INTRODUCTION HISTORIQUE
Le public a si souvent été entretenu des défauts que présentent les locaux affectés à l'Exposition universelle de 1855, des retards que son ouverture et son achèvement ont éprouvés, des ennuis supportés par les exposants, des inconvénients subis par le pubiic faute d’une ventilation-suffisante, qu’il ne sera sans doute pas superflu et qu'il paraîtra peutêtre de toute justice de Jui faire connaître , en quelques mots, quelles ont été les difficultés , les résistances à vaincre pour achever les choses au point où elles sont aujourd’hui et pour expliquer comment , malgré le désir unanime de donner à | cette grande solennité industrielle tout l'éclat possible et
une splendeur digne de la France, la diversité dans les opi- | nions sur son SUCCÈS probable et l'influence des circonstances ont exercé sur là marche des préparatifs une action regret- | table.
EX La Commission impériale, créée par le décret du 24 sep #0 tembre 4853 pour diriger ei surveiller l'Exposition univer- 206 (12
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selle, sous la présidence de son Altesse Impériale le Prince Napoléon, avait, dès le 29 du même mois, formé dans son sein une sous-commission chargée de préparer l'exécution de cette grande œuvre.
La première et la plus grave des questions qui préoccupèrent cette sous-commission présidée par le Prince, fut celle de l'insuffisance du bâtiment appelé le Palais de l'Industrie, qui n'offrait, avec ses galeries, qu'une superficie de 45 000 mètres pour réunir les produits de l’industrie du monde entier à une seconde exposition universelle, tandis qu'a la première , dans des circonstances peu favorables , 97 000 mètres carrés avaient à peine suffi. Après plusieurs séances Consacrées à la discussion de cette orande difficulté et à la recherche des moyens de la résoudre, une députation de la souscommission, accompagnant son président , alla demander à l'Empereur la permission de lui exposer les besoins de la situation. Dans une audience que Sa Majesté voulut bien lui accorder dans les premiers jours de février 4854, la souscommission exposa qu’une superficie de 405 000 mètres carrés était nécessaire et que , si l'on voulait employer le Palais de l'Industrie à l'exposition universelle, il était de toute nécessité d'y ajouter de spacieuses annexes. L'Empereur , convaincu de l'exactitude de ces appréciations , autorisa la sous-commission à lui présenter le projet des annexes qu’elle jugerait nécessaires.
Le 44 février 1854, la sous-commission chargea deux de ses membres, M. le général Morin et M. Vaudoyer, d'examiner les projets d'annexes présentés par la Compaguie du Palais de l'Industrie. et au besoin d'en préparer d'autres. Le 17 février, un rapport fut lu à la sous-commission à l'appui d’un projet d'annexes qui portait la surface totale à 90 000 mètres carrés.
L'emplacement appelé le Jeu de Paume était élargi ainsi que l'avenue qui conduit à l'allée d’Antin, par la suppression d’une rangée d'arbres de chaque côté ; deux vastes galeries de 23 mètres y étaient élevées et formaient le prolongement du bâtiment principal auquel elles auraient servi d'entrée. Autour de ce bâtiment, des galeries de 20 mètres de largeur en accroissaient la superficie, el lon obtenait ainsi un supplément de 50 à 60 000 mètres donnant en tout, avec le palais principal , 95 à 100 000 mètres carrés. Le reste devait
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‘être fourni par l'enceinte extérieure dans laquelle on proposait d’enclore une partie du carré Marigny.
Cette construction, exécutée, à Fextérieur, en maçonnerie, de même apparence que le palais principal, et à l'intérieur en fonte et en fer, n’était pas estimée à plus de 5 500 000 fr.
. Ce projet fut immédiatement soumis à Sa Majesté , et le 21 février 1854, le prince Napoléon annonçait que l'Empereur l'avait approuvé, ainsi que les demandes formulées par la sous-commission pour son exécution,
Mais le prince Napoléon partit alors pour l'Orient , et ce ne fut que le 3 mai suivant que la sous-commission apprit de
M. le ministre d'État, qui la présidait en l'absence du Prince, qu’en raison de la difficulté de la construction des annexes qui avaient été proposées, et des circonstances dans lesquelles l'Exposition devait avoir lieu , il avait été décidé qu'on se contenterait du local existant pour les produits des manufactures et que, pour les machines et les instruments d’agriculture, on pourrait avoir recours, si cela était nécessaire, à des constructions temporaires.
Desidées bien différentes de celles qu'avait exprimées la commission dominaient; et, comme on le voit, au lieu d'une exposition splendide, plus riche que celle de Londres, on pouvait craindre de n’obtenir qu’une exposition restreinte, influencée par les circonstances de la guerre. La commission persista dans son opinion précédente, et réclama vivement contre celle restriction qu’elle regardait comme fatale ; mais elle ne put faire revenir sur le projet qui réunissait l'Exposition entière dans un local unique, et ce ne fut que le 23 juin suivant qu'elle apprit
n qu'un traité, pour lequel elle n'avait pas été consultée, avail M été passé avec la compagnie du Palais de l'Industrie pour la construction d’une annexe de 4200 mètres de longueur. sur 28 mètres de large, destinée à fournir, sur le quai de la Con-
férence, un complément de surface de 30 000 metres.
Après plusieurs observations, la sous-commission demanda
qu’au moins cette annexe fùt reliée au palais principal par une < ou plusieurs galeries transversales, et elle chargea M. le général
Morin et M. Vaudoyer de préparer des études en ce sens.
Le projet qui fut présenté quelques jours après.et qui reçut l'approbation de la sous-commission, se rapprochait beaucoup de la disposition actuelle. ;
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Dans ce projet, le Jeu de Paume était couvert par une galerie, qui, prolongée jusqu’auprès du quai de la Conférence, venait, par l’effet de l’obliquité forcée des lignes, s’approcher de trèsprès de l'extrémité de l’annexe, ce qui permettait de donner à ces deux bâtiments une façade monumentale et de leur ménager une entrée commune près du pont de la Concorde. On avait aussi proposé d'occuper le panorama, de l’entourer de galeries circulaires et de le prendre pour centre d’une galerie de jonction avec l’Annexe; mais à ce moment on regarda comme impraticable l'expropriation prononcée depuis, et il fallut se borner à utiliser deux allées existantes pour les transformer en galeries couvertes de jonction, entre le Palais et l’Annexe.
Ce projet, qui avait du moins le méritede former, de l'Expo sition, un ensemble unique et de lui donner encore un assez grand Caractère, fut approuvé par la sous-commission, mais il ne put obtenir la sanction de M. le ministre d'État, et dès
lors il fallut se résigner à organiser le mieux possible l’Expo-
sition dans deux bâtiments n’offrant ensemble qu'une superficie disponible de 70 000 mètres carrés, auxquels cependant un étage de galeries établies dans la moitié seulement de l'Annexe, ajouta environ 8400 mètres, ce qui formait un total de 78 400 mètres carrés.
La préparation des règlements généraux, et les détails de la correspondance avaient été, par le décret d'institution, confiés à M. Arlès Dufour et à M. Thibaudeau que leurs profondes connaissances des nécessités d’une grande entreprise appelaient naturellement aux fonctions de secrétaires généraux.
La classification des produits fut confiée à une commission qui en arrêta les bases, à la suite de nombreuses séances auxquelles assistèrent MM. Morin, Leplay, Rondot, de Chan-
courtois, Focillon et moi; chacun de nous se chargea de la
rédaction des classes qui étaient le plus en rapport avec ses aptitudes personnelles.
Sous la direction de M. le général Morin, je préparai les différents projets de répartition entre les puissances étrangères et la France. à
Les termes du premier projet donneront une idée complète de l'esprit qui présidait dès lors aux préparatifs de l’Exposi-- Uon :
Projet de répartition pour l'Exposition de 1855.
« Les espaces occupés par les différentes nations à Londres ont servi de base à ce projet, si ce n’est en ce qui concerne la France et l'Angleterre.
« Pour la France; on s’est reporté aux expositions quinquennales, qui ont fourni les indications suivantes :
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« Les circonstances fâcheuses au milieu desquelles l'Exposition de 4849 a dû se produire ne permettent pas de supposer qu'il y ait moins de 5000 exposants français en 4855. Les chiffres précédents indiquent qu’il faut compter pour chacun d’eux un espace de 6 mètres carrés, passages compris, puisque cet espace était de 5,96 à l'exposition de 1849, bien qu'aucune machine n’y füt mise en mouvement.
« L'exposition de Londres confirme d’ailleurs ce chiffre : l'espace moyen par exposant y était de 6,27, et pour la France, seulement, de 6,51.
« On a donc pensé qu il y avait lieu de compter, au minimum, 5000 exposants français, à raison de 6 mètres pour chacun, représentant par conséquent un espace de 30 000 mètres carrés.
« L'espace alloué à l'Angleterre a été déterminé par d'autres
considérations. Les commissaires anglais qui ont été récem-
mént envoyés à Paris ont déclaré que, pour qu'ils puissent s'occuper avec succès de l'exposition de 4855 , il était nécessaire qu'une surface en tables, de 40 000 pieds leur fût assurée, soit environ 4000 mètres carrés, sans compter celle qui serait occupée par les machines de chemins de fer et les appareils d'agriculture. À Londres, l’espace total était de 2,80 fois aussi grand que l’espace occupé par les objets exposés, en telle sorte que, sur les mêmes bases ‘ , la surface demandée par
4. 11 y à lieu de croire que la disposition du palais des Champs-
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les commissaires anglais serait 4000 X 2, 80 — 44 200 mètres carrés, soit 12 000 en tenant compte du matériel des chemins de fer et des machines agricoles.
« Cette demande, d'ailleurs, n’a rien d’exagéré, puisque la France occupait à Londres 11 144 mètres, c’est-à-dire une surface équivalente. Cette surface de 42 000 mètres ne représenterait encore que 1738 exposants, si l’espace de 6»,39 occupé par chaque exposant anglais à Londres était reconnu nécessaire.
« L'Angleterre comptera donc, au minimum, pour 4750 exposants, occupant un espace total de 12 000 mètres carrés.
« Au point de vue de l'exposition de 1855, comme à celui de l'exposition de 4851, l'Angleterre et la France sont dansune position tout exceptionnelle, qui motive suffisamment le mode exceptionnel de répartition dont les bases viennent d’être indiquées.
« Les autres pays, au contraire, se trouvent dans une position presque identique par rapport aux deux expositions. L'espace occupé par eux à Londres paraît devoir leur être indispensable à Paris ; il conviendra même d’allouer une surface
un peu plus grande à nos voisins immédiats qui, comme la
Belgique et la Suisse, ont des industries similaires aux nôtres, où qui, comme la Sardaigne et l'Espagne, ont plus de facilités pour nous adresser leurs produits.
« La Suède et le Danemark, qui, par des circonstances imprévues, n’ont pu paraître à Londres qu'avec très-peu de produits, devront disposer d’une surface plus en rapport avec l'importance de leur industrie.
«Si, d’un autre côté, l’on remarque que les États-Unis n’avaient qu'imparfaitement utilisé la surface de 4120 mètres qu'ils occupaient à Londres, et qu’à New-York même leurs produits ne comprenaient qu’une surface presque égale, de 4500 mètres , on ne s'étonnera plus que cette grande nation n’ait été comprise dans la répartition actuelle que pour 3000 mètres seulement.
« La même observation est applicable à la Russie, qui a été
Élysées ne permettra pas d'utiliser aussi bien la surface totale , et que les passages devront occuper plus des deux tiers de cette surface.
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comptée pour 4000 mètres carrés : mais l’on sent toute lincertitude de ce chiffre au milieu des circonstances actuelles.
« Il est vrai que le projet ne comprend que les États ayant réellement figuré à l'exposition de Londres : plusieurs qui s’y étaient fait inscrire, tels que le royaume de Naples, l'Arabie et le Maroc, n’y ont cependant envoyé aucun produit; il est
permis d'espérer, d’ailleurs, que beaucoup d’autres, parmi
lesquels les grands États de l'Amérique, prendront part à l'exposition de 14855, bien qu’ils n'aient été aucunement représentés à celle de 1851. Mais, en l’absence de bases certaines sur lesquelles il serait possible d'établir, quant à présent, leurs parts dans la superficie totale, on doit certainement admettre que les envois de ces contrées établiront une compensation surabondante par rapport à la surface éventuellement dévolue à la Russie ; en portant à 70 000 mètres carrés la superficie totale, on réserverait ainsi de 4500 à 2500 mètres
pour être distribués au fur ct à mesure des demandes qui par-
viendraient à la Commission de la part des États non désignés dans la répartition actuelle.
« Telles sont les considérations d’après lesquelles à été préparé le tableau suivant, dans lequel les chiffres ont été, d’ailleurs, fractionnés en nombres ronds, de manière à allouer le même espace aux différents pays qui avaient figuré, pour des
surfaces à peu près égales, à l'exposition de Londres.
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