. Il avait été décidé que l’eau, que la vapeur seraient mises

gratuitement à la disposition des exposants. ainsi qu’un arbre

général de transmission sur lequel ils emprunteraient la puissance mécanique dont ils auraient besoin.

Nous avions pendant longtemps espéré que la Commission impériale finirait par sanctionner le projet qui lui avait été soumis par M. le général Morin, pour la construction de deux galeries élevées de 4 mètres chacune, dans toute sa lon: Sueur. En formant comme un vaste balcon , d’où l’on pour-

rait observer toutes les machines en mouvement, ces galeries

auraient sans aucun doute ajouté beaucoup à la beauté du coup d'œil. Dans le cas où elles auraient été construites, il eût été peut-être convenable de fixer latéralement les transmissions , si le défaut absolu d’une résistance suffisante ne se fût rencontré dans le mode de construction des piles, exécutées exclusivement en petits matériaux de rebut. Cette raison et le désir de donner un grand effet à l’ensemble de cette installation engagèrent avec raison M. Trélat à placer un arbre unique dans l’axe même du bâtiment.

La question de savoir si cet arbre serait placé sous le sol ou au-dessus avait une telle importance, comme dépense et comme caractère, qu'elle fut étudiée avec le plus grand soin. En Angleterre, les arbres n'avaient point une disposition unique, parce qu'ils étaient établis par chaque constructeur, à ses

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frais et suivant ses convenances propres. La Commission impériale se proposant d'être à cet égard plus généreuse , une disposition générale était nécessaire. Plusieurs industriels anglais, parmi lesquels nous citerons sans hésiter MM. Platt et Cie, regardaient l'arbre supérieur comme absolument indispensable ; mais celte raison ne fut pas la plus importante de celles qui nuus déterminèrent. Si l’on songe que les courroies, pour transmettre d’une manière commode le mouvement, doivent avoir une certaine longueur, il est facile de comprendre que cette longueur ne peul êlre obtenue avec un arbre sous le sol qu’à la condition d’en éloigner davantage les machines et de perdre ainsi un emplacement considérable,

tant par cette cause que par suite du passage des courroies à

la hauteur du plancher. Il fallait d’aileurs une installation qui se prêtât à toutes les circonstances possibles. Si nous ne nous trompons, l'expérience a prouvé surabondamment que la dispos:tion adoptée satisfait à toute la généralité du problème. Nous avons d’ailleurs établi qu'aucune considération ne pouvait nous permettre de perdre la moindre parcelle de terrain , et cette disposition est de beaucoup la plus favorable sous ce rapport.

D'un autre côté, la hauteur des supports a fait l’objet de quelques observations; mais on oublie qu’au moment où M. Trélat en arrêtait les dimensions sur un spécimen en bois

qu'il avait placé dans l'Annexe, la galerie était encore indé-

cise, et que la hauteur actuelle fut jugée par tous la meilleure pour satisfaire à la fois la vue, au premier étage comme au rezde-chaussée. |

Le principe de cette disposition ayant d’ailléurs été sanctionné par M. le général Morin , alors commissaire général; il faut bien croire qu’au point de vue de l'agencement mécanique, elle était réellement la plus favorable. L

Le commissaire du classement n’eut d’ailleurs, il le répète, à intervenir en aucune façon dans les travaux d'installation proprement dits ; il n'eut plus tard à s'entendre avec M. Trélat que pour la désignation des emplacements offerts aux machines des différents pays, alors que les commissaires étrangers furent en position de préciser les espaces dont ils auraient besoin pour leurs machines.

Cette distribution ne put avoir lieu que le 15 avril; à

| cette époque, chaque pays fut mis en possession de tout l’es- | pace qui lui revenait encore, soit dans la section des machines, soit dans la section des produits ; de manière à réaliser autant que possible les chiffres primitifs des allocations officielles.

Les travaux de M. Nepveu marchèrent, à partir de cette époque, avec une merveilleuse activité; mais les tables destinées à recevoir, vers l'extrémité est du bâtiment, les autres produits des douze premières classes, ne purent s'exécuter qu'avec lenteur, au milieu des colis nombreux qui en- combraient le sol et des ouvriers qui achevaient le bâtiment | lui-même. En ce qui concerne la France , les places étaient distribuées pour toutes les industries qui ne devaient pas | trouver place dans le bâtiment du Panorama, ‘et la plupart des vitrines collectives étaient en cours d'exécution avant l'ouverture officielle.

Les travaux étaient moins avancés dans le bâtiment du Panorama, qui ne fut livré à la Commission impériale que vers le 25 mai, époque à laquelle cependant toutes les dispositions intérieures, les tables et les cloisons, étaient arrêtées sur plan à peu près comme elles ont été depuis lors exécutées.

A l’époque de notre démission , le 30 mai, aucun des deux bâtiments qui ont reçu depuis lors les produits de la carrosserie française et étrangère, n'existait même en projet; les produits agricoles, à Ce moment installés dans l'Annexe, ne furent transportés que plus tard à la suite des instruments de l’agriculture, pour lesquels nous avions fait construire le hangar dans lequel ils se trouvent aujourd'hui.

D'après ce qui précède, on peut voir que si des retards regrettables ont eu lieu relativement à l'achèvement des travaux, du moins aucune fausse manœuvre n’est venue peser sur les

opérations ultérieures, les seuls changements qui aient été :

apportés depuis étant réellement sans importance au point de vue de l'effet général.

Quelques semaines seulement après notre retraite, au moment même où les travaux du jury allaient commencer, les jurés anglais étaient les premiers à proclamer les mérites de l'Exposition ; l'opinion publique a ratifié ce jugement qu'il importe de conserver, en souvenir de la bienveillance conatante de tous les fonctionnaires étrangers. Voici textuelle-

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ment la note inscrite au Moniteur du 2 juillet dernier : « Dans uné réunion des divers jurys anglais pour l’Exposition universelle, tenue aujourd’hui, rue du Cirque, n°414, sous la présidence de lord Ashburton, il a été résolu unanimement qu’il est désirable d'attirer l'attention du public anglais sur le grand mérite de l'Exposition et sa supériorité dans les produits exposés sur celle de 1851 , et qu'elle est éminemment digne de l'attention des artistes, des manufacturiers, de leurs ouvriers et de toutes les classes du royaume uni. » D’autres commissions ont également adopté des résolutions analogues. Cependant l’administration ne restait pas inactive. Son état-major avait été modifié par l’adjonction de plusieurs à ‘hommes de talent, et tout le personnel qui s'était formé avec nous depuis le commencement des opérations était la pour l'éclairer sur toutes les mesures prises et sur les décisions à prendre. Les principaux soins du commissariat général durent se porter sur divers travaux d'achèvement parmi lesquels nous nous bornerons à signaler les plus importants. L'ornementation du palais, confiée à M. Vaudoyer, qui s'adjoïgnit M. Rossigneux, fut l’objet d'améliorations remarquables. Nous avons dit que la fontaine monumentale du centre de la nef était en place, mais les bancs circulaires et les fleurs disposées au pourtour ne furent installés qu'après notre départ. La toile de la toiture, en étoffes de couleur rayée, produit un effet très-satisfaisant: l’arrangement des couronnements des vitrines principales, pour lequel nous avions commencé à employer des corbeilles de fleurs d’un aspect fort agréable, fut complété par une toiture uniforme , rayée en bleu et blanc, qui égaye sans monotonie la vue générale. Des rideaux en mousseline brodée furent placés en portières dans les galeries supérieures peut-être avec une trop grande profusion; de à nouveaux objets furent autorisés à occuper la nef, déjà un : RP peu embarrassée, et, sous ce rapport, nous exprimerions vo- Ï lontiers quelques regrets de ce que le principe qui avait présidé jusqu’alors au choix des objets qui devaient occuper ces emplacements principaux ne continua pas à être observé. Nous n’avions placé de cette façon que les pièces monumentales, qui avaient dès lors leur raison d’être exceptionnellement exposées ; il y aurait eu plus d'effet d'ensemble si l’on n'avait entremêlé parmi eux cette quantité de petits objets qui

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changent complétement le caractère de cette partie de l'Exposition. |

L'Annexe s’est terminée sans aucune modification importante, sice n’est pour les produits de l’agriculture qui, à l'exception de ceux de M. Vilmorin, ont été réunis aux instru ments agricoles, dans le hangar prolongé. Restée sous la direction de M. Trélat, la galerie des machines est absolument ce qu’elle devait être dès le principe.

Le bâtiment du Panorama et le palier qui le sépare de l’Annexe ont été plus particulièrement arrangés par les soins de la nouvelle administration , quoique la partie centrale, que nous avions réservée en faveur des manufactures nationales, ait été disposée sous la direction de M. Chabrol, architecte du ministre d'État. RE Fm |

Les emplacements principaux, occupés aujourd’hui par les fontes de M. Ducel et par la chaire de M. l'abbé Chover, étaient désignés à notre départ; les autres ne l’étaient encore sur les plans que collectivement pour chaque nature d'industrie, à peu près comme on le voit aujourd’hui sur le terrain, Cependant la salle des dessins industriels ne devait point, dans notre projet, utiliser la galerie extérieure du sud-ouest, réservée alors pour le buffet ; celle du sud est occupée aujourd’hui par la quincaillerie ; elledevait avoir la même destination.

Nous avons dit déjà que les hangars de la carrosserie ont été construits aux derniers moments, par suite des admissions

supplémentaires, le long du bâtiment principal, emplacement que nous avions souvent proposé pour des annexes, mais qui nous avait été refusé constamment pour ne pas nuire à l'effet principal. |

L'horlogerie, placée d'abord sur les deux voies du passage de communication, n’en occupe plus qu’une seule aujourd'hui. Cette galerie, ainsi réduite, peut encore témoigner des difficultés que l’on rencontre pour obtenir une disposition convenable avec des vitrines isolées et sans projet d'ensemble. Toute l'Exposition aurait eu le même aspect si le principe des vitrines collectives n'avait pas fait l’objet d'une règle générale dans la plupart des cas obligatoire.

- Ces notions historiques données, il nous reste à indiquer quelle a été la marche croissante du nombre des visiteurs depuis l’ouverture de l'Exposition. Pour donner plus d’inté-

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rêt à cesindications, nous mettrons en regard les chiffres correspondants pour l’exposition de 1851,

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